‹ Textes choisis et commentésChapitre 41 sur 56 · LE LYRISME DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LE LYRISME DE ROUSSEAU

pourra lire en entier, se consacre aux souvenirs d'un séjour dans l'île de Saint-Pierre. C'est là qu'on trouve une conception toute musicale de la rêverie et de ses effets; c'est là encore qu'on peut saisir les principaux mouvements de l'âme, quand ils s'élancent et retombent, dans leur rythme naturel. La rêverie les délivre « de toutes les — ^

passions terrestres qu'engendre le tumulte de la vie \

sociale », et elle nous en rend la mélodie ininterrompue. La Sixième promenade est encore une glorification du rêve." du vagabondage intellectuel, bref de la libre méditation qui __/ / nous permet de nous évader hors de l'état social. Rousseau part de là pour établir qu'il n'a jamais été vraiment propre à la société civile, < où tout est gêne, obligation, devoir, » et que son naturel indépendant devait le rendre incapable de tels assujettissements. « Tant que j'agis librement, je suis bon et je ne fais que du bien; mais sitôt que je suis le joug soit de la nécessité, soit des hommes, je deviens rebelle du plutôt rétif; alors je suis nul. » Comme si ce sujet lui tenait essentiellement à cœur, il fait encore en partie l'objet de la Septième promenade. La rêverie le— > ^ délasse et l'égaie, la réflexion le fatigue et l'attriste. Penser J ' fut toujours pour lui une occupation pénible et sans charme. S'il arrive que ses rêveries finissent par la méditation, il est plus fréquent que ses méditations se terminent en rêverie. Comment donc, — toute autre occupation que rêver lui paraissant insipide, — s'est-il jeté dans les fatigues et les vanités du travail d'esprit? Comment a-t-il pu renoncer à ces « chères extases > qui lui avaient tenu lieu de fortune et de gloire et, « sans autre dépense que celle du temps, l'avaient rendu, dans l'oisiveté, le plus heureux des mortels »? La vocation de la rêverie, à laquelle il cède enfin, sera du moins servie par l'étude minutieuse du règne végétal, parure et vêtement de la terre >. La Huitième MV promenade rej^rend la méditation un moment suspendue sur les dispositions de son âme; elle montre l'importance des épreuves, et qu'il faut apprendre à porter le joug de la nécessité sans murmurer. A ce propos, Rousseau est conduit à présenter le tableau de son tempérament agité et

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paresseux, ilc son ^oût inné pour la soliliidc où il peut trouver un bonheur stable et continu. Dans la solitude, les vapeurs de l'ainour-propre et le tumulte du monde ternissaient à mes yeux la fraîcheur des bosquets et troublaient la paix de la retraite; j'avais beau fuir au fond des bois, une foule importune m'y suivait partout et voilait pour moi toute la nature. Ce n'est qu'après m'ctre détache des passions sociales et de leur triste cortège que je l'ai retrouvée avec tout son charme. '

\ :a Neuvième promenade, la plus tendre de toutes, comme la Dixième en sera la plus émue, est remplie des effusions que peuvent causer le spectacle et la pratique de l'enfance. Ajoute/.-y le regret d'anciennes fautes, noblement expiées, et la tristesse, ingénument avouée,- de n'être plus dans la situation ni dans l'âge où il voyait le petit coeur d'un enfant s'épanouir avec le sien. « Oh! si j'avais encore quelques moments de pures caresses qui vinssent du cœur, ne fût-ce que d'un enfant encore en jaquette, si je pouvais voir encore dans quelques yeux la joie et le contentement d'être -avec moi, de combien de maux et de peines ne me dédommageraient pas ces courts, mais doux épanchements de mon cœur? r>

La Dixième promenade, qui reste inachevée, fait retour aux - jours heureux de la jeunesse - et célèbre magnifiquement celle qui donna à son âme encore neuve la forme qui lui convenait le mieux et qu'elle a toujours gardée. - Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, il y a précisément cinquante ans de ma première connaissance avec Mme de Warens. > La suite, qu'on lira plus loin, est admirable, composée des plus pures effusions, comme le serait une mélodie touchante et profonde.

Là se termine cette récapitulation des affections de son cœur. Elle s'est poursuivie au déclin de 1 "âge, au moment où de la vie défaillante on voudrait recueillir quelques précieuses et inoubliables visions. Etc'est jusqu'au bout un hymne à l'existence, qui est bonne puisqu'elle sert à aimer, un chant passionné d'amour, de tendresse et de bonheur.

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