ROUSSEAU MAITRE D'HÉROÏSME
résume sa doctrine : « C'est trop accorder à la puissance que de lui soumettre ainsi le jugement, le sentiment, la raison, et de se dépouiller pour elle de tout ce qui nous fait hommes (1). » A ce vertige de la « puissance », on n'oubliera pas que Rousseau oppose l'affranchissement de l'âme par le vrai. On méditera cette autre pensée, complémentaire de la précédente : < Réduit au triste emploi de me défendre moi-même, j'ai dû me borner à raisonner; m'échauffer eût été m'avilir. J'aurai donc trouvé grâce en ce point devant ceux qui s'imaginent qu'il est essentiel à la vérité d'être dite froidement, opinion que pourtant j'ai peine à comprendre. Lorsqu'une vive persuasion nous anime, le moyen d'employer un langage glacé? Tout au contraire, celui qui sent la vérité ne peut s'abstenir de l'adorer: celui qui demeure froid ne l'a pas vue. » Germe d'une action nouvelle autrement féconde que les multiples influences exercées jusqu'ici par Rousseau sur des générations fascinées; c'est celle qui peut se produire désormais, non plus sur l'imagination et l'inspiration artistique, mais sur le cœur de l'homme. 11 n'est pas jusqu'à son procédé mythique, évoquant les symboles des premiers âges, qui ne paraisse fécond et saisissant. Il faut avoir confiance en une œuvre qui remue, par delà nos précaires arrangements d'idées, les forces primitives du sentiment, dont vit le monde.
(i) Lettre à M. de Saint-Germain, t. XVIIF, p. 52J.