CHAPITRE VITI l'effacement volontaire
1. La retraite. — II. Projets et travaux littéraires. Son caractère se modifie. — III. Le roman de la soixantième année. — IV. La révolution de 1848.
Sous la monarchie de Juillet, Factivité de Béranger, qui n'est plus stimulée par la lutte de tous les jours contre un régime réactionnaire, semble tomber à plat. C'est le désœuvrement, avec tout ce qu'il comporte de décourage- I ment et d'ennui. Cette vieillesse anticipée s'aggrave encore I de préoccupations domestiques. Il a trop souvent des ennuis d'argent, qui proviennent les uns de sa trop grande confiance dans ses amis, les autres de son désintéressement, !'; les plus nombreux de son incorrigible bienfaisance. Il ^1 faut d'ailleurs ajouter que chacun de ces ennuis est une nouvelle occasion, pour ses amis riches, de mettre leur bourse à sa disposition, en même temps qu'un prétexte, pour son éditeur Perrotin, d'augmenter la rente qu'il lui sert, pour la totalité de ses droits d'auteur. H a des tristesses et des embarras de famille : son fils Lucien s'obstine à ne rien faire de sérieux, ni d'honnête, à l'île Bourbon où il est allé tenter fortune. Une vieille tante est tombée à sa charge et, pour comble de malheur, elle est d'un caractère insupportable. Ses parents de Péronne le mêlent
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malgré lui à leurs démêlés. Judith est bien venue partager sa vie, à partir de 1833 ; mais cette entrée en ménage pour im vieux célibataire n'est pas toujours exempte de tracas. A certains moments même, ses amis lui sont une gêne. Au bout de très peu de temps, l'endroit où il se trouve, l'appartement qu'il occupe lui déplaisent ; il faut qu'il change de résidence.
n a quitté Paris pour Passy en 1833 ; deux ans après, il émigré à Fontainebleau. En 1836, il s'exile encore plus loin de la capitale ; il loue, aux environs de Tours, le petit domaine de la Grenadière, décrit par Balzac dans les Scènes de la vie de province. Entre Judith et son voisin de campagne, le docteur Bretonneau, ses rosiers, un commerce épistolaire très étendu avec ses amis, ses chats, et la confection paisible de ses chansons posthumes, il y passe deux années paisibles Mais le démon du changement et les soucis financiers le reprennent, il vient se fixer à Tours, dans une maison de la rue Chanoineau, qui est bientôt le rendez-vous de toutes les notabilités locales, y compris les giands vicaires de l'archevêque. De Tours, après un nouveau déménagement, et pour des raisons que l'on verra tout à l'heure, il court se cacher à Fontenaysous-Bois, en mai 1840. En 1841, il réintègre Passy, où il séjourne neuf ans. Après 1850, il habite Paris, changeant plusieurs fois de domicile, pour fmir sa vie dans la même maison que son vieil ami Antier, rue de Vendôme.
De ses retraites successives, il regarde les événements | politiques et il les juge ; il n'y prend plus part. Les ministres, même son ami Thiers, celui qu'il appelle « son fils «, se sont moqués des conseils de sa vieille expérience fossilisée. Après le fameux procès d'avril, qui valut de la prison à quelques-uns de ses amis, com^me Trélat, tout ce qui lui reste à cet égard, c'est seulement le courage nécessaire pour aller prendre un ministre au collet et essayer d'arracher de lui quelque décision de justice et non de faveur. Les hommes politiques sont de « jeunes insensés )> qui le considèrent volontiers comme une « ganache )\ Le peuple de Paris lui est encore fidèle et hd fait des ovations, chaque fois qu'il
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^laraît à une cérémonie publique, comme les funérailles de La Fayette et celles d'Armand Carrel ; mais il est en défiance : il se demande, tant il a peur d'être dupe, si ce ne sont pas des manifestations intentionnellement provoquées par ses amis.
Il est de moins en moins liomme de parti; il n'est plus, suivant sa propre définition, qu'ww homme cV opinion. Et cette opinion est de plus en plus républicaine. Après la dédicace de 1833, le prince Lucien a pensé l'annexer à l'impérialisme et lui a fait une avance très nette dans ce sens, sous la forme d'une invitation à venir à Londres, s'entretenir avec lui de politique. Dans la suite, le prince Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, essayera la même conquête. Peine perdue, le poète feint de ne pas comprendre et répond par une profession de foi républicaine. Sa lettre au premier est un chef-d'œuvre de bonhomie normande et de perspicacité politique :
A Monsieur Lucien Bonaparte.
Passy, 25 mai 1833.
... Savez-vous, prince, que dans un homme plus facile que moi à se faire des illusions, votre lettre eût pu produire un dangereux mouvement d'orgueil? Heureusement je n'ai cherché dans vos expressions que le sens que vous avez dû vouloir leur donner.. Le prix que vous dites attacher à mes conseils httéraires n'est qu'une manière ingénieuse de témoigner quelque » estime à mon modeste talent ; et, quant à la justesse de mon coup d'oeil en pohtique, permettez-moi de vous mettre à même d'apporter de notables restrictions à cet éloge.
Si plusieurs obstacles insurmontables ne s'y opposaient, j'aurais tenté le voyage de Londres pour vous aller témoigner de vive voix ma reconnaissance. Je regrette que cela me soit absolument impossible. Peut-être en causant ensemble, prince, eussiez-vous pu tirer parti des observations que j'ai recueillies pendant le temps où j'ai suivi nos hommes poh tiques. M. Lacoste,
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ami du comte de Survilliers, pomTa, au reste, vous transmettre, s'il le juge utile, tout ce que je lui ai dit sur les circonstances actuelles, ainsi que mes calculs d'avenir. Je ne vous dissimule pas d'avance que, sauf depuis un temps fort court, mes idées n'ont pas eu beaucoup de partisans. Voilà pourtant les feuilles républicaines qui s'en rapprochent ; mais c'est faute de mieux, je pense. Voyez, d'après cela, le cas qu'on en doit faire. H a été un temps où jeunes et vieux daignaient recourir à mes avis. J'en étais tout fier, mais on a fini par me traiter de radoteur, et j'ai fermé le cabinet de consultations. S'il ne m'arrive plus de vouloir donner de conseils, il m'arrive encore de bavarder, et c'est sans doute un de mes bavardages qui vous a été rapporté. J'ai dû dire en effet, et plus d'une fois, que la situation actuelle pouvait durer dix ans, peut-être plus.
Avant la révolution de Juillet, j'ai entrevu l'impossibifité d'établir, dans un pays d'égafité, le système anglais monarchique représentatif, qui ne peut se passer de l'appui d'une caste privilégiée. Lors de cette dernière révolution, moi, vieux républicain, convaincu que la France n'était pas encore disposée à accepter la forme répubhcaine, j'ai désiré, pour acjjever d'user la vieille machine monarchique, qu'elle nous servît de planche pour passer le ruisseau ; et ce que je vous dis là, ma conduite et mes discours à cette époque l'ont prouvé à tous mes amis. Je crois pouvoir assigner à cet état transitoire une durée égale à la Restauration. Les fautes du nouveau pouvoir ont changé peu de chose à mes calculs, tout en fortifiant mes espérances. De là, prince, les dix années de vie prédites à un trône qui a l'air si débile. Si le parti répubhcain n'eût pas lui-même commis des fautes que sa position rendait sans doute inévitables, nous serions plus près peut-être du dénoûment. Ce parti n'a pas encore appris à bien connaître la France nouvelle : aussi rêve-t-il l'impossible. C'est sur les intérêts créés par la Révolution qu'il faut fonder aujourd'hui, et il a trop souvent eu l'air de menacer ces intérêts. Heureusement, nous autres Français, c'est sous les coups de nos ennemis que nous nous disciphnons, et les coups ne nous manquent jamais. Les éléments répubhcains sont beaucoup plus nombreux que ne se le figurent et ceux qui redoutent et même ceux qui désirent la répubhque. Mais, selon moi, ils seront encore longtemps à se coordonner.' Toutefois, en France, nous pensons bien vite et nous agissons de même. Mais nous n'agissons que lorsque la conspiration des idées se rencontre sur la place pubhque avec celle des sentiments
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populaires : or ces jours-là sont rares dans un siècle. Voilà ce qui me fait voir, dans un temps encore éloigne, la chute de ce qui est aujourd'hui, habitue que je suis à toujours considérer les choses du côté le moins favorable.
Prince, j'ai cru nécessaire de vous exposer quelques points de ma manière de voir, pour vous en faire juge. Je ne vous dirais pas tout, si je n'ajoutais qu'aujourd'hui, vivant dans la retraite, il est vraisemblable que je ne suis pas dans la meilleure position pour modifier l'opinion que j'ai eue d'abord. Vous le savez, il faut toujours se défier des rêvasseurs. Ajoutez même que, dans l'intérêt de la répubhque que je rêve, je souhaite qu'elle ne fleurisse pas trop tôt. Le plus grave reproche que je fasse au gouvernement actuel, c'est de la faire pousser en serre chaude.
Je sais aussi que je néghge le chapitre des accidents ; mais, en pohtique spéculative, la seule à laquelle je sois propre, ils ne peuvent entrer en hgne de compte. Ce n'est que dans l'action qu'on peut, jusqu'à un certain point, leur assigner une valeur.
Je crois, prince, vous avoir mis à même de faire de ma prédiction le cas qu'elle mérite, tout en vous prouvant que pour moi elle est le résultat d'un raisonnement désintéressé et d'une conviction consciencieuse.
Vous voilà armé de toutes pièces pour m'accabler aussi des noms de fou et de radoteur. Ne vous en gênez pas ; j'y suis fait. Les sages m'ont également accusé de fohe sous la Kestauration ; et nos jeunes gens, malgré les événements qui, depuis deux ans, ont confirmé mes pronostics, n'en sont pas plus disposés à croire à mes prophéties ; je ne les en estime pas moins : ils accomphssent leur mission ; la mienne n'est plus que de prêcher dans le désert, et c'est un sot rôle.
Vous en avez appelé à ma franchise ; vous devez voir, prince, que je n'y ai pas fait faute. J'ai laissé aller ma plume, au risque de vous fatiguer et de me nuire dans votre esprit, pour vous mettre sous les yeux tous les documents qui vous étaient nécessaires. Je vous le répète donc : jugez maintenant du cas que vous devez faire de mes paroles.
Puissiez-vous au moins trouver dans cette lettre une nouvelle preuve de l'attachement éternel que je vous ai voué et un motif de plus de me croire toujours, prince, votre plus reconnaissant serviteur.
. Correspondance, II, 139.
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Les loisirs que lui laisse désormais la politique, Béranger va les employer à la production littéraire. Mais ses œuvres nouvelles, il a déclaré, dans la préface de 1833, qu'il ne les confierait pas lui-même au public. Ses exécuteurs testamentaires le feront, si la chose en vaut la peine et si son nom trouve encore quelque faveur dans le monde. Cependant en 1834, pour l'édition complète de son cernée chantante, il donne à l'éditeur vingt chansons, très grivoises, de sa jeunesse, afin de les joindre aux vingt-huit autres du même genre qui forment le tome V, ou supplément inavoué et peu avouable de cette édition. En 1847, il donnera pareillement dix chansons inédites et nouvelles — ■ celles-là fort honnêtes — pour corser une grande édition illustrée (1).
Il continue en effet à composer des couplets. En dix-huit ans, de 1833 à 1851, il compose un peu plus de cent chansons, soit une moyenne de six par an. Il a d'ailleurs le travail très intermittent; l'inspiration se fait plus lente, la rédaction plus laborieuse; il n'éprouve plus autant de j)laisir à rimer et la strophe ne se coule plus d'elle-même dans le moule d'un pont-neuf ou d'un air populaire. Il lui arrive de faire des chansons qui ne sont adaptées à aucune musique et qui ne sont pas spécialement destinées à être chantées. H songe aussi à des ouvrages en prose et il en entame la composition. C'est d'abord un projet de dictionnaire des contemporains. Il le décrit ainsi dans sa dernière préface :
Dans la retraite où je vais me confiner, les souvenirs se presseront en foule. Ce sont les bonnes fortunes d'un vieillard.
(1) Noire coq; le Grillon; les EcJios; VOryliéon; les Pigeons de la Bourse; le Baptême de Voltaire; Claire; le Déluge; les Escargots; Ma gaieté.
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N'otre époque, agitée par tant de passions extrêmes, ne transmettra que peu de jugements équitables sur les contemporains qui occupent ou ont occupe la scène, qui ont soufflé les acteurs ou encombré les coulisses. J'ai connu un grand nombre d'hommes qui ont marqué depuis vingt ans ; sur presque tous ceux que je n'ai pas vus ou que je n'ai fait qu'entrevoir, ma mémoire a recueilli quantité de faits plus ou moins caractéristiques. Je veux faire une espèce de dictionnaire historique où, sous chaque nom de nos notabihtés politiques et httéraires, jeunes ou vieilles, viendront se classer mes nombreux souvenirs et les jugements que je me permettrai de porter ou que j'emprunterai aux autorités compétentes. Ce travail peu fatigant, qui n'exige ni des connaissances profondes ni le talent de prosateur, remplira le reste de ma vie. Je jouirai du plaisir de rectifier bien des erreurs et des calomnies qu'enfante toujours une lutte envenimée ; car ce n'est pas dans un esprit de dénigrement, on le conçoit, que j'ai formé ce projet. Dans une cinquantaine d'années, ceux qui voudront écrire l'histoire de ces jours féconds en événements n'auront à consulter, je le crains bien, que des documents entachés de partiahté. Les notes que je laisserai à ma mort pourront inspirer quelque confiance, même dans ce qu'elles auront de sévère, car je ne prétends pas n'être qu'un panégyriste.
Ce projet, après un commencement d'exécution, fut abandonné, et les notices achevées, jetées au feu quelque temps avant la mort du poète. Il songea aussi à un roman populaire dans le genre du Gil Blas. Dans sa pensée, il devait avoir quatre volumes et s'intituler le Mouchard. Sainte-Beuve l'approuvait fort. Mais le livre n'alla guère plus loin que le plan et le titre. Une sorte de traité de Morale, destiné au peuple, alla plus loin. Pendant plus de quatre ans, il rumina la chose, étudiant, méditant, jetant des notes, corrigeant et supprimant sans cesse ce qu'il avait écrit. Les évangiles et saint Paul, dont il ne se séparait plus, lui suggéraient des thèmes de développement. Le saint-simonisme n'était pas non plus étranger à ses 1 inspiî'ations de moraliste démocrate. L'ouvrage devait prendre la forme de lettres. De réductions en réductions, le chansonnier le limita à vingt pages et finit par 3^ renon-
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cer tout à fait. Un seul de ses projets fut mené à bien, à très bien même, c'est sa propre histoire, qu'il composa vers le mois de février 1840, sous le nom de Ma Biographie.
Ces ouvi'ages entrepris, poursuivis, puis abandonnés l'un après l'autre, n'est-ce pas un trait de caractère qui, chez Béranger, ne s'accorde que trop avec ce besoin continuel de changer de résidence et cet autre besoin de se taire et même de se terrer, lorsqu'il est à l'apogée du succès et de la puissance? Les contemporains ont été très frappés de ces bizarreries de son humeur, et quelques-uns en ont donné des explications empreintes de malveillance. Ils ont mis la chose sur le compte d'un amour immodéré de la popularité, ou d'un souci excessif de sa réputation. 11 est certain qu'il attachait une importance capitale à sa réputation ; elle lui tenait lieu de tous les avantages qu'il avait sacrifiés pour elle, la fortune, Je pouvoir, les honneurs officiels, le mariage. 11 l'avait conquise au prix d'un travail opiniâtre, après avoir cherché longtemps sa voie; et il la ménageait avec une véritable parcimonie. Mais il n'avait pas pour elle cette idolâtrie qu'on lui attribue. D'abord, il avait trop de bon sens pour ne pas s'estimer à sa juste valeur, par conséquent pour s'exagérer son propre mérite et celui du genre qu'il avait illustré : il avait sa modestie à lui, encore que relative et sans humilité. Et puis, quelque attachement qu'il eût pour sa popularité, il n'aurait jamais hésité à la sacrifier à soii devoir, si sa conscience lui avait montré un conflit entre les deux.
La vérité est que le personnage est plus complexe et qu'il faut, pour le comprendre, recourir à des psychologies spéciales. Béranger, à partir de la cinquantaine, fourmille de contrastes et présente les tendances les plus opposées. 11 a l'horreur des voyages, au point de redouter imdnciblement la traversée d'un village, d'une ville, d'un quartier de Paris ; c'est une espèce de « phobie » ; et cependant il change sans cesse de résidence. H voudrait que les hommes cultivés se mêlent davantage au peuple, qu'ils se démocratisent ; et cependant il ne peut pas se décider à entrer en
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contact avec ce peuple, il a une répulsion insurmontable pour les foules, même quand elles l'acclament. Toute réunion l'effraye; l'idée d'une lecture, à plus forte raison d'un discours en public, le paraJyse. Il est très flatté des ovations, il les désire secrètement ; et pourtant il les fuit, quitte à être déçu quand elles ne se produisent pas. Il aime la gloire et il jouit certainement d'une vogue, auprès de laquelle celle de tous les autres écrivains du siècle pâlit ; cependant il fait tout ce qu'il faut pour se laisser oublier, exil volontaire, silence obstiné, refus de tout ce qui peut le mettre en évidence; fauteuil académique, siège à l'Assemblée législative, récompense nationale, il refuse tout. Lui qui ne se trouve à son aise que dans la société des hommes et qui est l'ait pour la vie du monde, il s'enterre dans la solitude, et à peine y est-il qu'il cherche à la quitter. Il se défend contre les artistes qui veulent reproduire ses traits par le burin, le pinceau ou le ciseau, et personne ne verra son portrait plus répandu que le sien. Il encourage ses amis à l'action, il les gourmande de la voix et du geste ; il voudrait orienter la politique de son pays, réformer les mœurs privées et publiques de ses concitoyens ; et cependant il se condamne au repos, à Finac-
\ tion ; il fait plus que se neutraliser, il s'annihile volontairement, passionnément. Le plus grave est qu'il se rend compte de ses contradictions, de ses répulsions et de leurs inconvénients. Intérieurement il les déplore, tout en les subissant. C'est de l'usure psychologique, due aux secousses de sa jeunesse, à l'intensité de vie qu'il a déployée et au labeur considérable qu'il a fourni dans l'âge mûr. Cette usure a détendu chez lui le ressort de l'action ; il ne peut plus donner à sa vie l'unité morale qui est la marque des caractères simples, stables et harmonieux ; il n'a plus la force de discipliner les tendances divergentes de son âme ; il subit tour à tour les obsessions du bruit, de la foule, de l'isolement, des voyages, du travail, du repos. S'il ne fait pas encore partie de la catégorie des instables, que le docteur Janet qualifie de
'I « psychasthéniques », il n'est pas loin de ce genre très
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répandu que la psychiatrie contemporaine nomme les « asthéniques ». Sainte-Beuve appelait malignement son cas une migraine; c'était simplement une atteinte, légère et prématurée, de « petite misère psychique )).
Nulle part ce défaut d'équilibre mental ne se fait mieux sentir que dans l'aventure obscure qui termine brusquement son séjour en Touraine, au mois de mai 1840 ; Béranger est amoureux, follement amoureux, à soixante ans. Lui qui n'a jamais été sujet aux sentiments profonds et \'iolents en pareille matière, le voilà saisi d'une violente passion pour une toute jeune fille, et sa passion est partagée. On a très peu de détails sur ce roman étrange ; car, malgré les objurgations de Sainte-Beuve, les dépositaires du secret n'ont pas voulu le communiquer au public.
Au printemps de 1839, des bruits malveillants se répandaient sur le compte de Béranger, dans la colonie anglaise qui fréquente la Touraine, et de là se propageaient à Paris. Mme de Bondonville, la fille de Jouy, le vieil ami du poète, l'en avertissait avec tous les ménagements possibles. Il s'en défendit d'un ton un peu chagrin {Correspondmice, III, 167). Mais le mal était plus réel qu'il ne voulait bien l'avouer : une jeune Anglaise, de très bonne naissance, s'était prise pour lui d'une passion telle qu'elle lui proposa la fuite à deax. L'hésitation et la lutte durèrent plus d'un an. Les chansons composées à cette époque portent la marque non équivoque de ce débat douloureux. La pièce de la Jeune ftUe ne ressemble-t-elle pas à des confidences sur les troubles d'un amour naissant? C'est dans la bouche de l'Anglaise qu'il faut mettre, pour les bien comprendre, ces strophes touchantes:
D'où naissent mes tourments? Dieu veut-il que je meure, A quinze ans, grande et belle, en de vagues ennuis?
LE ROMAN \)K LA SOLXANTIEME ANNM:E 223
Je dors sans reposer ; je m'éveille et je pleure ; > Mon front révèle au jour le trouble de mes nuits.
Au lieu du long sommeil si paisible à mon âge, J'ai des songes confus où je me sens brûler. Ils sont en vain pour moi d'un funeste présage : Je n'y puis rien comprendre et je n'ose en parler.
J'ai perdu cet éclat dont s'enivrait ma mère, Qui n'a que ses baisers pour calmer ma douleur. Mais pourquoi les vieillards me plaindre avec mystère? Pourquoi les jeunes gens rire de ma pâleur?
Je rêve, et nul objet n'occupe ma pensée ;
Toujours quelque frayeur sur mes sens vient agir.
Le coupable a-t-il donc l'âme plus oppressée?
Un coup d'œil m'embarrasse, un mot me fait rougir...
Bien que dans ses apprêts la parure me pèse, Suis-je parée enfin, je voudrais l'être mieux ; Et je sens que mon cœur a besoin que je plaise, Sans trouver doux pourtant de plaire à tous les yeux.
Pour mes oiseaux chéris je n'ai plus de caresses ; Je néglige mes fleurs, je repousse mon chien. Verrai-je ainsi finir mes premières tendresses? Dieu m'a-t-il condamnée à ne plus aimer rien?
Mais voici l'étranger dont la voix est si tendre. Hier, sous la feuillée, il a suivi mes pas. Seul, il chante et soupire. Approchons pour entendre Si du mal que j'éprouve il ne se plaindrait pas.
Dernières chansons, 108 (1).
Lui-même, il ne- se sent pas moins touché ; iJ chante son amour, avec les charmantes puérilités des jeunes gens qui aiment pour la première fois. Il s'adresse à la rivière
(1) Les références des Dernières chansons renvoient à l'édition do 1859, m-18.
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dont les flots caressent, au bain, le corps de sa a noble amante ». H maudit les artifices de l'amour, qui prend, malgré eux, les hommes dans les pièges de l'éternelle sirène. {La Sirène.) Et quand il voit, tout compte fait, qu'il n'y a rien à espérer dans ce roman qui s'est offert à lui, il écrit l'avant-dernier couplet du Jongleur :
Mais, sur son grabat, quels fantômes Chaque jour troublent ses esprits?
H ressent là tous les symptômes Des maux que son luth a guéris.
Ennuis, chagrins, fièvres, misère, Se vengent du roi des jongleurs.
L'amour s'y joint, amour sincère, Qui ne l'a nourri que de pleurs.
Dernières chansons, 180.
Legouvé, qui eut indùectement la confession du pauvre grand homme, raconte ainsi le dénouement de l'aventure :
Mais il était Béranger ; mais cette jeune fille avait un père et une mère dont elle était la joie et l'orgueil. Toute une longue vie d'honneur ne permettait pas au poète cette infamie ; on ne se débarrasse pas comme on veut de soixante ans de probité. H se serait fait horreur à lui-même, si, tout entraîné qu'il fût, il avait profité de Tentraînement de cette jeune fiUe... H vint se cacher dans un petit village, comme un pauvre animal blessé va se réfugier au plus épais d'un taiUis pour laisser couler le sang de sa blessure.
Soixante ans de souvenirs, T, 214.
Judith et ses amis les plus intimes conspirèrent pieusement pour assurer sa guérison. Judith le laissa momentanément seul. Dupont de l'Eure l'appela en Normandie; son neveu Forget se chargea de lui créer un alibi ; Lamennais lui-même se prêta à la touchante supercherie. Un familier, qui semble bien ètie Perrotin, lui dénicha un pavillon isolé à Fontenay-sous-Bois et liquida sa situation
à Tours. Sous le nom de M. Berger, simple contraction lie Béranger, le vieux chansonnier vint se réfugier dans cet asile. Là « il })rit son courage à deux mains, s'arraisonna et se guérit (1) ». Quand ses amis le rencontrèrent, ils ne s'aperçurent de rien ou firent semblant de ne rien apercevoir. Le hasard avait voulu que la première personne de connaissance qui le découvrît, fut cette vieille commère de Dupin, son ancien défenseur. Ainsi finit cette histoire d'amour, qui est tout de même fort honorable pour Béi'anger.
Ses convictions républicaines, hautement affichées, désignaient d'avance Béranger pour un rôle important dans la révolution de 1848. Il passait môme pour l'avoir annoncée, dans une pièce d'ailleurs médiocre, le Déluge, publiée en 1847. Cependant il fut un peu surpris par e\le et il se montra inquiet sur la précipitation avec laquelle se déroulaient les événements. Son attitude dans la circonstance ayant été faussement interprétée, il n'est pas inutile de donner ici la véritable expression de ses sentiments. La révolution s'accomplissait le 24 fé\T:ier; le 1^^ mars, Béranger écrivait à un ami :
Depuis le grand événement, ma joie, comme celle des vieillards, a été mêlée de bien des craintes. Croyez-moi ; restez oii vous êtes ; calmez votre ardeur, qui dans ce moment ne peut avoir d'utiL'té pour la patrie. Faites seulement des vœux pour les hommes généreux qui assument la responsabilité du sort de la France.
Tout ici a été admirablement ; tout va encore très bien ; mais il faut que cela dure. Les départements vont être appelés à se prononcer. Quelle forme donner à cet appel?... Comment fournir
(1) Saiiite-Beuve.
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à l'existence des travailleurs que le resserrement des capitaux va mettre sans ouvrage? Comment satisfaire aux coureurs de places?...
Puissent tous les obstacles disparaître devant la ferme volonté des hommes de bien qui, jusqu'à présent, dominent les prétentions personnelles qui se font jour de toute part, et peut-être jusqu'au sein du conseil !...
Ce que nous avons vu du peuple est si miraculeux qu'on doi^ espérer beaucoup ; mais, quoique sûr qu'un jour ou l'autre mes espérances et mes vœux s'accompliront, je n'en dois pas moins recommander la prudence aux gens qui sont dans votre positionj N'attribuez donc pas à des craintes, autres que celles que je vous exprime, les conseils que je vous donne. Je compte beaucoup sur Lamartine. Voilà le premier poète qui soit propre aus grandes choses. Son courage égale son éloquence. Il est beau de le voir à côté des quatre-vingts ans de vertus de mon chei Dupont, dont le dévouement patriotique ne peut être trop admiré...
Apiid Arnoult, Béranger, II, 336.
Trois jours après, il écrit à l'ami Bretonneau de Tours, dans le même sens.
Nous voilà redevenus répubhcains, peut-être un peu trop tôt et un peu trop vite. Nous voulions descendre l'escahei marche à marche ; on nous a fait sauter un étage tout entier. A qui la faute? Au gouvernement défunt, roi et ministres, conservateurs et opposants à la fois...
Comme je voulais qu'on sût que ce gouvernement (le gouvernement provisoire) avait mon adhésion pleine et entière — car il ne faut pas être trop difficile dans de pareils instants, — j'ai accepté qu'on mît mon nom à une commission scientifique oiî je restreins mon service à l'enseignement primaire, ce qui est juste la mesure de mes études.
Souhaitons, mon cher ami, que notre nouvel essai de répu« bhque se consohde. C'est aujourd'hui l'ancre de salut de la France. Une pente plus douce m'eût convenu davantage, mais nous n'avons choisi ni l'heure, ni indiqué l'ordre et la marche. Les gens du pouvoir avaient pris ce soin. Au milieu de mes vœux pour ma chère France, je pousse bien des soupirs sur les malheurs
généraux presque inévitables, et sur les malheurs particuliers qui menacent beaucoup de mes amis...
Correspondance, III, 434.
Mais voici bien une autre affaii'c : Paris a entrepris de proiidi'e Béranger pour représentant à FAssemblée nationale constituante. Il s'en défend par une sorte de message à ses électeurs.
A Messieurs les Electeurs du département de la Seine.
Mes chers concitoyens, il est donc bien vrai que vous voulez faire de moi un législateur? J'en ai douté longtemps. J'espérais que les premiers qui ont eu cette idée y renonceraient, par pitié pour un vieillard resté étranger jusqu'à ce jour aux fonctions pubhques, et qui, pour s'en montrer digne, aura tout à apprendre à l'époque de la vie où l'on ne peut plus rien apprendre.
Des amis m'ont répété que refuser de pareilles fonctions serait une faute. Je crois le contraire. Mais, en effet, si c'est une faute, évitez-la-moi, vous à qui je voudrais les éviter toutes.
Pour que l'étendue de ma popularité ne vous trompe pas plus sur ma valeur comme citoyen qu'elle ne me fait illusion sur mon mérite de poète, écoutez-moi bien, je vous prie.
Mes soixante-huit ans, ma santé si capricieuse, mes habitudes d'esprit, mon caractère, gâté par une longue indépendance, achetée chèrement, me rendent impossible le rôle trop honorable que vous voulez m'imposer. Ne l'avez-vous pas deviné, chei*s concitoyens? Je ne puis vivre et penser que dans la retraite. Oui, je lui dois le peu de bon sens dont on m'a loué quelquefois. Au miHeu du bruit et du mouvement, je ne suis plus moi ; et le plus sûr moyen de troubler ma pauvre raison, d'où peut-être est sorti plus d'un conseil utile, c'est de me placer sur les bancs d'une assemblée. Là, triste et muet, je serai foulé aux pieds de ceux qui se disputeront la tribune, où je suis incapable de monter. Poser, parler, même lire, je ne le puis en pubhc ; et, pour moi, le pubhc commence où il y a plus de dix personnes. Une circonstance de ma vie, mal interprétée par 1 plus d'un, vous en fournit la preuve.
Un fauteuil à l'Académie française, ce corps illustre, unique
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dans le inonde, est, certes, la plus belle récompense que puisse ambitionner un écrivain. Eh bien, cet honneur, j'ai constamment refusé de le rechercher, parce que je sais que mes habitudes de caractère et d'esprit ne s'arrangeraient pas des usages de cette compagnie, usages bien loin pourtant d'être aussi absolus que ceux d'une assemblée législative.
Mes chers concitoyens, j'ai été, depuis 1815, l'un des échos de vos peines et de vos espérances. Vous m'avez souvent appelé votre consolateur : ne soyez pas ingrats. En m'assignant une trop grande importance, vous ôteriez à mes conseils le poids que leur donne ma position exceptionnelle. Dans les luttes politiques, le champ de bataille se couvre de morts et de blessés. Sans regarder au drapeau, en vrai soldat français, j'ai toujours aidé à enterrer les uns, à soigner les autres. Si je suis forcé de prendre une part active à ces luttes, je deviendrai suspect à ceux-là mêmes à qui je tendrai une main fraternelles
Ne m'arrachez donc pas à la sohtude, oii, recueilU en moimême, je vous ai semblé avoir le don de prophétie. Je ne suis pas de ceux qui ont besoin de crier en place pubhque : « Je suis patriote ! je suis répubhcain ! » Mais, me dira-t-on, il faut vous dévouer. Ah ! mes chers concitoyens, n'oubhez pas combien ce mot dévouement peut cacher d'ambition. Le dévouement véritable, utile, est celui qui s'étudie à ne nous faire entreprendre que ce dont nous sommes capables. Quant à l'égoïsme, si on m'en accuse, je laisserai répondre ma vie tout entière.
Venons aux idées que je puis avoir conçues dans ma retraite, pour mener à bien l'œuvre démocratique que Dieu impose à la France, au profit des autres nations, ses sœurs bien-aimées. N'aurai-je pas toujours assez d'amis dans nos assemblées pour que ces idées s'y développent, si, en effet, elles méritent quelque attention? Ma parole timide les compromettrait ; ces amis les feront valoir. Il faut des esprits jeunes, des cœurs jeunes, pour triompher de tous les obstacles que le bien à faire va rencontrer encore. Quelques-uns de ces cœurs-là ne me seront-ils pas ouverts?
Je vous en supphe donc, chers concitoyens, laissez-moi dans ma sohtude. J'ai été prophète, dites-vous. Eh bien donc, au prophète le désert ! Pierre l'Ermite fut le plus mauvais conducteur de la croisade qu'il avait si courageusement prêchée, bien qu'il eût pour compagnon le brave Gaultier sans Avoir, comme disaient les riches de ce temps-là.
Puis n'est-il pas sage qu'à une époque où tant de gens se
I étendent propres à tout, quelques-uns donnent l'exemple de voir n'être rien? La nature m'a créé pour ce genre d'utilité, ' qui ne fait envie à personne.
Enfin, chers concitoyens, que l'ivresse du triomphe ne vous abuse pas. Vous pourrez avoir besoin encore qu'on relève votre courage et qu'on ranime vos espérances. Vous regretteriez, alors, d'avoir étouffé sous les honneurs le peu de voix qui me reste. Laissez-moi donc achever de mourir comme j'ai vécu, et ne transformez pas en législateur inutile votre ami, le bon et vieux chansonnier.
A vous de cœur, cher concitoyens.
Correspondance, III, 44L
Ses électeurs ne tinrent aucup compte de cette éloquente défense et lui donnèrent une énorme majorité. Au brave homme qui lui annonça la chose, il écrivit ces lignes désolées : (' Vous pensiez sans doute m'annoncer une nouvelle qui me réjouirait. C'était la plus triste qui pût m'arriver. )) Il envoya sa démission au président de l'Assemblée ; elle fut refusée. Quelques semaines après, il revint à la charge, par la lettre suivante qui eut plus de succès :
Citoyen président, si quelque chose pouvait me faire mettre en oubh mon âge, ma santé et mon incapacité législative, ce serait la lettre que vous avez eu l'obhgeance de m' écrire, et par laquelle vous m'annoncez que l'Assemblée nationale a honoré ma démission d'un refus
Pour la première fois je demande quelque chose à mon pays, que ses dignes représentants ne repoussent donc pas la prière que je leur adi'esse en réitérant ma démission, et qu'ils veuillent bien pardonner aux faiblesses d'un vieillard qui ne peut se dissimuler de quel honneur il se prive en se séparant d'eux.
Correspondance, III, 451.
A plus forte raison, prit-il pour une très mauvaise plaisanterie l'idée de présenter sa candidature, devant le suffrage universel, à la Présidence de la Képublique. Son
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nom paraissait pourtant le seul capable de tenir en échec celui de Louis-Napoléon.
Ainsi il se retira petit à petit de cette action républicaine, dont les événements devaient prouver si vite le manque de méthode et les divergences intestines. L'avortement de la République de 1848 fut la meilleure justification de la prudence très circonspecte de Bérauger et l'excuse — s'il lui en faut une — de sa persistante retraite. Louis Blanc, qu'il avait « tenu sur les fonts baptismaux de la politique », explique en ces termes une conduite que beaucoup de ses amis ne se sont pas gênés de critiquer :
Nommé membre, malgré lui, d'une assemblée qui couvait des colères implacables, il n'en eut pas plus tôt entendu les sourds gTondements, qu'il en pressentit les suites. H n'était pas homme à se méprendre sur la portée de la lutte qu'il voyait s'engager entre les élus de la province et de Paris. Y avait-il chance qu'il intervînt d'une manière tant soit peu efficace? Le déchaînement des passions réactionnaires, le refus du peuple d'assister à une fête de la Concorde, inaugurée sous de pareils auspices, les clameurs de la presse, l'exaspération des clubs, tout cela semblait annoncer qu'un conflit, et furieux, était désormais inévitable ; Béranger, convaincu de son impuissance à le prévenir, demanda que sa vieillesse ne fût point condamnée au désespoir d'y figurer.