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UNE IDÉE

Air : Soir et matin sur la fougère. ■7-

Des maux présents l'âme qbsédée, Je rêvais en vrai songe-creux.

Quand devant moi passe une idée.

Une idée ! Oui, bourgeois peureux.

Celle-ci, messieurs, jeune et belle, Est faible encor ; mais je prétends,

Si le bon Dieu prend pitié d'elle, La voir grandir en peu de temps.

Je lui crie : « Où vas-tu, pauvrette?

Maint gendarme t'attend là-bas ; Des mouchards la foule te guette ; Le commissaire suit tes pas.

— Tant de peine qu'on leur voit prendre, Dit-elle, accroît l'espoir que j'ai :

Du peuple ils me font mieux compi-endrc : C'est un commentaire obligé.

« — Moi qui suis vieux, pour toi je tremble ;

On va te barrer le chemin.

Vois ces bataillons qu'on rassemble,

Ces escadrons le sabre en main.

— Bien mieux que tambours et trompettes Réveillant un cœur endormi.

Je passe entre les baïonnettes Pour recruter chez l'ennemi.

« — Fuis, mon enfant ; fuis, je t'en prie ; On détruira jusqu'à ton nom.

Vois-tu venir l'artillerie?

La mèche approche du canon.

— Peut-être aussi sera-t-il nôtre, Ce canon qui fait ton effroi.

C'est un avocat comme un autre :

Il peut demain plaider pour moi.

« — Les députés t'ont prise en haine.

— • Au plus fort ils donnent raison.

— Les ministres forgent ta chaîne.

— Mes ailes poussent en, prison.

— Contre toi l'ÉgHse aussi gronde.

— A son encens j'aurai mon tour.

— Les rois te bannissent du monde.

— Je me cacherai dans leur cour. »

Mais soudain quel affreux carnage !

Partout du sang ! partout la mort !

238 == DÉRANGER. — CIIAP. IX

La discipline ôte au courage

Le prix d'un héroïque efforr.

C'est en vain. Plus forte et plus calme,

L'Idée, embrassant un tombeau,

Aux vaincus décerne une palme

Et s'envole avec leur drapeau.

Dernières Chansons, 88.

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