PLUS DE POLITIQUE
(JuiUet 1815.)
AïK : Ce jour-là, sous son omhracj''.
Ma mie, ô vous que j'adore, Mais qui vous plaignez toujours Que mon pays ait encore Trop de part à mes amours !
Si la politique ennuie, Même en frondant les abus,
Kassurez-vous, ma mie.
Je n'en parlerai plus.
Près de vous, j'en ai mémoire.
Donnant prise à mes rivaux, Des arts, enfants de la gloire, Je racontais les travaux.
A notre France agrandie Ils prodiguaient leurs tributs.
Kassurez-vous, etc.
Moi, peureux dont on se raille.
Après d'amoureux combats.
J'osais vous parler bataille Et chanter nos fiers soldats.
Par eux la terre asservie Voyait tous ses rois vaincus.
Rassurez-vous, etc.
Sans me lasser de vos chaînes, J'invoquais la liberté ;
52 r^== BÉRANGEll. — CIIAP. III =i=
Du nom de Rome et d'Athènes J'effrayais votre gaîté.
Quoiqu'au fond je me défie De nos modernes Titus.
Rassurez-vous, etc.
La France, que rien n'égale, Et dont le monde est jaloux, Était la seule rivale Qui fût à craindre pour vous.
Mais, las ! j'ai pour ma patrie Fait trop de vœux superflus.
Rassurez-vous, etc.
Oui, ma mie, il faut vous croire ; Faisons-nous d'obscurs loisirs.
Sans plus songer à la gloire, Dormons au sein des plaisirs.
Sous une ligue ennemie.
Les Français sont abattus.
Rassurez-vous, ma mie.
Je n'en parlerai plus.
Œ'umes, I, 278.
CHAPITEE IV
BÉRANGER ET l'oPPOSITION LIBÉRALE APRÈS 1815
1. Les salons et les goguettes. — //. Uopposition patriotique et anticléricale. — ///. La lutte politique de 1815 à 1821. — IV. La veine amoureuse et anacréontique. — V. Le recueil de 1821. —
VL Le procès.
Le succès du recueil de 1815 avait été très vif. Désormais non seulement les publications réservées aux chansonniers, comme le recueil du Caveau ou les Etrennes lyriques, lui demandèrent avec insistance ses nouvelles chansons, mais encore des revues, littéraires comme la Minerve, ou satiriques comme le Nain jaune, voukirent s'assurer sa collaboration. Le Journal des Déhats lui offrit son feuilleton dramatique, fonction qui valait à son titulaire une grande autorité dans le monde des lettres. La royauté elle-même lui proposa la place de censeur royal. Il se contenta du rôle modeste de chansonnier.
Les salons firent comme les journaux, et Béranger se laissa faire. H avait les qualités et les défauts nécessaires pour y réussir : énormément d'esprit, del'à-propos et l'habitude de ne jamais se priver de lancer un trait mordant, môme contre un ami, pourvu que le trait fût spirituel. Sa notoriété croissante, un certain contentement de lui-même.
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une affectation de simplicité rustique et jusqu'à sa manie de se faire longtemps prier (1), tout contribuait à le mettre à la mode, dans le monde où Ton recevait. Naturellement il avait ses préférences. Dans cette société de la Restauration, qui se partageait en deux camps, d'une irréductible hostilité, les ultras et les libéraux, le chansonnier du Roi d'Yvetot et du Traité de politique allait, par goût et par vocation, du côté des seconds. H fréquentait chez de Jouy, le fameux Ermite de la Chaussée d'Antin, dont la vie n'avait rien d'ermitique, l'auteur de cette pièce de Sylla, qui fut considérée comme l'un des plus grands succès dramatiques du siècle, en tout cas le plus grand succès d'allusions politiques. Ce salon s'opposait à celui de Nodier, l'autre salon littéraire, celui du Cénacle, des romantiques et de la littérature royaliste. Les hommes les plus célèbres de l'opposition. Manuel, le général Foy, Lamarque, Benjamin Constant, étaient assidus aux réceptions de Jouy ; les plus belles femmes de Paris venaient y faire consacrer leur réputation de beauté, et les étrangers de marque tenaient à s'y faire présenter. Béranger était l'enfant gâté de cette maison d'allures un peu libres. « Son talent, dit Legouvé, l'y faisait admirer, son indépendance de jugement l'y faisait considérer, et son esprit gouailleur l'y faisait craindre. »
Il va aussi chez le banquier Laffitte ; il s'y mêle à cette « sorte de société européenne, composée de peuplades de financiers, d'hommes de lettres de tout ordre, de généraux ou d'officiers de l'Empire, d'Anglaises à ébouriffantes toilettes, d'hommes d'affaires et de députés..., tohu-bohu d'opinions, de positions, d'éducations », qui faisait de ce salon « une foule éclatante, animée, mais confuse )\. (La définition est de Coulmann.) Mais il est plus à son aise chez Mme Dufrénoy et chez Dupont de l'Eure. Mme Dufrénoy, connue par son attachement passionné pour Fontanes,
(1) Il exigeait que toute invitation lui fût faite au moins huit jours à l'avance, qu'on le dispensât de mettre des gants et surtout qu'on ne le servît pas aux invités de marque comme une curiosité. Il était d'ailleurs très sensible aux éloges.