LE VILAIN
Air de Ninon chez Mme de Scvigné.
Hé quoi ! j'apprends que l'on critique
Le de qui précède mon nom.
Etes-vous de noblesse antique?
Moi, noble ! oh ! vraiment, messieurs, non.
Non, d'aucune chevalerie
Je n'ai le brevet sur vehn.
Je ne sais qu'aimer ma patrie I p.^
Je suis vilain et très vilain, ^^
Je suis vilain,
Vilain, vilain.
Ah ! sans un de j'aurais dû naître ; Car, dans mon sang si j'ai bien lu, Jadis mes aïeux ont d'un maître Maudit le pouvoir absolu.
Ce pouvoir, sur sa vieille base, Etant la meule du moulin, Ils étaient le grain qu'elle écrase.
Je suis vilain, etc.
Mes aïeux jamais dans leurs terres N'ont vexé des serfs indigents ; Jamais leurs nobles cimeterres Dans les bois n'ont fait peur aux gens. Aucun d'eux, las de sa campagne, Ne fut transformé par Merlin (1) En chambellan de... Charlemagne.
Je suis vilain, etc.
Jamais aux discordes civiles Mes braves aïeux n'ont pris part ; De l'Anglais aucun dans nos villes N'introduisit^le léopard ; Et quand FÉghse, par sa brigue.
Poussait l'État vers son déchn.
Aucun d'eux n'a signé la Ligue, Je suis vilain, etc.
Laissez-moi donc sous ma bannière, Vous, messieurs, qui, le nez au vent, Nobles par votre boutonnière.
Encensez tout soleil levant.
J'honore une race commune.
Car, sensible, quoique malin, Je n'ai flatté que l'infortune. / t^ • Je suis vilain et très vilain, \
Je suis vilain,
Vilain, vilain.
Œuwes, I, 292.
(1) Eiicliantcur famcax dans les romans de la Tahle ronde.
LE VENTKU
ou COMPTE RENDU DE LA SESSION DE 1818 AUX ÉLECTEURS DU DEPARTEMENT DE... PAR M***
Air : J''ons un curé patriote.
Electeurs de ma province,
Il faut que vous sachiez tous
Ce que j'ai fait pour le prince,
Pour la patrie et pour vous.
L'État n'a point dépéri :
Je reviens gras et fleuri.
Quels dînes, ]
Quels dînes i j..
Les ministres m'ont donnés ! ( ^' ' Oli ! que j'ai fait de bons dînes ! ]
Au ventre toujours fidèle J'ai pris, suivant ma leçon, Place à dix pas de Villèle (1), A quinze de d'Argenson ; Car dans ce ventre étoffé Je suis entré tout truffé.
Quels dînes, ecc.
Comme il faut au ministère Des gens qui parlent toujours Et hurlent pour faire taire Ceux qui font de bons discours.
J'ai parlé, parlé, parlé ; J'ai hurlé, hurlé, hurlé !
Quels dînes, etc.
(1) A cette époque, M. de Villèle était le chef de l'opposition de droite, vers laquelle penchait toujours le pouvoir. Il est inutile de rappeler que M. d'Argenson était un des membres les plus avancés \ de l'opposition de gauche.
90 =^ DERANGER. — CHAP. lY =
.Si la presse a des entraves, C'est que je l'avais promis ; Si j'ai bien parlé des braves, C'est qu'on me l'avait permis.
J'aurais voté dans un jour Dix fois contre et dix fois pour.
Quels dînes, etc.
J'ai repoussé les enquêtes, Afin de plaire à la cour; J'ai, sur toutes les requêtes, Demandé Vordre du jour.
Au nom du roi, par mes cris.
J'ai rebanni les proscrits (1).
Quels dînes, etc.
Des dépenses de police J'ai prouvé l'utilité ; Et, non moins Français qu'un Suisse, Pour les Suisses j'ai voté.
Gardons bien, et pour raison, Ces amis de la maison.
Quels dînes, etc.
Malgré des calculs sinistres, Vous paierez, sans y songer, L'étranger et les ministres.
Les ventrus et l'étranger.
U faut que, dans nos besoins.
Le peuple dîne un peu moins.
Quels dînes, etc.
Enfin j'ai fait mes affaires :
Je suis procureur du roi.
J'ai placé deux de mes frères ; Mes trois fils ont de l'emploi.
(1) Dans la session de 1818, un grand nombre d'adresses, présentées à Ja Cliambre en faveur du rappel des proscrits, amena une discussion extrêmement vive, que termina l'ordie du jour.
Pour les autres sessions J'ai cent invitations.
Quels dînes, Quels dînes Les ministres m'ont donnés !
Oh ! que j'ai fait de bons dînes !
Bis.
Œuvres, II, 168.