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LE MARQUIS DE CARABAS

(Novembre 1816.)

Air du Roi Dagohert.

Voyez ce vieux marquis Nous traiter en peuple conquis ;

82 ^ BERANGEU. — CITAP. lY

Son coursier déchai'no De loin chez nous l'a ramené. .

Vers son vieux castel Ce noble mortel Marche en brandissant Un sabre innocent.

Chapeau bas ! chapeau bas !

Gloire au marquis de Carabas !

Aumôniers, châtelains, Vassaux, vavassaux et vilains.

C'est moi, dit-il, c'est moi Qui seul ai rétabli mon roi.

Mais, s'il ne me rend Les droits de mon rang, Avec moi, corbleu !

Il verra beau jeu.

Chapeau bas ! etc.

Pour me calomnier.

Bien qu'on ait parlé d'un meunier,

Ma famille eut pour chef Un des fils de Pépin le Bref.

D'après mon blason, Je crois ma maison Plus noble, ma foi, Que celle du roi.

Chapeau bas ! etc.

Qui me résisterait?

La marquise a le tabouret.

Pour être évêque un jour, Mon dernier fils suivra la cour.

Mon fils le baron, Quoiqu'un peu poltron, Veut avoir des croix ; Il en aura trois.

Chapeau bas ! etc.

Vivons donc en repos.

Mais l'on m'ose pailer d'impôts !

A l'État, pour son bien,

= LKS CHANSONS l)i: 1821 •- 83

Un gentilhomme ne doit rien.

Grâce à mes créneaux, A mes arsenaux, Je puis au préfet Dire un peu son fait.

Chapeau bas ! etc.

Prêtres que nous vengeons, Levez la dîme, et partageons ;

Et toi, peuple animal, Porte encor le bât féodal.

Seuls nous chasserons.

Et tous vos tendrons Subiront l'honneur Du droit du seigneur.

Chapeau bas ! etc.

Curé, fais ton devoir ; Remphs pour moi ton encensoir.

Vous pages et varlets.

Guerre aux vilains, et rossez-les !

Que de mes aïeux Ces droits glorieux Passent tout entiers A mes héritiers.

Chapeau bas ! chapeau bas !

Gloire au marquis de Carabas !

Œuvres, II, 25.

LA VIVANDIERE

ÂJR : Demain matin, au point du jour.

Vivandière du régiment,

C'est Catin qu'on me nomme.

Je vends, je donne et bois gaîmcnt Mon vin et mon rogomme.

J'ai le pied leste et l'œil mutin, Tintin, tintin, tintin, r'hn tintin ;

84 =- ■■ BÉUANGEU. — CIIAP. IV =

J'ai le pied leste et l'œil mutin :

Soldats, voilà Catin !

Je fus chère à tous nos héros ;

Hélas ! combien j'en pleure !

Aussi soldats et généraux

Me comblaient, à toute heure.

D'amour, de gloire et de butin, Tintin, tintin, tintin, r'iin tintin ; D'amour, de gloire et de butin :

Soldats, voilà Catin !

J'ai pris part à tous vos exploits En vous versant à boire.

Songez combien j'ai fait de fois Kafraîchir la Victoire.

Ça grossissait son bulletin, Tintin, tintin, tintin, r'Hn tintin ; Ça grossissait son bulletin :

Soldats, voilà Catin!

Depuis les Alpes je vous sers ;

Je me mis jeune en route :

A quatorze ans, dans les déserts, Je vous portais la goutte.

Puis j'entrai dans Vienne un matin, Tintin, tintin, tintin, r'hn tintin ;

Puis j'entrai dans Vienne un matin Soldats, voilà Catin!

De mon commerce et des amours

C'était le temps prospère.

A Rome je passai huit jours.

Et de notre saint-père Je débauchai le sacristain, Tintin, tintin, tintin, r'hn tintin ; Je débauchai le sacristain :

Soldats, voilà Catin !

J'ai fait plus que maint duc et pair Pour mon pays que j'aime.

A Madrid si j'ai vendu cher, Et cher à Moscou même,

].ES CHANSONS DE KSiJ === 85

J'ai donné gratis à Pantin, Tintin, tintin, tintin, r'iin tintin ; J'ai donné gratis à Pantin :

Soldats, voilà Catin !...

Si je vois de nos vieux guerriers

Pâlis par la souffrance.

Qui n'ont plus, malgré leurs lauriers.

De quoi boire à la France, Je refleuris encor leur teint, Tintin, tintin, tintin, r'iin tintin ; Je refleuris encor leur teint :

Soldats, voilà Catin !

Mais nos ennemis, gorgés d'or.

Paieront encore à boire. Oui, pour vous doit briller encor Le jour de la victoire.

J'en serai le réveil-matin, Tintin, tintin, tintin, r'iin tintin ; J'en serai le réveil-matin :

Soldats, voilà Catin !

Œuvres, II, 85.

LE PKINCE DE NAVAKKE

ou MATHURIN BRUNEAU (1) (1817)

Air du Ballet des Pierrots.

Quoi ! tu veux régner sur la France ! Es-tu fou, pauvre Matliurin?

N'échange point ton indigence Contre tout l'or d'un souverain.

Sur un trône l'ennui se carre.

Fier d'être encensé par des sots.

(1) Tout le monde se rappelle que Matliurin Bruneau, reconnu pour être fils d'un sabotier, affectait de se donner le titre de prince (le Navarre.

86 = DERANGER. — CHAP. IV =

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Des leçons que le malheur donne Tu n'as donc pas tiré de fruit?

Kéclamerais-tu la couronne.

Si le malheur t'avait instruit?

Cette ambition n'est point rare.

Même ailleurs que chez les héros.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Dans le rang que toi-même espères.

Trompés par des flatteurs câlins, Que de rois se disent les pères D'enfants qui se croient orphehns !

Régner, c'est n'être point avare De lois, de rubans, de grands mots.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Quand tu combattrais avec gloire, Sache que plus d'un conquérant Se voit arracher la victoire Par un général ignorant.

Un Anglais, aidé d'un Tartare, Foule aux pieds de nobles drapeaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, . Prince, faites-nous des sabots.

Combien d'agents illégitimes

Servent la légitimité !

Trop tard sur les malheurs de Nîmes

On éclairerait ta bonté.

Le roi qu'au pont Neuf on répare (1)

Parle en vain pour les huguenots.

Croyez-moi, prince de Navarre,

Prince, faites-nous des sabots.

De tes maux quel serait le terme, Si quelques alliés sans foi

(1) On s'occupait alors de relever la statue de Henri IV.

Prétendaient que tu tiens à ferme Le trône que tu dis à toi?

De jour en jour leur ligue avare Augmenterait le prix des baux. Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Enfin pourrais-tu sans scrupule, Graissant la patte au Saint-Esprit, Faire un concordat ridicule Avec ton père en Jésus-Christ?

Pour lui redorer sa tiare, Tu nous surchargerais d'impôts.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

D'ailleurs ton métier nous arrange :

Nos amis nous ont fait capot.

C'est pour que l'étranger la mange, Que nous mettons la poule au pot.

De nos souliers même on s'empare Après avoir pris nos manteaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Œuvres, II, 149*

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