LES PREMIERS ESSAIS POETIQUES
/. Satires et comédies. — II. Dithyrambes, pastorales, odes et romances. — III. La vocation de chansonnier.
C'est par des satires contre les mœurs du Directoire, que Béranger fit ses véritables débuts dans le métier de poète. Mais il ne les publia pas et plus tard il les détruisit. Deux seulement ont surnagé, égarées parmi les Chansons erotiques, dont il laissait plus volontiers la publication aux recueils belges : l'une, V Hermaphrodite, vise certaines aberrations, chères aux amis de Barras ; l'autre, le Chien de saint Roch, est dirigée contre un critique littéraire du temps.
Cette verve mordante prédisposait Béranger à la comédie satirique. Il se livra en effet à de nombreux essais dans cette voie, dressant le plan, écrivant des scènes et quelquefois des actes entiers de pièces, qu'il n'achevait pas ou laissait en portefeuille. Trois d'entre elles ont échappé à la destruction, grâce à Antier et à M. Henry Lecomte. L'une est un vaudeville pour théâtre d'amateurs, la seconde une comédie de mœurs et la troisième un opéra-comique.
Le vaudeville, écrit en 1801, raille la Comédie-Française sous ce nom transparent, les Amis de Molière; il lui reproche de ne plus jouer les comédies de son illustre patron et de
d2 DERANGER. — CHAP. II
donner des pièces mixtes, où le sérieux et le badin, le tragique et le comique sont mêlés, contre toutes les rè<^les. La leçon de l'ouwage se trouve dans ces six vers :
De mêler le sourire aux pleurs, L'homme enfant seul est excusable ; A trente ans, triste ou gai, par choix, Il peint Fart dans chaque nuance, Et ne rit et ne pleure à la fois Que lorsqu'il retombe en enfance.
Œuvres inédites, 215.
La comédie de mœurs est intitulée le Paresseux. C'est un acte très touffu, mais agréablement versifié, dans lequel le poète accumule les conséquences tantôt fâcheuses, tantôt ridicules de la paresse. Par nonchalance, le personnage qui donne le nom de son défaut à la pièce. Dorante, perd ses procès, compromet son patrimoine, abandonne une femme qu'il aime et dont il est aimé, se fiance à une pécore niaise et coquette, flanquée d'un beau-père joueur et débauché, se met un duel sur le dos et n'a plus que le suicide en perspective, pour se tirer de tant de mauvais pas,
La plus jolie scène de la pièce est celle oii le Paresseux se débat entre son rival auprès d'Ëlise, Valère, et l'huissier Loyal, qui vient pratiquer chez lui une saisie. Le morceau vaut la peine d'être cité :
LE PARESSEUX {Scène XV).