DORANTE, VALÈRE, LOYAL
DORANTE, faussant compagnie à Vavoué Lagriffardière. J'échappe de ses mains... Ouf ! je suis harassé ! Qu'il feuillette lui seul ses nombreuses liasses ; J'étouffais au milieu de taut de paperasses... Qui me déhvrera des affaires?
SATIRES ET COMÉIMES 13
VALÈRE, V abordant d'un côté.
Bonjour.
LOYAL, du côté opposé.
Serviteur! En vertu d'un arrêt de la cour, Dûment signifié...
DORANTE
Ciel ! encore une affaire !
VALÈRE
Vous devez sur un point, monsieur, me satisfaire.
DORANTE
Deux affaires d'un coup ! parbleu, me voilà bien !
LOYAL
D'une digne comtesse il faut rendre le bien.
VALÈRE, à Loyal.
Tais-toi. (^Doran^e.) L'honneur blessé n'admet qu'une vengeance, Je la demande.
LOYAL
Et moi, je demande audience.
DORANTE
Parlez, mon cher Valère; huissier, parlez aussi.
VALÈRE
Est-ce l'instant, monsieur, de plaisanter ainsi?
LOYAL
Plaisante qui voudra, moi, j'ai bon caractère.
DORANTE, à Valère.
Se fâche-t-on?
LOYAL, présentant la sentence.
Lisez : puis-je faire inventaire?
VALÈRE, à Dorante.
Me ferez-vous raison?
DORANTE
Quoi, toujours de l'humeur!
VALÈRE
Vous traitez lestement les affaires d'honneur...
LOYAL
Les affaires d'honneur ne sont point mes affaires. Monsieur, hsez l'arrêt.
VALÈRE
Vous ne répondez guères.
DORANTE
Vous êtes jeune encor, monsieur le chevaher.
14 BKllANGEll. — GHAP. II
VALÈRE
Et VOUS, monsieur?
LOYAL
Je lis : « De juillet le premier, Par de...
DORANTE
Te tairas-tu !
LOYAL, continuant.
devant...
DORANTE
Crains qu'à la porte...-
LOYAL
Je puis verbaliser, près d'ici j'ai main-forte.
VALÈRE
Sur la place, ici près, dans une heure au plus tard, Je vous attends.
DORANTE
Quelle heure est-il?
VALÈRE, regardant à sa montre.
Une heure un quart, A ma montre ; à la vôtre?
DORANTE
Elle n'est point montée.
LOYAL
La justice, à la fin, sera-t-elle écoutée? Qu'on m'ouvre tout ici pour inventorier.
VALÈRE
Quelle arme prenez-vous?
LOYAL, s' apprêtant à écrire.
La plume et l'encrier.
DORANTE
Un chevaHer français ne se bat qu'à l'épée.
VALÈRE
Soit.
LOYAL, à part.
Des armes?... Veut-il me faire une équipée?... Qu'il parle d'épée, oui, mais non point de bâton, Car je me fâcherais...
Œuvres médites, 51.
Le Paresseux a eu les honneui's de la scène, en 1907, au théâtre du Parc, à Bruxelles ; on lui fit le succès que l'on
DlTHYKAMnES, PASTOKALES, ODES 13
fait «iiijoiird'hiii aux jolies piécettes, écrites dans le goût (lu dix-huit iènie siècle.
La Vieille -femme et le jeune mari, livret d'opéra-comique, est la meilleure des productions dramatiques de Béranger. Il fut écrit en dix jours, à la prière de Wilhem, qui en avait composé la musique. C'est une critique, spiiituelle et acerbe, de ces femmes âgées, qui s'offrent, à prix d'argent, de jeunes maris et que tourmentent ensuite la jalousie et l'avarice.
Le comité de lecture du théâtre impérial de i'Opéra- Comique lut la Vieille femme et le jeune mari, en assemblée générale, le 26 juillet 1810. C'est Béranger qui inscrivit la chose et la date sur son manuscrit, avec cette mention : Pièce refusée, comme étant immorale, ce qui est très édifiant de la part de MM. les comédiens. Ce fut toute sa vengeance.
JI
Entre ses comédies et son opéra-comique, Béranger subit une influence profonde, qui faillit orienter dans un sens entièrement opposé sa vocation poétique. Chateaubriand venait de publier le Génie du Christianisme. Enthousiasmé par ces doctrines nouvelles et la forme prestigieuse dans laquelle elles étaient présentées, le jeune poète s'efforça de restaurer en lui les croyances et les pratiques catholiques de son enfance ; il voulut également y chercher l'inspiration de ses œuvres et ne plus composer que des poèmes chrétiens.
A ce projet, se rattache l'idée d'un poème épique sur Clovis. Des labeurs de cette épopée, il nous reste deux vers, en effet très laborieux, sur l'origine des Gaulois :
Les crois-tu de la terre enfants nés sans aïeux? Ils n'étaient pas encore que le monde était vieux.
16 BÉRANGER. — CIIAP. II
Au Clovis abandonné à son tour, succédèrent des Dithyrambes, le Déluge, le Rétablissement du culte, une méditation sur le Jugement dernier. Cette dernière a paru, dans les Saisons du Parnasse, en 1902. Sainte-Beuve en faisait grand cas. On peut juger, par l'extrait suivant, qu'elle méritait cette appréciation :