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MEDITATION

Nos grandeurs, nos revers, ne sont point notre ouvrage : Dieu seul mène à son gré notre aveugle courage ; Sans honte succombez, triomphez sans orgueil. Vous, mortels, qu'il plaça sur un pompeux écueil. Des hommes étaient nés pour le trône du monde. Huit siècles l'assuraient à leur race féconde ; Dieu dit : soudain aux yeux de cent peuples surpris Et ce trône et ces rois confondent leurs débris. Les uns sont égorgés, les autres en partage Portent, au Heu de sceptre, un bâton de voyage, Exilés et contraints, sous le poids des rebuts, D'errer dans l'univers, qui ne les connaît plus.

Spectateur ignoré de ce désastre immense. Un homme enfin, sortant de l'ombre et de l'enfance (1), Paraît. Toute la terre, à ses coups éclatants, Croit, dès le premier jour, l'avoir connu longtemps. H combat, il subjugue, il renverse, il élève ; Tout ce qu'il veut de grand, sa fortune l'achève. Nous voyons, lorsqu'à peine on connaît ses desseins, Les peuples étonnés tomber entre ses mains. Alors son bras puissant, apaisant la victoire. Soutient le monde entier, qu'ébranlait tant de gloire. Le Très-Haut l'ordonnait. Où sont les vains mortels Qui s'opposaient au cours des arrêts éternels? Faibles enfants qu'un char écrasa sur la pierre, Voilà leurs corps sanglants restés dans la poussière.

(1) Est-il besoin de faire remarquer qu'il s'agit de Bonaparte. Premier Consul?

DITHYRAMBES, PASTORALES, ODES il

Au milieu des tojnbeaux qu'environnait la nuit,

Ainsi je méditais, par leur silence instruit.

Les lils viennent ici se réunir aux pères

Qu'ils n'y retrouvent plus, qu'ils y portaient naguère,

Disais-je, quand l'éclat des premiers feux du jour

Vint du chant des oiseaux ranimer ce séjour.

Le soleil voit, du haut des voûtes étea^nelles.

Passer dans les palais des familles nouvelles :

Familles et palais, il verra tout périr !

Il a vu mourir tout, tout renaître et mourir,

Vu des hommes produits de la cendre des hommes ;

Et, lugubre flambeau du sépulcre oii nous sommes.

Lui-même, à ce long deuil fatigué d'avoir lui.

S'éteindra devant Dieu comme nous devant lui.

Ma Biographie, notes de Védiieur en fin du volume, 272.

D''un poème sur la Mort de Néron, entrepris à cette époque, d'après les indications de Lucien Bonaparte, il ne nous est rien parvenu.

Mais déjà un autre modèle s'était imposé à l'imitation de Béranger ; c'était Léonard, disciple lui-même de Gessner, l'auteur d'idylles et de pastorales dont la vogue s'était propagée depuis longtemps, de la Suisse et de l'Allemagne, jusqu'en France. Inspiré par Gessner, Léonard et Chateaubriand, notre auteur écrit un poème bucolique en quatre chants, le Pèlerinage, où il reproduit les mœurs pastorales, modernes et chrétiennes, en les reportant vers le seizième siècle, puis des odes champêtres et des idylles, le Conquérant, Glycère, le Vieillard, la Courtisane.

La Courtisane, idylle de cent trente vers, dit Sainte-Beuve qui en a eu communication, exprime avec sentiment, naïveté et élégance, les remords et les larmes d'une villageoise qui revient un moment visiter les campagnes natales et qui voit de loin fumer le toit de la chaumière maternelle. On pourrait donner toute cette Courtisane sans en changer un vers et elle ne ferait pas honte à ses cadettes de haute renommée.

Portraits contemporains, 96,

18 BÉllANGER. — CUAV. Il

GLYCKRE

1J)YLLE UN VIEILLARD

Jeune fille au riant visage,

Que cherches-tu sous cet ombrage?

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