LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER
(La Force, 1829.)
Air : Je vais hientôt quitter Vempire.
Quel beau mandement vous nous faites (3) 1
Prélat, il me comble d'honneur !
Vous lisez donc mes chansonnettes?
Ah ! je vous y Drends, Monseigneur. (Bis.)
Entre deux vins, souvent ma Muse
Perdit son bandeau virginal :
Petit péché, si son ivresse amuse.
Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?
Çà, que vous semble de Lisette,
Qui dicta mes chants les plus doux? ^
Vous vous signez sous la barrette ! /
Lise a vieilli ; rassurez-vous. |
Des jésuites elle raffole (4) ; I
En priant Dieu tant bien que mal, >
Touraine, avec son cousin Jannart ; on doit à cet exil les lettres de La Fontaine à sa femme. On y voit que le heutenant-criminel leur fournit de l'argent pour le voyage. Les temps sont bien changés.
(1) M. Loyal, l'huissier de Tartuffe.
(2) Il y a ici une inexactitude. Ce n'est point dix mille, mais onze mille deux cent cinquante francs qu'on m'a fait payer, grâce au dixième de guerre et aux frais judiciaires.
(3) En mars 1829, M. de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, publia un mandement pour le carême, où, dans une attaque aux lumières du siècle, il faisait une longue sortie contre moi et mes chansons, en féhcitant toutefois les juges du châtiment qu'ils m'avaient infligé. C'est à la Force que j'ai eu le plaisir de lii'e ce morceau d'éloquence très catholique, mais peu chrétienne.
(4) On sait combien M. de Clermont-Tonnerre tenait aux jésuites,
EN COîlRECTIONNiaLE ET A LA FOIlCE 169
Pour leurs enfants Lise tient une école. Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?
A chaque vers patriotique,
Je vous vois me faire un procès.
Tout prélat se croit hérétique,
Qui chez nous a le cœur français.
Sans y moissonner, moi, pauvre homme,
J'aime avant tout le sol natal.
J'y tiens autant que vous tenez à Kome. Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?
Puisque vous fredonnez mes rimes,
Vous, grand lévite ultramontain.
N'y trouvez-vous pas des maxime?
Dignes du bon Samaritain?
D'huile et de baume les mains pleines,
H eût rougi d'aigrir le mal ; Ah ! d'un captif il n'eût vu que les chaînes. Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?
Enfin, avouez qu'en mon Hvre
Dieu brille à travers ma gaîté.
Je crois qu'il nous regarde vivre,
Qu'il a béni ma pauvreté.
Sous les verrous sa voix m'inspire
Un appel à son tribunal ; Des grands du monde elle m'enseigne à rire. Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?
Au fond, vous avez l'âme bonne.
Pardonnez à l'homme de bien.
Monseigneur, pour qu'il vous pardonne
Votre mandement peu cln^étien.
Mais au conclave on met la nappe,
Partez pour Rome à ce signal.
Le Saint-Esprit fasse de vous un pape ! Qu'en dites-vous, monsieur le cardinal?
Œuvres, III, 266.
et l'on connaît ses protestations contre les ordonnances relatives à l'instruction publique*
no BÉHANGER. — GIIAP.'VI