LES TOMBEAUX DE JUILLET
Air d'Odame,
Des fleiirs, enfants, vous dont les mains sont pures ; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux ! De nos Ti'ois-Jours ornez les sépultures : Comme les rois, le peuple a ses tombeaux.
Qu'un peuple est grand qui, pauvre, gai, modeste, Seul maître, après tant de sang et d'efforts, Chasse en riant des princes qu'il déteste Et de l'État garde à jeun les trésors !
Des artisans, des soldats de la Loire, Des écoliers s'essayant au canon, Sont tombés là, vous léguant leur victoire, Sans penser même à vous dire leur nqm.
A ces héros, la France doit un temple ;
Leur gloire au loin inspire un saint effroi :
Les rois, que trouble un aussi gra^id exemple,
Tout bas ont dit : « Qu'est-ce aujourd'hui qu'un roi? »
Voit-on venir le drapeau tricolore?
Répètent-ils, de souvenirs remplis. Et sur leur front ce drapeau semble encore Jeter d'en haut les ombres de ses plis...
Mais, dans nos murs fondrait l'Europe entière. Qu'au prompt départ de vingt peuples rivaux, La Liberté naîtrait de la poussière Qu'emporteraient les pieds de leurs chevaux.
Partout luira l'égahté féconde;
Les vieilles lois errent sur des débris ;
Le monde ancien finit : d'un nouveau monde
La France est reine, et son Louvre est Paris.
■182 BÉBAxNGER. — CHAP. VI
A vous, enfants, ces fruits des Trois- Journées ! Ceux qui sont là vous frayaient le chemin : Le sang français des grandes destinées Trace en tout temps la route au genre humain.
Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures ; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois-Jours ornez les sépultures : Comme les rois, le peuple a ses tombeaux.
Œuvres, IV, 85.
Air du Tailleur et la fée.
Pour rajeunir les fleurs de mon trophée, Naguère encor, tendre, docte ou railleur, J'allais chanter, quand m' apparut la fée Qui me berça chez le bon vieux tailleur. « L'hiver, dit-elle, a soufflé sur ta tête : Cherche un abri pour tes soirs longs et froids. Vingt ans de lutte ont épuisé ta voix, Qui n'a chanté qu'au bruit de la tempête. » Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait : l'aquilon a grondé...
« Bénis ton sort : par toi la poésie A d'un grand peuple ému les -derniers rangs ; Le chant qui vole à l'oreille saisie Souffla tes vers même aux plus ignorants. Vos orateurs parlent à qui sait lire ; Toi, conspirant tout haut contre les rois, Tu marias, pour ameuter les voix.
Des airs de vielle aux accents de la lyre. » Adieu, chansons, etc.
« Tes traits aigus, lancés au trône même. En retombant aussitôt ramassés, De près, de loin, par le peuple qui t'aime, Volaient en chœur jusqu'au but relancés.
Puis, quand ce trône ose brandir son foudre, De vieux fusi)s l'abattent en trois jours. Pour tous les coups tirés dans son velours. Combien ta Muse a fabriqué de poudre ! » Adieu, chansons, etc.
« Ta part est belle à ces grandes journées, Où du butin tu détournas les yeux ; Leur souvenir, couronnant tes années.
Te suffira, si tu sais être vieux ; Aux jeunes gens racontes-en l'histoire, Guide leur nef, instruis-les de l'écueil ; Et de la France un jour font-ils l'orgueil. Va réchauffer ta vieillesse à leur gloire. » Adieu, chansons, etc.
Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde, Oui, vous sonnez la retraite à propos.
Pour compagnon bientôt, dans ma mansarde, J'aurai l'oubh, père et fils du repos. Mais, à ma mort, témoins de notre lutte, De vieux Français se diront, l'œil mouillé : Au ciel, un soir, cette étoile a brillé ; Dieu l'éteignit longtemps avant sa chute. Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.
Œuvres, IV, 92.
LE KEFUS