SON DESINTERESSEMENT
A l'Égard du gouvernement nouveau
La révolution de Juillet a aussi voulu faire ma fortune : je l'ai traitée comme une puissance qui peut avoir des caprices auxquels il faut être en mesure de résister. Tous ou presque tous mes amis ont passé au ministère : j'en ai même encore un ou deux qui restent suspendus à ce mât de cocagne. Je me plais à croire qu'ils y sont accrochés par la basque, malgré les efforts qu'ils font pour descendre. J'aurais donc pu avoir ma part à la distribution des emplois. Malheureusement je n'ai pas l'amour des sinécures, et tout travail obhgé m'est devenu insupportable, hors peut-être encore celui d'expéditionnaire. Des médi-' sants ont prétendu que je faisais de la vertu. Fi donc ! je faisais de la paresse. Ce défaut m'a tenu heu de bien des quahtés ; aussi je le recommande à beaucoup de nos honnêtes gens. Il expose pourtant à de singuhers reproches. C'est à cette paresse | si douce que des censeurs rigides ont attribué l'éloignement 1 oii je me suis tenu de ceux de mes honorables amis qui ont eu \ le malheur d'arriver au pouvoir. Faisant trop d'honnem' à ce T qu'ils veulent bien appeler ma bonne tête, et oubhant trop combien il y a loin du simple bon sens à la science des grandes ' affaires, ces censeurs prétendent que mes conseils eussent éclairé plus d'un ministre. A les en croire, tapi derrière le fauteuil de velours de nos hommes d'État, j'aurais conjuré les vents, dissipé les orages et fait nager la France dans un océan de déhces ; nous aurions tous de la hberté à revendi'e ou plutôt à donner, car nous n'en savons pas bien encore le prix. Eh! messieurs mes deux ou trois amis, qui prenez un chansonnier pour un magicien, on ne vous a donc pas dit que le pouvoir est une cloche qui empêche ceux qui la mettent en. branle d'entendre aucun autre son? Sans doute des ministres consultent