‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 10 sur 126 · XVIIP ET XIX^ SIECLES · texte numérisé non relu

XVIIP ET XIX^ SIECLES

François Arouet de Voltaire, né à Paris en 1694, fit de brillantes études au collège Louis- le-Grand, dirigé par les Jésuites*. Il fut de bonne heure introduit par Tabbé de Châteauneuf, son parrain, dans une socié de beaux-esprits et de jeunes seigneurs incrédules, les Gonti, les Vendôme, les Sully, les Richelieu, les poètes La Fare et Ghaulieu. Etilé en 1726, il se rendit en Angleterre, où il étudia profondément la langue, la littérature, la philosophie des Anglais. Rentré en France, et inquiété de nouveau à propos de la publication de ses Lettres philosophiques (1735), il se retira au château de Girey, chez la marquise du Ghâtelet où il resta jusqu'en 1740. A cette époque, à la suite ,d'uD voyage à la cour du roi de Prusse Frédéric II, Tun de ses plus grands admirateurs, il se vit tout à coup recherché par le ministère qui lavait jusque-là persécuté. En 1745, il

1. L'éducation de Voltaire a été racontée d'une façon intéressante par A. Pierron, dans son livre intitulé Voltaire et ses maîtres.

s DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

obtint par le crédit de Mme de Pompadour le brevet d'historiographe de France^ avec une charge de gentilhomme de la chambre du roi; en 1746, 3 entra I f Académie. Sa faveur dura peu. Après avoir été accueilli à Sceaux chez la duchesse du Maine, à Nancy à la cour du roi Stanislas, il se rendit en 1750 à Berlin, et resta pendant trois ans attaché, en qualité de chambellan» à la j^ersonne du roi de Prusse. B parcourut ensuite une partie da rAQemagne, séjourna dans plusieurs villes de France, Strasbourg, Golmar, Lyon, et finit par se fixer à Ferney dans le pays de Gex (1758). C'est là qu'il passa les vingt dernières années de sa vie, occupant Paris et l'Europe de ses moindres écrits. En 1778, à ad ans, i) fit un voyage à Paris, afin de faire représenter Irène, une de ses dernières productions. Reçu dans la capitale avec un enthousiasme impossible à décrire, accablé d'honneurs de tout genre, il ne put résister à tant d'émotion, et mourut trois mois après son arrivée, chez le marquis de Villttlte (30 mai 1778). En 1791, ses restes furent solennellement transportés au Panthéon.

La liste complète des ŒwMces dA Voltaire serait interminable. Poésie sérieuse et légèr^ s^nces naturelles, histoire, métaphysiqtte, pamphlets^ Voltaire a touché à tous les genres et a partout réussi. Il faut se borner à citer i^on épopée, la Henriaà»^; ses tragédies : Œdipe^ ( ^ 7 1 8),^ Manamnt (t7%), Ztxxre (1732), Lotm/rt dd César (1732^ Adél(Me du ChMêS$^ (17a4), Jkhm (1736), Hafijmei (1742), Uéroy«(1743>), Âom^sou^â (1752)^ TcmcrMe oiïOrpMm de ta QhUrn^ (1760) ; parmi ses comédies, Nanine (1749) ; ses travàœt hislarîqiibes : VHisjU>ire d^ Charles XII (1731), le Sièole^ es- Louis XIV (1751), l'Essai swr ks mœurs et l'esprit des MaPkms (lt759); ses Comnientaires sur Corneille^ qu'il écviv^ pour doter une nièce du poète ; ses Éléments de la phUosophie de Newton (17^); ses poésies philosophiques, le Discours sur l'homme^ la Loi naturelle ; ses Êpitres, si admirables de ban sens, d'élégance, de, Ëicîjdté^ et quelquefois de grandeur, et cette correspondaiiee infatigable, uni*

VOLfAIRÊ. S

fem^U^ pieiae d& verve, de raison et d'esprit, qui semait la pes^ée du chef dans te«ite Vannée philosophique.

iéition de KM^ 1784-90^ IQ^vol. in-8, avec des notes de Condorç^^Deeroiœ e^Beêvmarchaés; édition de Jules Didoty IB%^'\%2% k/vol.in-S com]Mùt$} édUion deBeuchot, chez Lefebvre^ PmiSf 18^^-34, 10 vol^ in^^f Qiœe préfaecj averiissemmtfn^$eseitakk^.

LA BENitïABfi.

* Le gojet de la Henriâde, dit Yoltaii^ lui-itèûte, efst U « siège de Paris, commeneé par Henri de Valois et Hetrri « le Grand, achevé par ce dernier seul. Le' lieu de la scène a ne s'étend pas plus loin, que de Paris à Ivry, où se donna •• cette fameuse bataille qui décida du sort de la France et « de la maison royale. »

G'QSt à vingt ana, sous les verrous de la Bastille, que Voltaire esquissa les premiers traits de son poëme ; une épopée lui apparaissait alors comme le récit pompeux d'un événement guerrier, précédé d'une invocation, orné f un récit rétrospectif, d'un songe, à'mL voyage aux enfers et d*iin épisode d'amour. Il s'agissait piourhii d'une contrefaçon d'Homère entrevu au travers de Virgile : ce devait être sa dernière amplification rhétorique^ Malgré tout son talent, il ne pouv£t qu'échouer avec honneur d^ uae tei:blativ# impossible. Les genre» littépûree ne dé|>e9id0nt pa» du caprice des auteurs ; l'épopée homéri(Jue était le fruit spontané d'une société naissante : c'était l'histoire chantée » alors qu'on ne pouvait récripo. L'idnagînation ,. le sentiment, l'admiration naïve se confeodaient ,avee ht mémoire pour développer, dans un langage mélodieux, tout le trésor des traditions humaines que les chantres sacrés dérobaient seuls à Téternel oubli. Au()oudrd'hui le liwe a tué le chant; l'irâtcére est là avec sa vérké idms belle que la fiction.

Voltaire ^ {ait dans ta Hemriade un habile et élégant tissu de tous les accidenta extérieurs de l'ép^p^ antique^ il n'y

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manque que Tâme qui les a jadis créés. Aussi combien il est froid dans tous ces récits imités! Lui-même s'y sent mal à Taise ; il les resserre, il les abrège : on voit qu'il s'impatiente de ce cérémonial épique. Mais qu'il rencontre sur sa route une idée morale ou politique, qu'il dessine un caractère, qu'il développe le mécanisme d'une constitution, expose un dogme religieux ou philosophique, déroule le tableau des merveilles du commerce et de l'industrie, aussitôt l'intérêt sérieux qu'il attache à ces objets, l'émotion vraie qu'il ressent donnent à son style une chaleur toute nouvelle> et ces passages, les moins poétiques de leur nature, sont les plus neufe et les plus excellents du livre.

CHANt VI.

LES ÉTATS DB LA LIGUBw

(Après la f/iort d'Henri III, les États de la Ligue s*assemhlent pour

choisir un roi).

La ligue audacieuse , inquiète^ aveuglée,

Ose de ces états ordonner l'assemblée,

Et croit avoir acquis par un assassinat

Le droit d'élire un maître et de changer l'État.

Ils pensaient, à l'abri d'un trône imaginaire,

Mieux repousser Bourbon, mieux tromper le vulgaire.

Us croyaient qu'un monarque unirait leurs desseins;

Que sous ce nom sacré leurs droits seraient plus saints :

Qu'injustement élu, c'était beaucoup de l'être;

Et qu'enfin, quel qu'il soit, le Français veut un maître. Bientôt à ce conseil accourent à grand bruit

Tous ces chefs obstinés qu'un fol orgueil conduit, > Les Lorrains, les Nemours, des prêtres en furie,

L'ambassadeur de Rome, et celui d'Ibérie.

Us marchent vers le Louvre, où, par un nouveau choix,

Ils allaient insulter aux mânes de nos rois.

Le luxe, toujours né des misères publiques, i Prépare avec éclat ces états tyranniques.

Là, ne parurent point ces princes, ces seigneurs.

De nos antiques pairs augustes successeurs,

Qui, près des rois assis, nés juges de la France,

Du pouvoir qu'ils n'ont plus, ont encor l'apparenot.

Là, de nos parlements les sages députés

Ne défendirent point nos faibles Ubertés;

On n'y vit point des lis l'appareil ordinaire :

Le Louvre est étonné de sa pompe étrangère.

Là, le légat de Rome est d'un siège honoré :

Près de lui, pour Mayenne, un dais est préparé.

Sous ce dais on lisait ces mots épouvantables :

a Rois qui jugez la terré, et dont les mains coupables

Osent tout entreprendre et ne rien épargner,

Que la mort de Valois vous apprenne à régner! »

6n s'assemble ; et déjà les partis, les cabales. Font retentir ces lieux de leurs voix infernales. Le bandeau de l'erreur aveugle tous les yeux; L'un, des faveurs de Rome esclave ambitieux.

S'adresse au légat seul, et devant lui déclare Qu'il est temps que les lis rampent sous la tiare; Qu'on érige à Paris ce sanglant tribunal, Ce monument affreux du pouvoir monacal * , Que l'Espagne a reçu, mais qu'elle-même abhorre, Qui venge les autels et qui les déshonore, Qui, tout couvert de sang, de flammes entouré, Égorge les mortels avec un fer sacré '.

Comme si nous vivions dans ces temps déplorables Où la terre adorait des dieux impitoyables.

Que des prêtres menteurs, encor plus inhumains, Se vantaient d'apaiser par le sang des humains 1

Celui-ci , corrompu par l'or de l'Ibérie, À l'Espagnol qu'il hait veut vendre sa patrie.

Mais un parti puissant, d'une commune voix, Plaçait déjà Mayenne au trône de nos rois.

Ce rang manquait encore à sa vaste puissance; Et de ses vœux hardis l'orgueilleuse espérance Dévorait, en secret, dans le fond de son cœur, De ce grand nom de roi le dangereux honneur.

Soudain Potier' se lève et demande audience.

Sa rigide vertu faisait son éloquence.

1. L'inquisition, quejes ducs de Guise voulurent établir en France {Voltaire,)

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