Réminiscence. Molière avait dit des hypocrites
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère.
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère, [
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré.
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
{Tartuffe, act. I, ic. vi.> é. Potier de Blancménil , président du Parlement.
DIX-IlOmËME SiÈCLH;. .
Dans ce temps malheureux, par le crime ÎBfeeté, Potier fut toujoum Juste, et pourtant respecté. Souvent on Tavait vu, par sa mâle constaiice, De leurs emportements réprimer la licence , Et, conservant sur eux sa vieille autorité, Leur montrer la ju«tiee avec impunité.
Il élève sa voix ; on murmuM, 6n s'empresse^ On l'entoure, on i'éeoute : et le tumulte cesse. Ainsi, dans un vaissea» ^ont agité leé flots, Quand Tair n'est plus firappé des cris des matelots^ On n'entend qo» te bruit de la proue écamaate. Qui fend, d'un cours heureux, kt mer obéiesante. Tel paraissait Potier dietaiit ses jiisties ima; Et la confusion «e taisait à sa voix.
«c Vous destinez, dit^l, May^ne au rang suprême Je conçois votre erreur, je Texcuse moi-même. Mayenne a des vertus qu'on ne peut trop chérir; Et je le choisirais, si je pouvais choisir.
Mais nous avons nos rois, et ee héros insigné, S'il prétend à l'empire, en est dès lors indii^. »
Comme il disait ces mots, Mayenne entse saudain. Avec tout l'appareil qui suit un souverain.
Potier le voit entrer sans changer de visage : a Oui, prince, poursuite! d'un ton plein de «ourage, Je vous estime assez, pour oser contre vous Vous adresser ma voix pour la France et pour nous. En vain nous prétendons ie droit d'élire un maltire { La France a des Bourbons; et Dieu vous a fait 8dtr« Près de l'auguste rang qu'ils doivent occuper, Pour soutenir leur trône et non pour l'usurper. Guise, du sein des monts, n'a plus rien à prétendre, Le sang d'un souverain doit suffire à sa cendre; S'il mourut par un crime, un crime l'a vengé. Changez avec l'Ëtat, que la eiei a changé :
Périsse avec Valois votre j«ËSte colère 1 Bourbon n'a point versé le sang de votre frère. Le ciel , ce juste ciel qui vous chérit tous deux, Pour vous rendre ennemis vous fit tirop ^rtûeux.
Mais j'entends le murmure , et Uf clameur publigté J'entends ces noms affreux 'de i*élaps, d'hérétique : Je vois d'un zèle faux nos prfttres empoKét, Qui le fer & la main.... Malheureux, àrrèteil Quelle loi, <i\iel exemple, bu plutôt quelle rage Peut à l'oint du Seigneur ari-àchei* votre hommage? Le fils de éaint Louis, parjure à ses serments. Vient-il de ses autels briaar iss fondements?
VOLTAÏRB. f
kvL pied é» oes autels U demajode Jt s'iostniire ; Il aime , il suit les lois 4ont vous bravez Tempire; Il sait dans toute secte honorer les ?e^tus, Respecter votre culte et même vos abus.
Il laisse au Dieu vivant, qui voit ce que nous sommes, Le soin que irous prenez de condamner les hommes. Comme un roi^ oomme un père, il vient vous gouverner, £t| plus chrétien que vous , il vient vous pardonner, tout est libre avec lui; lui seul ne péut-il l'être? Ouel droit vous a rendus juges de votre maître? Infidèles pasteurs, indignes citûyens, Oue vous ressemblez mal à ces premiers ciirétîeiis Qui, bravant tous ces cUeux de métal pu de pléitre^ Marchaient sanis murmurer sous un maître i(JloIâtre, Expiraient sahs Se plaindre^ et sur les échafaudi^ Sanglants, percés de coups, bénissaient leurs bourreauk: Eux seuls étaient chrétiens» je n'en connais point d'autres; Us mouraient pour leurs rois, vous massacrez les vôtres : Et Dieu, que vous peignez implacable et jaloux, SMl aime & se venger, barbar'es, c'est de vous. »
A ce hardi discours aucun n'osait répondre; Par des traits trop puissants ils se sentaient confondre; Ils repoussaient en vain de leur cœur irrUé Cet effroi qu'aux méchants ôgnne la vérité; Le dépit et la crainte agitaient leurs pensées : Quand soudain mille voix jusqu'au ciel élancées Font partout retentir, avec im bruit confus : Aux armes, citoyenç, ou nous sommes perdus I
C'était du grand Henri la redoutable armée , Qui , lasse du repos, et de sang aCTamêé, Faisait entendre au lefn ses formidables eris, Remj^sait la campagne, et marchait vers P^rit .
Au bruit inopiné d» assauts qu'il prépare, ÏDes états consternés le conseil se sépare.
Mayenne au même instant court au haut des remparts; Le soldat rassemblé vole à^ses jétendards :
Il insulte à grands cris le héros qui s'avance. Tout est prêt pour l'attaque, et tout poiu: la défense.
THEATRE DE VÔLtAIRE.
An mofflent où Voltaire entra, daiis le monde^ la gloire littéraire était au théâtre. Il dirigea donc d'abord ses efforts Ters ce qu'on appelait le premier des genres. Plein de ses souvenirs de cbUége, il èuvre sa carrière en imitant Bo-
phocle , et en luttant contre le vieux Corneille (Œdipe) En Angleterre, il entend avec ravissement les accents d'un drame plus mâle : à son retour il essaie de mettre sur la scène, non point Shakespeare, qu'il n'a ni bien compris, ni bien goûté, mais l'esprit de la liberté anglaise, dont son âme s'est sentie exaltée (Brutus, la Mort de César). Enfin, attaquant le public dans les sentiments les plus profonds de notre nature, la tendresse maternelle, l'amour héroïque, malheureux, jaloux, désespéré, frappant fort plutôt que juste, précipitant les situations, les coups de théâtre, les scènes pathétiques, il émeut, il ébranle, il arrache les applaudissements et les larmes. {Alzirej Mérope^ Tancrède, et avant tout Zaïre.)
Toutefois, comme on doit s'y attendre, l'influence de la philosophie contemporaine domine sur le théâtre de Voltaire ; non-seulement elle y jette ces tirades déclamatoires, ces vers à effets, applaudis au dix-huitième siècle et froids aujourd'hui comme des brûlots éteints, mais encore elle le pousse de plus en plus sur la pente où glissait déjà la tragédie française, elle le précipite dans l'abstraction. L'histoire, la couleur locale, les caractères individuels s'effacent de 'plus é^n plus et laissent la scène à une intrigue idéale qui s'agite dans le vide, comme un problème de mathématiques attendant sa solution. L'abstraction, qui est lé vice de la philosophie et de la politique du dix-huitième siècle, éclate également dans son théâtre. Ses personnages sont des situations, tout au plus des caractères, presque jamais des hommes,