Le 31 avril. — 2. Le 1" mai
yœux. Cinquante-neuf membres des Communes avaient TOtô contre le bill ; leurs noms furent placardés dans les rues avec ces mots : Voici les StraffordienSf traîtres à leur pays! La chaire retentissait des mêmes menaces ; on prêcliait^ on priait pour le supplice d*un grand délinquant. Les Lords, provoqués par un message du roi, se plaignirent aux Communes de ces désordres ; les Communes ne répondirent point K Cependant le bill demeurait toujours en suspens. Un coup décisif, jusque-là tenu en réserve, fut résolu : Pym, appelant la peur à l'aide de la vengeance, vint dénoncer le complot de la cour et des officiers pour soulever Tarmée contre le Parlement *. Quelques-un« des prévenus prirent soudain la fuite, ce qui confirma tous les soupçons. Une terreur furieuse s'empara de la Chambre et du peuple. On décréta que les ports seraient fermés, qu'on ouvrirait toutes les lettres venues du dehors '. D'absurdes alarmes révélèrent et accrurent encore le trouble des esprits. Le bruit se répandit dans la Cité ♦ que la salle des Communes était minée et près de sauter; la milice prit les armes, une foule immense se précipita vers Westminster. Sir Walter Ëarl accourut en toute hâte pour en informer la Chambre ; comme il parlait, MM. Middleton et Moyle, remarquables par leur corpulence, se levèrent brusquement pour l'écouter ; le plancher craqua : «La Chambre saute 1 » s'écrièrent plusieurs membres en s'élançant hors de la salle, qui fut aussitôt inondée du peuple *, et des scènes de même nature se renouvelèrent deux fois en huit jours. Au milieu de tant d'agitations, des mesures savamment combinées assuraient l'empire des Communes et le succès de leurs desseins. A l'imitation du covenant écossais^ un serment d*union, pour la défense de la religion protestante et des libertés publiques, lUt adopté par les deux Chambres; les Communes voulurent même l'imposer à tous les citoyens ; et sur le refus des Lords, elles déclarèrent quiconque s'y refuserait incapable de toute fonction dans l'Ëglise et dans l'État. Enfin, pour mettre l'avenir & Vir bri de tout péril, un bill fut proposé, portant que ce Parlement ne pourrait être dissous sans son propre aveu ^. A peine une mesure si hardie excita-t-elle quelque surprise ; la nécessité de donner une garantie aux emprunts devenus, dit-on, plus difficiles, servît de prétexte; l'emportement universel étouffa toute objection. Les Lords essayèrent d'amender le bill, mais eu vain : la Chambre haute était vaincue; les juges ofirirent à sa faiblesse la sanction de leur lâcheté ; ils déclarôrent qu'aux termes des lois les crimes de Strafibrd constituaient yrai« ment la haute trahison. Le bill d'attainder fut soumis à un dernier débat; trente-quatre des Lords qui avaient assisté au procès s'absentèrent de la Chambre; parmi les présents, vingt-six votèrent pour le bill, dix-neuf contre * ; il n'y manquait plus que l'adhésion du roi. Charles se débattait encore, se croyant incapable d'accepter un toi
1. Le 3 mai. — 2. Le 3 mai. — 3. Le 11 mai. — 4. Le 6 mai. 6. Le 7 mai* ~ 6. Le 7 mai.
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déshonneur. Il tX venir Uollis, beau-frère de Strafford, et qui, à ce titre y était demeuré étranger à l'accusation. « Que peut-on faire pour le sauver? » lui demanda-t-il avec angoisse. Hoilis fut d'avis q^e Strafibrd sollicitât du roi un sursis^ et que le roi all&t en personne présenter sa pétition aux Chambres^ en leur adressant un discours qu'il rédigea lui-même fur-le-champ ; en môme temps, il promit de tout faire pour décider ses amis à se contenter du bannissement du comte : tout ainsi convenu, ils se séparèrent. Déjà, dit-on, les démarches de Hoilis dans la Chambre avai^t obtenu quelque succès ; mais la reine, épouvantée des émeutes chaque jour plus vives, de tout temps ennemie de StraflTord, et craignant même, dit-on, diaprés les rapports de quelques affidés, qu'il ne se fût engagé, pour sauver sa vie, à révéler tout ce qu'il savait de ses intrigues, vint assiéger son mari de ses soupçons et de ses terreurs ; son effroi était si grand, qu'elle voulait s'enfuir, s'embarquer, retourner en France, et faisait déjà ses préparati& de départ Troublé des pleurs de sa femme, hors d'état de se résoudre seul, Charles convoqua d'abord un conseil privée puis les évèques. Le seul évêqne de Londres, Juzon, lui conseilla de suivre sa conscience ; tous les autres, l'évéque de Lincoln surtout, prélat intrigant, longtemps opposé à la cour, le pressèrent de sacrifier un individu au tpftne, sa conscience d'homme à sa conscience de roi. U sortait à peine de cette conférence , une lettre de Straffort lui fut remise < : « Sire, lui écrivait le comte, après un long et rude combat, j'ai pris la seule résolution qui me convienne ; tout intérêt privé doit céder au bonheur de votre personne sacrée et de l'État ; je vous supplie d'écarter, en acceptant co bill, l'obstacle qui s'oppose i^ un accord entre vous et vos sujets. Mon consentement, sire, vous acquittera plus devant Dieu que tout ce que pourraient faire les hommes } nui traitement n'est injuste envers qui veut le subir. Mon &me, près de s'échapper, pardonna tout et à tous avec la douceur d'une joie infinie. Je vous demande seulement d'accorder à mon pauvre fils et à ses trois sœurs autant de bienveillancei, ni plus ni moins, qu'en mériteni leur malheureux père> selon qu'il paraîtra un jour coui^tble ou inno* cent 3»
Le lendemain, le secrétaire d'fitat Gtrlton vint, de la part du roi, annoncer à StraffcHrd qu'il avait consenti au bill fatal K Quelque surprise parut dans les regards du comte, et pour toute réponse, il leva les mains au ciel, en disant : « NoUte con/ldert inprinet^^Unu et fiùis « haminumj in quibus non tttiahu. »
Au lieu d'aller en personne, comme il l'avait promis h Hoilis, demander aux Chambres un sursis, le roi se contenta de leur envoyer ', par le prince de Galles, une lettre qui finissait par ce post^scriptum : c S'il doit mourir, ce serait une charité de lui laisser jusqu'à sa-
i 1« Le 9 mai. — 2^ Le 10 mai. — 2. Le 11 mal.
medi. » Les Chambres la relurent deux fois, et, sans tenir compte de cette froide prière, fixèrent l'exécution au lendemain.
Le gouverneur de la Tour, .chargé d'accompagner Strafford * , l'engagea à prendre une voiture pour échapper aux violences du peuple : « Non, monsieur, lui dit le comte ; je sais regarder la mort en face, et le peuple aussi. Que je ne m'échappe point, cela vous suffit; quant à moi, que je meure par la main du bourreau ou par la furie de ces gens-là, si cela peut leur plaire, rien ne m'est plus indifférent. » Et il sortit à pied, précédant les gardes et promenant de tous côtés ses regards, comme s'il eût marché à la tête de ses soldats. En passant devant la prison de Laud, il s'arrêta ; la veille il l'avait fait prier de se trouver à la fenêtre et de le bénir au moment de son passage : « Milord, dit-il en élevant la tête, votre bénédiction et vos prières! » L'archevêque étendit les bras vers lui; mais d'un cœur moins ferme et affaibli par l'âge, il tomba évanoui. « Adieu , milord, dit Strafi'ord en s'éloignant, que Dieu protège votre innocence ! » Arrivé au pied de l'échafaud, il y monta sur-le-champ, suivi de sou frère, des ministres de l'Église et de plusieurs de ses amis, s'agenouilla un moment, puis se relevant pour parier au peuple : « Je souhaite, dit-il, à ce royaume toutes les prospérités de la terre: vivant, je Tai toujours fait : mourant, c'est mon seul vœu. Mais je supplie chacun de ceux qui m'écoutent d'examiner sérieusement, et la main sur le cœur, si le début de la réformation d'un royaume doit être écrit en caractères de sang ; pensez-y bien en rentrant chez vous. A Dieu ne plaise que la moindre goutte de mon sang retombe sur aucun de vous ! Mais je crains que vous ne soyez dans une mauvaise voie. » Il s'agenouilla de nouveau et pria un quart d'heure ; puis se tournant vers ses amis, il prit congé de tous, serrant à chacun la main et leur donnant quelques conseils : « J'ai presque fini, leur dit-il ; un seul coup va rendre ma femme veuve, mes chers enfants orphelins, mes pauvret serviteurs sans maître ; que Dieu soit avec vous et avec eux tousl Grâce à lui, ajouta-t-il en se déshabillant, j'ôte mon habit, le cœur aussi tranquille qu'en le quittant pour dormir. > Il appela le bourreau, lui pardonna, pria encore un moment, posa sa tête sur le billot et donna lui-même le signal. Sa tête tomba; le bourreau la montra au peuple en criant : « Dieu sauve le roi I a De violentes acclamations éclatèrent ; plusieurs bandes se répandirent dans la cité, célébrant à grands cris leur victoire; d'autres, se retirèrent silencieusement, pleins de doute et d'inquiétude sur la justice du vœu qu'ils venaient de voir accompli.