‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 25 sur 126 · GUILLAUME DB* NASSAU · texte numérisé non relu

GUILLAUME DB* NASSAU

(FIK 3U GBAPITRB XVII.)

I^ roi Guillaume laissa la réputation d'un grand politique, quoiqu'il n'eût point été populaire, etd'un générai à craindre^ quoiqu'il eût perdu beaucoup de batailles. Toujours mesuré dans sa conduite, et jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paisiblement en Angleterre que parce qu'il ne voulut pas y être absolu. On l'appelait, comme on sait, le stathouder des Anglais et le roi des Hollandais. Il savait toutes les langues de l'Europe, et n'en parlait aucune avec agrément, ayant beaucoup plus de réflexion dans l'esprit que d'imagination. Son caractère était en tout l'opposé de Louis XIY: sombre, retiré, sévère, sec, silencieux autant que Louis était affable. Il haïssait les femmes autant que Louis les aimait. Louis faisait la guerre en roi, et GuillauiBe en soldat. Il avait combattu contre le grand Condé et contre Lucembourg, laissant la victoire indécise entre Condé et lui à Senef, et réparant en peu de temps ses défaites à Fleurus, à Steinkerque, à Nerwînde ; aussi fier que Louis XIY, mais de cette fierté triste et mélancolique qui rebute plus qu'elle n'impose. Si les beaux-arts fleurirent en France par le soin de son roi, ils furent négligés en Angleterve, où l'on ne connut plus qu'une politique dure et inquiète, conforme au génie du prince.

Ceux qui estiment plus le mérite d'avoir défendu sa patrie, et l'avantage d'avoir acquis un royaume sans aucun droit de la nature, de s'y être maintenu sans être aimé, d'avoir gouverné souverainement la Hollande sans la subjuguer, d'avoir été Tâme et le chef de la moitié de l'Europe, d'avoir eu les ressources d'un général et la valeur d'un soldat, de n'avoir jamais persécuté personne pour la religion, d'avoir méprisé toutes les superstitions des hommes, d'avoir été simple et modeste dans ses mœurs; ceux-là sans doute donneront le titre de grand à Guillaume plutôt qu'à Louis. Ceux qui sont plus touchés des plaisirs et de l'éclat d'une cour brillante, de la magnificence, de la protection donnée aux arts, du zèle pour le bien public, de la passion pour la gloire, du talent de régner; qui sont plus frappés de cette hauteur avec laquelle des ministres et des généraux ont aj.outé des provinces à la France sur un ordre de leur roi; qui s'étonnent davantage d'avoir vu un seul Ëtat iô« sister à tant de puissances ; ceux qui estiment plus un roi de Franoa qui sait donner l'Espagne à son petit-fils qu'un gendre qui détrône sou beau-père; enfin, ceux qui admirent davantage le protecteur que le persécuteur du roi Jacques^ ceux-là doAoeront à Louis XIY la préférence.

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