‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 27 sur 126 · De Pascal · texte numérisé non relu

De Pascal

qui devînt un si grand homme, s'était engagé dans sa grande jeunesse à épouser Mlle Desvieux, fille d'un rare mérite. Ses talents pour la théologie, et pour cette espèce d'éloquence cpii le caractérise, se montrèrent de si bonne heure, que ses parents et ses amis le déterminèrent à ne se donner qu'à TÉglise. Mlle Desvieux l'y engagea elle-même, préférant la gloire qu'il devait acquérir au bonheur de vivre avec lui*. Il avait prêché assez jeune devant lé roi et la reine mère, en 1662 , longtemps avant quô le P. Bourdaloue fût connu. Ses discours, soutenus d'une action noble et touchante, les premiers qu'on eût encore entendus à la cour qui approchassent du sublime, eurent un si grand succès, que le roi fit écrire en son nom à son père, intendant de Boissons, pour le féliciter d'avoir un tel fils 2.

Cependant, quand Bourdaloue parut, Bossuet ne passa plus pourra premier prédicateur. Il s'était déjà donné aux oraisons funèbres, genre d'éloquence qui demande de l'imagination et ime grandeur majestueuse qui tient un peu à la poésie, dont il faut toujours emprunter quelque chose, quoique avec discrétion, quand on tend au sublime. L'oraison funèbre de la reine mère, qu'il prononça en 1667, lui valut révêché de Condom : mais ce discours n'était pas encore digne de lui; et il ne fut pas imprimé, non plus que ses sermons. L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles I", qu'il fit en 1669, parut presque en tout un chef-d'oeuvre. Les sujets de ces pièces d'éloquence sont heureux à proportion des malheurs que les morts ont éprouvés. C'est en quelque façon comme dans les tragédies, où les grandes infortunes des principaux personnages sont ce qui intéresse davantage. L'éloge funèbre de Madame, enlevée à la fleur de sen âge, et morte entre ses bras, eut le plus grand et le plus rare des succès, celui de faire verser des larmes à la cour. Il fut obligé de s'arrêter après ces paroles, «0 nuit désastreuse ! nuit efi'royable, où retentit ^out à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte, etc. » L'auditoire éclata en sanglots; et la ▼Dix de l'orateur fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs.

Les Français furent les seuls qui réussirent dans ce genre d'éloquence. Le même homme, quelque temps après, en inventa un nouveau, qui ne pouvait guère avoir de succès qu'entre ses mains. Il appliqua l'art oratoire à l'histoire même, qui semble l'exclure. Son Discours sur Vhùtoire universelle, composé pour l'éducation du Dau" phin, n'a eu ni modèle ni imitateurs. Si le système qu'il adopte pour concilier la chronologie des Juifs avec celle des autres nations a trouvé lies contradicteurs chez les savants, son style, n'a trouvé que des admiateurs. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les

1. Cette anecdote a été souvent réfutée. {Vie de Bossuet, par le car* dinal de Bausset, tome I, Pièces justificatives.)

2. C'est im frère de Bossuet qui fut intendant de Soissons. Son père était conseiller au parlement de Metz«

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mœurs, le gouvernement, Taccroissement et la chute des grands en^ pires, et de ces traits rapides d'une vérité énergique dont il peint et dont il juge les nations.

Presque tous les ouvrages qui bonorèrent ce siècle étaient dans un genre inconnu à Tantiquité. Le Télémaque est de ce nombre. Fénélon, le disciple, l'ami de Bossuet, et depuis devenu malgré lui son rival et son ennemi, composa ce livre singulier, qui tient à la fois du roman et du poème-, et qui substitue une prose cadencée à la versification. II semble qu'il ait voulu traiter le roman comme M. de Meaux avait traité l'histoire, en lui donnant une dignité et des charmes inconnus^ et surtout en tirant de ces fictions une morale utile au genre humain, morale entièrement négligée dans presque toutes les inventions fabuleuses. On a cru qu'il avait composé ce livre pour servir de thèmes et.d1nstraction au duc de Bourgogne et aux autres enfants de France^ dont il fut le précepteur, ainsi que Bossuet avait fait son Histoire untésr- »eUe pour l'éducation de Monseigneur. Mais son neveu, le marquis de Fénelon, héritier de la vertu de cet homme célèbre, et qui a été tué à la bataille de Rocoùx, m'a assuré le contraire K En effet il n'eût pas été convenable que les amours de Calypso et d'Eucharis eussent été les premières leçons qu'un prêtre eût données aux enfants âe France.

Il ne fit cet ouvrage que lorsqu'il fut relégué dans son archevêché de Cambrai '. Plein de la lecture des anciens, et né avec une imagination vive et tendre, il s'était fait un style qui n'était qu'à lui, et qui coulait de source avec abondance. J'ai vu son manuscrit original: il n*y a pas dix ratures. Il le composa en trois mois, au milieu de ses malheureuses disputes sur le quiétisme, ne se doutant pas combien ce délassement était supérieur à ses occupations. On prétend qu'un domestique lui en déroba une copie qu'il fit imprimer. Si cela est, l'archevêque de Cambrai dut à cette infidélité toute la réputation quMl eut en Europe; mais il lui dut aussi d'être perdu pour jamais, i la cour. On crut voir dans le Télémaque une critique indirecte du.gouvemement de Louis XIV. Sésostris, qui triomphait avec trop de faste, Idoménée, qui établissait le luxe dans Salente et qui oubliait le néces*

ces

1, « Je n'ai jamais songé qu'à amuser M. le duc de Bourgogne par s aventures et qu'à l'instruire en l'amusant, sans jamais voul^

donner cet ouvrage au public. Tout le monde sait qu'il ne m'a échappé que par l'infidélité d'un copiste.... Je l'ai fait dans un temps où j'étais charmé des marques de bonté et de confiance dont le roi me comblait. Il aurait fallu que j'eusse été l'homme le plus ingrat, pour y vouloir faire des portraits satiriques et insolents. > {FéneU)nf Lettre au P. Letellier, confesseur du roi.) Il est difficile de ne pas croire Fénelon siir parole.

2. Le Tëlémaque, imprimé en 1699, avait été composé au plus tard en 1694| puisque c'est en 1694 que fut terminée l'éducation du duc de Bouigogne. Nommé archevêque de Cambrai en 1694, Fénelon tomba en disgrâce, et fut relégué dans son archevêché en 1697*

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saire, parurent des portraits du roi, quoique^ après tout, il soit impoa. Bible d'avoir chez soi le superflu que par la surabondance des arts de la première nécessité. Le marquis de Louvois semblait, aux yeux des mécontents, représenté sous le nom de Protésilas, vain, dur, hautain, . ennemi des grands capitaines qui servaient TËtat et non le ministre.

Les alliés, qui dans la guerre de 1688 s'unirent contre Louis XIV, qui depuis ébranlèrent son trône dans la guerre de 1701, se firent une joie de le reconnaître dans ce même Idoménée, dont la hauteur révolte tous ses voisins. Ces allusions firent des impressions profondes, à la faveur de ce style harmonieux qui insinue d'une manière si tendre la modération et la concorde. Les étrangers et les Français même, lassés de tant de guerres, virent avec une consolation maligne une satire dans un livre fait pour enseigner la vertu. Les éditions en furent innombrables. J'en ai vu quatorze en langue anglaise. Il est yrai qu'après la mort de ce monarque si craint, si envié, si respecté de tous et si haï de quelques-uns, quand la malignité humaine a cessé de s'assouvir des allusions prétendues qui censuraient sa conduite, les juges d'un goût sévère ont traité le Télémaque avec quelque rigueur. Ils ont blâmé les longueurs, les détails, les aventures trop peu liées, les descriptions trop répétées et trop uniformes de la vie champêtre; mais ce livre a toujours été regardé comme un des neaux monuments d'un siècle florissant.

On peut compter parmi tes productions d'un genre unique -les Caractères de la Bruyère. Il n'y avait pas chez les anciens plus d'exeniples d'un tel ouvrage que du Télémaque K Un style rapide, concis, nerveux, des expressions pittoresques, un usage tout nouveau de la langue, mais qui n'en blesse pas les règles, frappèrent le public; et les allusions qu'on y trouvait en foule achevèrent le succès. Quand la Bruyère montra son ouvrage manuscrit à M. de Malézieu, celuici lui dit : « Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteurs et beaucoup d'ennemis. » Ce livre baissa dans l'esprit des hommes quand une génération entière, attaquée dans l'ouvrage, fut passée. Cependant, comme il y a des choses de tous les temps et de tous les lieux, il est à croire qu'il ne sera jamais oublié. Le Télémaque a fait quelques imitateurs, les Caractères de la Bruyère en ont produit davantage. iF est plus aisé de faire de courtes peintures des choses qui nous frap-< pent que d'écrire un long ouvrage d'imagination qui plaise et qui instruise à la fois.

L'art délicat de répandre des grâces jusque sur la philosophie fu , encore une chose nouvelle, dont le livre des Mondei * fut le premier

1. Assertion exagérée ; la Bruyère lui-même a traduit du grec les Caractères de Théophraste, disciple d'Aristote.

2. Les Entretiens sur la plurcUitë des mondés (1686), sont de Fontenelle, né en 1657 à Rouen, mort à Paris en 1757, neveu de Corneille, admis à l'Académie française en 1691, à l'Académie des sciences en 1697, secrétaire de cette compagnie de 1699 à 1737, auteur de

exemple, mais exemple dangereux, parce que la* véritable parure de la philosophie est Tordre^ la clarté et surtout la vérité. Ce qui pourrait empocher cet ouvrage ingénieux d'être mis par la postérité au rang de nos livres classiques, c'est qu'il est Tonde ep. partie sur la chimère des tourbillons de Descartes '.

Il faut ajouter à ces nouveautés celles que produisit Bayle ' en donnant une espèce de dictionnaire de raisonnement. C'est le premier ouvrage de ce genre où l'on puisse apprendre à penser. U faut abandonner à la destinée des livres ordinaires les articles de ce recueil qui ne contiennent que de petits faits indignes à la fois de Bayle, d'un lecteur grave et de la postérité. Au reste^ en plaçant ici Bayle parmi les auteurs qui ont honoré le siècle de Louis XIV, quoiqu'il fût réfugié en Hollande, je ne fais en cela que me conformer à l'arrêt du parlement de Toulouse, qui, en déclarant son testament valide en France malgré la rigueur des lois, dit expressément « qu'un tel homme ne peut être regardé comme un étranger. »

On ne s'appesantira point ici sur la foule des bons livres que ce siècle, a fait naître ; on ne s'arrête qu'aux productions de génie singulières ou neuves qui le caractérisent, et qui le distinguent des autres siècles. L'éloquence de Bossuet et de Bourdaloue, par exemple, n'était et ne pouvait être celle de Cicéron : c'était un genre et un mérite tout nouveau. Si quelque chose approche de l'orateur romain, ce sont ies trois mémoires que fellisson composa pour Fouquet. Ils sont dans le même genre que plusieurs oraisons de Cicéron, un mélange d'affaires judiciaires et d'affaires d'Ëtat, traité solidement avec un art qui parait peu, et orné d'une éloquence touchante.

Nous ayons eu des historiens, mais point de Tite Live. Le style de la Conjuration de Venise est comparable à celui de Salluste. On voit que l'abbé de Saint-Réal l'avait pris pour modèle, et peut-être l'a-t-il surpassé. Tous les autres écrits dont on vient de parler semblent être d'une création nouvelle. C'est là surtout ce qui distingue cet âge illustre ; car, pour des savants et des commentateurs, le seizième et le dix-septième siècle en avaient beaucoup produit ; mais le vrai génie en aucun genre n'était encore développé.

Qui croir^t que tous ces bons ouvrages en prose n'auraient probablement jamais existé, s'ils n'avaient été précédésparia poésie? C'est pourtant la destinée de l'esprit humain dans toutes les nations : les vers

poésies légères et pastorales, d'une mauvaise tragédie, Aspar, d'opéras, de romans, de Dialogues des morts (1680), d'une Histoire des oracles^ de plusieurs ouvrages sur les sciences exactes, d'une Histoire de i'ileadémie des sciences et ù' Éloges,

1. Descartes avait imaginé que le soleil et les étoiles fixes sont les centres d'autant de tourbillons de matière sid)tile, par lesquels sont entraînées les planètes.

2. Bayle, né en 1647, mort en 1706. Voir sur le Dictionnaire historique et critique de Bayle l'excellente thèse de M. Lenient.

furent partout les premiers enfants du génie, et les premiers maîtres d'éloquence.

Les peuples sont ce qu'est chaque homme en particulier. Platon et Cicéron commencèrent par faire des vers. On ne pouvait encore -citer un passage noble et sublime de prose française, quand on savait par oœur le peu de belles stances que laissa Malherbe; et il y a grande

pparence que, sans Pierre Corneille, le génie des prosateurs ne se' serait pas développé.

Cet homme est d'autant plus admirable, qu'il n'était environné que de très-mauvais modèles quand il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés ; et, pour comble de découragement, ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu, le protecteur des gens de lettres et non pas -du bon goût. Il récompensait de misérables écrivains qui d'ordinaire sont rampants; et, par une hauteur d'esprit si bien placée ailleurs, il voulait abaisser ceux en qui il sentait avec quelque dépit un vrai génie, qui rarement se plie h la dépendance. Il est bien rare qu'un homme puissant, quand il est lui-môme artiste^ protège sincèrement les bons artistes.

Corneille eut à combattre son siècle, ses rivaux et le cardinal de Richelieu. Je ne répéterai point ici ce qui a été écrit sur le Cid. Je remarquerai seulement que l'Académie, dans ses judicieuses décisions entre Corneille et Scudéri , eut trop de complaisance pour le cardinal de Richelieu, en condamnant l'amour de Chimène. ^imer le meurtrier de son père, et poursuivre la vengeance de ce meurtre, était une chose admirable. Vaincre son amour eût été un défaut capital dans l'art tragique, qui consiste principalement dans les combats du cœur ; mais l'art était inconnu alors à tout le monde, hors à l'auteur.

Le Cid ne fut pas le seul ouvrage de Corneille que le cardinal de Richelieu voulut rabaisser. L'abbé d'Âubignac * nous apprend que ce ministre désapprouva Polyeucte,

Le Cidy après tout, était une imitation très-embellie de Guilhem de Castro, et en plusieurs endroits une traduction. Ct'nna, qui le suivit, était unique. J'ai connu un ancien domestique de la maison de Condé, qui disait que le grand Condé, à l'âge de vingt ans, étant à la première représentation de Cinna, versa des larmes à ces paroles d'Auguste :

Je suis maître de moi comme de l'univers ;

Je le suis, je veux l'être. siècles ! ô mémoire I

Conservez à jamais ma dernière victoire.

Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux

l. L'abhé d'Aubignac, né en 1604, mort en 1676, critiqua avec passion les tragédies de Corneille, en écrivit lui-même une ridicule, et se fit dans sa pratique du théâire le commentateur et le défenseur ardent des règles d'Aristote.

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De qui le souvenir puisse aller jusqu'à tous : Soyons amis, Cinna; c'est moi qui t'en convie.

C'étaient là des larmes de héros. Le grand Corneille disant pleurer ie grand Condé d'admiration est une époque bien célèbre dans l'histoire de l'esprit humain.

La quantité de pièces indignes de lui qu'il fit plusieurs années après n'empêcha pas la nation de le regarder comme un grand homme , ainsi que les fautes considérables d'Homère n'ont jamais empêché qu'il ne fût sublime. C'est le privilège du vrai génie^ et surtout du génie qui ouvre une carrière^ de faire impunément de grandes fautçs.

Corneille s'était rorme tout seul; mais Louis XIV, Colbert, Sopho> cle et Euripide contribuèrent tous à former Racine. Une ode qu'il composa à l'âge de dix-huit ans * pour le mariage du roi lui attini un présent qu'il n'attendait pas, et le détermina à la poésie. Sa réputation s'est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de Corneille a un peu diminué. La raison en est que Racine, dans tous ses ouvrages, depuis son Aîexandrej est toujours élégant,, toujours correct, toujours vrai, qu'il parle au cœur, et que l'autre manque trop souvent à tous ces devoirs. Racine passa de bien loin et les Grecs et Corneille dans l'intelligence des passions, et porta la douce harmonie de la poésie, ainsi que les grâces de la parole, au plus haut point où elles puissent parvenir. Ces hommes enseignèrent à la nation à penser, à sentir et à s'exprimer. Leurs auditeurs, instruits par eux seuls, devinrent enfin des juges sévères pour ceux mêmes qui les avaient éclairés,

n y avait très-peu de personnes en France, du temps du cardinal de Richelieu, capables de discerner les défauts du Cid; et en 170^, quand Athalie, le chef-d'œuvre de la scène, fut représentée chez Mme la duchesse de Bourgogne, les courtisans se crurent assez habiles pour la condamner. Le temps a vengé l'auteur ; mais ce grand homme est mort sans jouir du succès de son plus admirable ouvrage. Un nombreux parti se piqua toujours de ne pas rendre justice à Racine. Mme de Sévigné, la première personne de son siècle pour le style épistolaire, et surtout pour conter des bagatelles avec grâce, croit toujours que Racine nHra pas loin. Elle en jugeait comme du café, dont elle dit qu'on se désabusera bientôt \ U faut du temps pour que les réputations mûrissent. •

La singulière destinée de ce siècle rendit Molière contemporain de Corneille et de Racine. Il a'est pas vrai que Molière, quand il parut,

1. Racine avait vingt et un ans quand il composa cette ode, intitulée la Nymphe de la Sein^» Il était né en 1639, et c'est en 1660 qu'eut Beu le mariage du roi.

2. Ces paroles ne se trouvent dans aucune des lettres de Mme dé Sévigné.

eût trovrô le théâtre absolument dénué de bonnes comédies. Corneille Ini-méme avait donné le KerUeur, pièce de caractère et d*intrigue, prise du théâtre ef^pagnol, comme le €id ; et Molièse n'avait encore fait paraître que deux de ses chefs-d'œuvre, lorsque le public avait la Mère coquette de Quinault, pièce, à la fois de caractère et d'intrigue^ et même modèle d'intrigue. Elle est de 1664; c'est la première CQ{nédie où Ton ait peint ceux que Ton a appelés depuis les marquis. La plupart des grands seigneurs de la cour de Louis XIV youlaient imiter cet air de grandeur, d'éclat et de dignité qu^avait leur maître. Ceux d'un ordre inférieur copiaient la hauteur des premiers ; et il y en avait enfin, et même eu grand nomlure, qui poussaient cet air avantageux et cet envie dominante de se faire valoir, jusqu*au plus gprand ridicule.

Ce défaut dura longtemps. Molière l'attaqua souvent, et il contribua à défaire le public de ces importants subalternes, ainsi que de l'affectation des précieuses ^ du pédantisme des femmes savwnUs^ de la robe et du latin des médecins. Molière fut, si on ose ie dire, un 14gislajteur des bienséances du monde. Je ne parle ici que de ce service rendu à son siècle : on sait assez ses autres mérites.

C'était un temps digne de Tattention des temps à venir que celui où les héros de .Corneille et de Racine, les personnages de Molière, les symphonies de LuIH , toutes nouvdles pour la nation, et puisqu'il ne s'agit ici que des arts, les voix des Bossuet et des Bourdidoue, se faisaient entendre à Louis XIV, à Madame si célèbre par son goÂt, à un Condé, à un Tu renne, à un Colbert, et à cette foule d'hommes supérieurs qui parurent en tout genre. Ce temps ne se retrouvera plus, où un duc de La Rochefoucauld, Fauteur des Maximes^ au sortir de la conversation d'un Pascal et d'un Arnauld, allait au théâtre de Corneille.

Despréaux s'élevait au niveau de tant de grands hommes, non point par ses premières satires, car les regards de la postérité ne s'arrêteront point sur les embarras de Paris et sur les noms des Cassai gcf. et des Cotin; mais il instruisait cette postérité par ses belles épîtres, et surtout par son Art poétique où Corneille eût trouvé beaucoup à apprendre. »,

La Fontaine, bien moins châtié dans son style, bien moins correct dans son langage, mais unique dans sa naïveté et dans les grâces qui lui sont propres, se mit, par les choses les plus simples, presque à côté de ces hommes sublimes.

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