I. César
HONTSSQUIBU. 75
L'ESPRIT BE8 LOia.
C'est au bout de vingt anDées de travail, après de longs et utiles voyages dans toutes les contrées de TEurope, après avoir mille fois abandonné son entreprise et « envoyé aux vents les feuilles déjà écrites , que Montesquieu vit enfin Y Esprit des lois commencer, croître, s'avancer et finir. » (1748.)
La manière dont Montesquieu conçoit son sujet est déjà une preuve de son génie. La loi, à ses yeux, n'est plus le fruit de la volonté arbitraire soit d'un homme, soit d'unp nation. « Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses, et dans ce sens tous les êtres ont leurs lois, la Divinité k ses loi», le nionde matériel a se§ Ipis,.,» » Mais ne craignez pas qu'entraîné par cette vue sublime, l'auteur se perde dans une obscure métaphysique. Au lieu d'aller chercher ces rapports nécessaires dans la région des idées, c'est dans l'étude positive des faits qu'il prétend les trouver. Il ne considère pas l'homme comme uq être abstrait créé par la pensée, il l'observe dans l'état réel où le montre l'histoire. Il examine les lois dans leur rapport avec l^ gouvernement^ les moeurs^ le climatf la religion et le corn^ merce. Il s'empare des faits comme un maître qui a la puissance d^en disposer à son gré. La chronologie a disparu^ les annales des différentes nations se brisent et se confondent, un ordre nouveau, donné par la raison, s'impose h l'histoire. Cette souplesse de caractère, que l'antiquité avait admirée dans Alcibiade, Montesquieu la porta dans l'étude des différentes législations. « Je n'écris pas pour censurer ce qui est établi dans quelque pays que ce soit. Chaque nation trouvera ici les rlusons de ses mai^imes. » Aussi nul désir de changement et de révolution. C'est asse& pour lui de comprendre les choses et de les expliquer. Souvent lAème leur intelligence devient 4 ses yeux \mQ justification*
ComBM opinion politique, la pensée de Montesquieu a
^elque chose de rindolence du fatalisme : de là cette pnis- >aDce exagérée qu'il accorde à rinflueuce des climats. Il ne Fent pas assez que les peuples sont les artisans de leurs destinées, et que l'histoire a droit de dire à une grande nation ce que Marie Mancini disait au jeune Louis XIV : « Vous êtes roi, sire, et vous pleurez ! »