‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 38 sur 126 · LIVRE XXÎ · texte numérisé non relu

LIVRE XXÎ

CSAPé m. — DU COMMERCE DES QREGSj

Les premiers Grecs étaient tous pirates. Minos, qui ftvâî! ^ Fempire de la mer, n'avait eu peut-être que de ]^lus g^and^ succès dans le brigandage : son empire était borné aux envittrùs de son île< Mais lorsque le§ Grecs devinrent un grand peuple, les Athéniens obtinrent le véritable empire de la mer, parce que cette nation eotnme^çâi]te et tictorieuse donna la loi au monarque le p]\ïé puissant d'alors ; et abattit les forces maritimes de la Syrie^ de l'île de Chypté et dé la Phénicie.

Il faut que je parle de cet empire de la mer qu'eut Athènes. m Athènes, dit Xénophon, a l'empire de la mer; mais, comme l'Attique tient à la terre, les ennemis la ravagent, tandis qu'elle fait ses

expéditions au loin. Les principaux laissent détruire leurs terres, «1 mettent leurs biens en sûreté dans quelque île : la populace, qui n'a point de terres, vit sans aucune inquiétude. Mais, si les Athéniens habitaient une île, et avaient outre cela Tempire de la mer, ils auraient le pouvoir de nuire aux autres sans qu'on pût leur nuire, tandis qu'ils seraient les maîtres de la mer. » Vous diriez que Xénophon a voulu parler de l'Angleterre.

Athènes, remplie de projets de gloire ; Athènes, qui augmentait la jalousie , au lieu d'augmenter l'influence ; plus attentive à étendre son empire maritime qu'à en jouir; avec un tel gouvernement politique, que le bas peuple se distribuait les revenus publics, tandis que les riches étaient dans l'oppression, ne fit point ce grand commerce que lui promettaient le travail de ses mines, la multitude de ses esclaves, le nombre de ses gens de mer, son autorité sur les villes grecques^ c(^ plus que tout cela, les belles institutions de Selon. Son négoce fut presque borné à la Grèce et au Pont-Euxin, d'où elle tira sa subsistance.

Gorinthe fut admirablement bien située : elle sépara deux mers, ouvrit et ferma le Péloponèse, et ouvrit et ferma la Grèce. Elle fût une ville de la plus grande importance dans un temps où le peuple grec était un monde, et les villes grecques des nations. Elle fit un plus grand commerce qu'Athènes. Elle avait un port puur recevoir les marchandises d'Asie ; elle en avait un autre pour recevoir celles d'Italie : car, comme il y avait de grandes difficultés à tourner le promontoire Malée, où des vents opposés se rencontrent et causent des naufrages, on aimait mieux aller à Gorinthe, et l'on pouvait même faire passer par terre les vaisseaux d'une mer à l'autre. Dans aucune ville on ne porta si loin les ouvrages de l'art. La religion acheva de corrompre ce que son opulence lui avait laissé de mœurs. Elle érigea un temple à Vénus, où plus de mille courtisanes furent consacrées. C'est de ce séminaire que sortirent la plupart de ces beautés célèbres dont Athénée a osé écrire l'histoire.

Il paraît que, du temps d'Homère, Topulence de la Grèce était à Rhodes, à Gorinthe et à Orchomène. « Jupiter, dit-il*, aima les Rhodlens, et leur donna de grandes richesses. » 11 donne à Gorinthe ' Tépithète de riche.

De même, quand il veut parler des villes qui ont beaucoup d'or, il cite Orchomène', qu'il joint à Thèbes d'Ë^ypte. Rhodes et Gorinthe conservèrent leur puissance, et Orchomène la perdit. La position d'Orchomène, près de l'Hellespont, delà Propontide et du Pont-Euxin^ Élit naturellement penser qu'elle tirait ses richesses d'un commerce (ur les côtes de ces mers, qui avaient donné lieu à la fable de la toison d'or. Et effectivement le nom de Minyens est donné i Orcho*

• 1. Iliade, livre II, vers 668. — 2. Ibid., vers 570 3. Iliade, livre IX, vers 381.

mène, et encore aux Argonautes. Mais comme dans la suite ces mers devinrent plus connues; que les Grecs y établirent un très-grand nombre de colonies; que ces colonies négocièrent avec les peuples barbares; qu'elles conmiuniquèrent ayec leur métropole; Orchomène commença à déchoir, et elle rentra dans la foule des autres villes grecques.

Les Grecs, avant Homère, n'avaient guère négocié qu'entre eux, et chez quelque peuple barbare ; mais ils étendirent leur domination & mesure qu'ils formèrent de nouveaux peuples. La Grèce était une grande péninsule dont les caps semblaient avoir fait reculer les mers, et les golfes s'ouvrir de tous côtés, comme pour les recevoir encore. Si l'on jette les yeux sur la Grèce, on verra, dans un pays assez resserré, u^s vaste étendue de côtes. Ses colonies innombrables faisaient une immense circonférence autour d'elle; et elle y voyait, pour ainsi dire, tout le monde qui n'était pas barbare. Pénétra-t-elle en Sicile et en Italie, elle y forma des nations. Navigua-t~elle vers les mers du Pont, vers les côtes de l'Asie Mmeure, vers celles d'Afrique ; elle en fit de même. Ses villes acquirent de la prospérité à mesure qu'elles se trouvèrent près de nouveaux peuples. Et, ce qu'il y avait d'admirable, des îles sans nombre, situées comme en première ligne, l'entouraient encore.

Quelles causes de prospérité pour la Grèce, que des jeux qu'elle donnait pour ainsi dire à l'univers, des temples où tous les rois en- \oyaient des offrandes, des fêtes où l'on s'assembloit de toutes parts, des oracles qui faisaient l'attention de toute la curiosité humaine, enfin le goût et les arts portés à un point que de croire les surpasser sera toujours ne les pas connaître I

CBAP. XIY. — DU GÉNIE DBS ROMAINS POUR LB GOiniISRCK.

On n'a jamais remarqué aux Romains de jalousie sur le commerce. Ce fut comme nation rivale, et non comme nation commerciale, qu'ils attaquèrent Carthage. Ils favorisèrent les villes qui faisaient le commerce, quoiqu'elles ne fussent pas sujettes : ainsi ils augmentèrent, par la cession de plusieurs pays, la puissance de Marseille. Ils craignaient tout des barbares, et rien d'un peuple négociant. D'ailleurs, leur génie, leur gloire, leur éducation militaire, la forme de leur gouvernement, les éloignaient du commerce.

Dans la ville, on n'était occupé que de guerres, d'élections, de brigues, et de procès ; à la cainpagne, que d'agriculture ; et, dans les provinces, un gouvernement dur et tyrannique était incompatible avec le commerce.

Que si leur constitution politique y était opposée, leur droit des gens n'y répugnait pas moins. « lis peuples, dit le jurisconsulte Pomponius,avec lesquels nous n'avons ni amitié, ni hospitalité, ni alliance, ne sont point nos ennemis : cependant, si une chose qui nous appar-

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tient tombe entre leurs mains, ils en sont propriétaires^ les liommat libres deyiennent leurs esclaves ; et ils sont dans les mômes termes à notre égard. »

Leur droit civil n'était pas moins accablant. La loi de Gonstintinf après avoir déclaré bâtards les enfants des personnes viles qui se lont mariées avec celles d'une condition relevée, confond les femmes qui ont une boutique de marchandises avec les esclaves, les oabaretières, les femmes de théâtre, les filles d'un homme qui tient un lieu de prot-» titution, ou qui a été condamné à combattre sur Tàrène : ceci desooii« dait des anciennes institutions des Romains.

Je sais bien que des gens pleins de ces deux idées, Tune, que le eom» merce est la chuse du monde la plus utile à un État, et Fautre, que les Romains avaient la meilleure police du monde, ont cru qu'ils avaient beaucoup encouragé et honoré le commerce ; mais la vérité oat qu'ils y ont rarement pensé.

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