‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 62 sur 126 · BONTÉ DE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

BONTÉ DE LA PROVIDENCE

Tandis qu'une partie de la création publie chaque jour aux mômes lieux les louanges du Créateur, une autre partie voyage pour raconter ses merveilles. Des courriers traversent les airs, se glissent dans les eaux, franchissent les monts et les vallées. Ceux-ci arrivent sur les ailes du printemps, et bientôt, disparaissant avec les zéphyrs, suivent de climats en climats leur mobile patrie; ceux-là s'arrêtent à Vhabilation de l'homme : voyageurs lointains, ils réclament l'antique hospitalité. Chacun suit son inclination dans le choix d'un hôte : le rougegorge s'adresse aux cabanes, rhirondelle frappe aux palais; cette fille de roi semble encore aimer les grandeurs, mais les grandeurs tristes, comme sa destinée; elle passe l'été aux ruines de Versailles et l'hiver à celles de Thébes •.

A peine a-t-elle disparu qu'on voit s'avancer sur les vents du nord une colonie qui vient remplacer les voyageurs du midi, afin qu'il ne reste aucun vide dans nos campagnes. Par un temps grisâtre d'automne, lorsque la bise souffle sur les champs, que les bois perdent leurs dernières feuilles, une troupe de canards sauvages, tous rangés à la file , traversent en silence un ciel mélancolique. S'ils aperçoivent du haut des airs quelque manoir gothique environné d'étangs et de forêts, c'est là qu'ils se préparent à descendre : ils attendent la nuit et font des évolutions au-dessus des bois. Aussitôt que la vapeur du soir enveloppe la vallée, le cou tendu et L'aile sifflante, ils s'abattent tout à coup sur les eaux, qui retentissent. Un cri général^ suivi d'un profond

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