En grec moderne, la vieille ville
3. XaXxioCxoç (dont la statue est placée dans une niche d*alraini, épithète de Minerve à Sparte.
était dans la citadelle ; les débris et le long mur que j'ayais passés plus bas faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville : Sparte était donc sous mes yeux; et son théâtre, que j'avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments, je mis pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.
Gomme j'arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle I mais qu'il était triste! L'Eurotas coulant solitaire sous les débris du pont Babyz ; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines 1 Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée; le silence était profond autour de moi : je voulus du mdins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié.
Si des ruines où s'attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici-bas, il faut pourtant convenir que les noms qui survivent à des empires, et qui immortalisent des temps et des lieux^ sont quelque chose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire; rien n'est plus beau qu'elle, si ce n'est la vertu. Le comble du bonheur serait de réunir l'une à l'autre dans cette vie; et c'était l'objet de l'unique prière que les Spartiates adressaient aux dieux : « Ut puUhra honis adderent! »
Quand l'espèce de trouble où j'étais fut dissipé, je commençai à étudier les ruines autour de moi. Le sommet de la colline offrait un plateau environné, surtout au nord -ouest, d'épaisses murailles; j'en fis deux fois le tour, et je comptai mille cinq jsent soixante et mille cinq cent soixante-six pas communs, ou à peu près sept cent quatrevingts pas géométriques; mais il faut remarquer que j'embrasse dans ce circuit le sommet entier de la colline, y compris la courbe que forme l'excavation du théâtre dans cette colline : c'est cç théâtre que Leroy a examiné *.
Des décombres, partie ensevelis sous teire, partie élevés au-dessus du sol, annoncent, vers le milieu de ce plateau, les fondements du temple de Minerve-Ghalciœcos, où Pausanias se réfugia vainement et perdit la vie. Une espèce de rampe en terrasse, large^ de soixante-dix pieds et d'une pente extrêmement douce, descend du midi de la colline dans la plaine. C'était peut-être le chemin par où l'on montait à la citadelle, qui ne devint très-forte que sous les tyrans de Lacédémone.
A la naissance de cette rampe, et au-dessus du théâtre^ je vis un
1. J.-David Leroy, né en 1728, mort an 1803, architecte, à qui Ton doit les Ruines des monumenU 4$ te Grèce,
petit édifice de forme ronde, aux trois quarts détruit : les niches intérieures en paraissent également propres à recevoir des statues ou des urnes. Est-ce un tombeau ? est-ce le temple de Vénus armée? Ce dernier devait être à peu près dans cette position, et dépendant de la tribu des Égides. César, qui prétendait descendre de Vénus, portait sur son anneau l'empreinte d'une Vénus armée : c'était en effet le double emblème des faiblesses et de la gloire de ce grand homme:
Vincere si possum nuda, quid arma gerens?
Si l'on se place avec moi sur la colline de la citadelle, voici ce qu'on verra autour de soi :
Au levant, c'est-à-dire vers l'Eurotas, un monticule de forme allongée, et aplati à sa cime, comme pour servir de stade ou d'hippodrome. Des deux côtés de ce monticule, entre deux autres monticules qui font, avec le premier, deux espèces de vallées, on aperçoit les ruines du pont Babyx et le cours de l'Eurotas. De l'autre côté du fleuve, la vue est arrêtée par une chaîne de collines rougeâtres : ce sont les monts Ménélaïons. Derrière ces monts s'élève la barrière des hautes montagnes qui bordent au loin le golfe d'Argos.
Dans cette vue à l'est, entre la citadelle et l'Eurotas, en, portant les yeux nord et sud par l'est, parallèlement au cours du fleuve, on pla-' cera la tribu des Limnates, le temple de Lycurgue, le palais du roi Démarate, la tribu des Egides et celle des Messoaies, un des Lesché*, le monument de Cad mus, les temples d'Hercule, d'Hélène, et le Plataniste. J'ai compté dans ce vaste espace sept ruines debout et hors de terre, mais tout à fait informes et dégradées. Comme je pouvais choisir, j'ai donné à l'un de ces débris le nom du temple d'Hélène ; à l'autre, celui du tombeau d'Alcman^ : j'ai cru voir les monuments héroïques d'Egée et de Cadmus ; je me suis déterminé ainsi pour la Fable, et n'ai reconnu pour l'histoire que le temple de Lycurgue. J'avoue que je préfère au brouet noir et à la Crypiie^ la mémoire du seul poète que Lacédémone ait produit, et la couronne de fleurs que les filles de Sparte cueillirent pour Hélène dans l'Ile du Plaianiste :
ubi campi, Sperchiusque, et virginibus bacchata Lacaenis Taygeta* 1
En regardant maintenant vers le nord, et toujours du sommet de la
t. Aé^xT) , lieu où l'on se rassemble pour causer, quelquefois un tribunal, une école.
2. Alcman, poète lyrique, vivait à Sparte vers la fin du septième et dans les premières années du sixième siècle avant Tère chrétienne. Il ne reste de lui que de très-courts fragments.
3. LaCryptie, sorte de maraudage auquel on exerçait les jeunes Spartiates.
i, Virgile, Géorgiques, livre II.