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Infanterie légère des Romains

146 DIX-NEUVIËME, SIÈCLE.

les signaux da porte^tendard qui plantait le jalon des lignas, la course impétueuse du cayalier, les ondulations des soldats qui se nivelaient sous le cep du centurion. On entendait de toutes parts les grêles hennissements des coursiers, le cliquetis des chaînes, les sourds roulements des balistes et des catapultes , les pas réguliers de Pinfanterie, la voix des chefii qui répétaient l'ordre, le bruit des piques qui s'élevaient et s'abaissaient au commandement des tribuns. Les Romains se formaient en bataille aux éclats de la trompette, de la corne et du lituus; et nous, Cretois, fidèles à la Grèce au milieu de ce pénibles barbares, nous prenions nos rangs au son de la lyre.

Anne-Louise-Gennaine Necker, née h Paris en 1766, épousa en 1786 le baron de Staêl-Holstein, ambassadeur de Suède en France.

La première période de sa vie littéraire nous la montre à la fin du dix-huitième siècle environnée des derniers repré->sentants de cette époque, des Buffon, des Thomas, des Mar^ montel, des Sédaine, desRaynal, dans le salon de son père, le ministre philosophe, écoutant de savantes conversations, occupée de sérieuses lectures, s'exerçant au grand art d'écrire par diverses compositions dramatiques, et révélant les ten-> dances de sa pensée et le point de départ de ses opinions par ses Lettressur le caractère et lesécrits de J.~J. R(msseau{nSB), Sous le Directoire, elle exerça p^r ses salons ^ne grande influence ; sous Bonaparte son crédit baissa. Exilée à 40 lieues de Paris (1802), madame de Staël, qui avait déjà publié coup sur coup le livre De la littératy/re considérée dans ses rapports avec les institiUion^ sociales (1800), et le roman de Delphine (1801), quitta la France ; en 1803 et 1804, elle visita une première fois l'Allemagne qu'elle devait revoir en 1808, etétudia la littérature ailemandeavec Gœthe, Wieland, Schiller, Elle alla ensuite en Italie, où elle écrivit Corinne^ son chef-d'œuvre (1805). En 1810 son livre de V Allemagne f alors sous presse fut saisi par la police impé-

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pale. Mme de Btaèl, rentrée en France depuis 1806, fut de nouveau exilée. Elle habita successivement sa terre de Coppet dans le canton de Yaud^ Vienne, Moscou, Saint-Pétersbourg, la Suède et Londres, et ne revint qu'en 1815 à Paris, où elle mourut le 14 juillet 1817. V Allemagne^ interdite en France, parut à Londres en 1813.

Ias Œuvres complètes de madame de Staël ont itè publiées à Paris par son fils en 1821, 17 vol. tn-8*.

Douée de tous les talents, accessible à toutes les idées vraies, à toutes les émotions généreuses, amie de la liberté, passionnée pour les élégances de la société et des arts, parcourant tour à tour toutes les régions de la pensée, depuis les considérations sévères de la politique et de la philosophie jusqu'aux' sphères les plus brillantes de l'imagination, Mme de Staël réunit les éléments les plus divers, mais sans confusion et sans disparate. Une harmonie pleine de beauté coordonne chez elle toutes les forces de l'esprit et du cœur. Ce qui éclate dans cette heureuse nature, ce n'est pas une ou deux facultés particulières, grandies et alimentées aux dépens de toutes les autres : c'est l'être tout entier dans une noble et féconde unité. C'est bien d'elle qu'on peut dire, ce qu'elle regardait comme l'éloge suprême d'un grand écrivain, non pas : < Elle à de l'esprit, elle a de rimagi Dation, « mais simplement : < Elle a de Pâme; » son talent c'est elle-même, c'est sa vie mise à chaque instant au dehors par une expansion naturelle.

L'impression générale que laissent les œuvres de Mme de Staël a quelque chose de moral et de bienfaisant. Nulle part on ne sent mieux l'union intime du bien et du beau : c'est un des effets de l'harmonie puissante de ce noble génie. Elle ne prêche pas la vertu : elle l'ini^pire. Elle parle de littérature, et l'on se sent enflammé d amour pour Dieu, pour la patrie, pour le genre humain. « Faire une belle ode, dit-elle, c'est rêver l'héroïsme. » Quelle poétique nouvelle pour les hommes de la fin du dix-huitième siècle que des paroles comme celles qui suivent : « Si l'on osait, dit-elle, donner des conseils au génie, dont la nature veut

être le seul guide, ce ne seraient pas des conseils purement littéraires qu^on devrait lui adresser : il faudrait parler auk poètes comme à des citoyens, comme à des héros ; il faudrait leur dire : Soyez vertueux, soyez croyants, soyez libres ; respectez ce que vous aimez, cherchez l'immortalité dans l'amour et la divinité dans la nature ; enfin, sanctifiez votre âme comme un temple, et Tange des nobles pensées ne dédaignera pas d'y apparaître * ? »

Avant Mme de Staël, la littérature allemande était encore pour nous un monde inconnu, bien plus, un monde dédaigné et moqué. Voltaire se bornait à souhaiter aux Allemands plus d'esprit et moins de consonnes. Mme de Staël prit une glorieuse initiative. Déjà, dans ses œuvres précédentes, elle avait montré toute la force de son esprit ; dans V Allemagne, elle s'élève au-dessus d'elle-même en s'arrachant aux préjugés français et en renonçant au point de vue sef dualiste de la philosophie du dix- huitième siècle. C'est peut-être là le plus grand service que ce généreux esprit ait rendu à la France et à la philosophie. La sphère où vivaient Gœthe, Schiller, Eant et Hegel, s'ouvrit à nos regards. Si l'auteur ne comprit pas toujours ces grands hommes, elle donna du moins le désir de les connaître. Ses erreurs mêmes sont moins nombreuses qu'on ne s'est plu à le dire. L'instinct du vrai et du beau chez elle (c'est un Allemand qui lui rend ce témoignage) suppléait à l'imperfection nécessaire des connaissances.

Zt'AIiLEMAONE.

n* PARUE. — GHAP. vu. — OCCTHE.

Gœthe pourrait représenter la littérature allemande tout entière ; non qu'il n'y ait d'autres écrivains supérieurs à lui sous quelques rapports, mais seul il réunit tout ce qui distingue Tesprit allemand, et nul n'est aussi remarquable par un genre d'imagination dont les Italiens, les Anglais ni les Français ne peuvent réclamer aucune part.

Gœthe est un homme d'un e^pfit prodigieux en conversation ; et l'on a beau dire, l'esprit doit savoir causer. On peut présenter quelques exemples d'hommes de génie taciturnes : la timidité, le malheur, le

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