Acte IV. ScàifK IV. ~ COITIER (médecin du roi), LOCfTS
LOUIS
Ne crois pas éviter le sort que tu mérites :
Tu l'auras; mes tourments, c'est toi .qui les irrites.
A braver ma fureur leur excès t'enhardit.
liais je t'écraserai.
COITIER, froidement.
Vous Vavez déjà dit, Sit%, faites-le donc
Certes, je vais le faire.
Ton faux savoir n'est bon qu'à tromper le vulgaire. Ton art! j'en ris; tes soins I que me font-ils, tes soinsf Rien. Je m'en passerai ; ja n'en vivrai pas moins. Je veux : ma volonté suffit pour que je vive ; Je le sens, j'en suis sûr.
GOITIEIU
Alors, quoi qu'il arrive^ Essayez-en.
LOUIS
Oui, traître, oui, le saint que j'atieiHlfl Peut réparer d'un mot ^s ravages du temps.
Il va ressusciter cette force abattue ; Son souffle emportera la douleur qui me tue.
COITIER.
Qu'il se hâte.
LOUIS
Pour toi, privé de jour et d*aîr, Captif, le corps plié sous un réseau de fer.
Tu verras, à travers les barreaux de ta cage, Ma jeunesse nouvelle insulter à ta rage.
COITIER.
D'accord.
LOUIS
Ta le verras.
COITIER,
Sans doute.
LOUIS, avec émotion.
Faux ami, H'as-tu trouvé pour toi généreux à demi t Va, tu n'es <ia'iiA ingrat 1
GOITIBR.
Ce fut pour ne pas Tôtre Que je sauvai Nemours.
LOUIS
L'assassin de ton maître; Lui qui voulait ma perte!
COITIER.
En chevalier : son bras Combat, quand il se venge, et n'assassine pas. Je devais tout au père, et me tiendrais infâme. Si ses bienfaits passés ne vivaient dans mon âme.
LOUIS
Mais les miens sont présents, et tu trahis les miensr Tu le trompes, ce roi qui t'a comblé de biens. De quel prix n'ai-je pas récompensé tes peines? De l'or^ je t'en accable et tes mains en sont pleines. Je donne sans compter, comme un autre promet : Nemours, pour être aimé, fit-il plus Y
COITIER.
Il m'aimait.
Vous, quels sont-ils vos droits à ma reconnaissance? Dieu merci! nous traitons de puissance à puissance; L'un pour l'autre une fois n'ayons point de secret : Vous donnez par terreur, je prends par intérêt. En consumant ma vie à prolonger la vôtre, J'en cède une moitié, pour mieux jouir de l'autre. Je vends et vous payez ; ce n'est plus qu'un contrat : Où le cœur n'est pour rien , personne n'est ingrat. Les rois avec de l'or pensent que tout s'achète; Mais un don qu'on vous doit, un bienfait qu'on vous jette. Laissent votre âme à l'aise avec le bienfaiteur. On paye un courtisan, on paye un serviteur; Un ami, sire, on l'aime; et n'eût-il pour salaire Qu'un regard attendri quand il a pu vous plaire. Qu'un mot sorti du cœur quand il vous tend les bras, Il aime, il est à vous, mais il ne se vend pas : Comme on se donne à lui, sans partage il se donne, Et, parjure à l'honneur lorsqu'il vous abandonne, S'il vous regarde en face après avoir failli, On a droit de lui dire : Ingrat, tu m'as 'trahi!
LOUIS, d'une voix caressante.
Eh bien 1 mon bon Coitier, je t'aimerai, je t*aime.
COITIER.
Pour vous.
LOUIS
Sans intérêt. Ha souffrance est extrême,
Casimir delàvigne. 165
Ten conviens; mais le saint peut me guérir denain. •
C'est donc par amitié que je te tends la main :
De tels nœuds sont trop doux pour que rien les détruise.
ScÈNB y. — Les précédents, OLIVIER, PUIS FRANÇOIS DE PAULE.
OLIVIKR.
Sire, François de Paule attend qu'on l'introduise.
LOUIS
{Montrant Coitier.) Entrez. Voyez, mon père, il a bravé son roi Et je lui pardonnais. Coitier, rentre chez toi.
{En le conduisant jusqu^à son appartement.) Sur la foi d'un ami, dors d'un sommeil tranquille.
{Après avoir fermé la porte sur lui,) Ahl traître, si jamais tu deviens inutile!...
{Il fait signe à Olivier de sortir,)