JÉSUS
Laissez. — Toxîs ces enfants sont Men là. -^ Qui yo»s ^ Que la bulle d'azur que mon souffle agrandit
A leur souffle indiscret s'écroule ?
Qui vous dit que leurs voix, leurs pasy leurs jeux, leurs cris Effarouchent la muse et ohassent leâ j^éris?/..
Venez, enfants, venez en foule I
Venez autour de moi ; riez, ehantezi courez I Votre œil me jettera quelques rayons dorés,
Votre voix charmera mes heures.
C'est la seule en ce monde, où rien ne nous sourit^ Qui vienne du dehors sans troubler dans l'esprit
Le chœur des voix intérieures!
Fâcheux, qui les vouliez écarter l — Croyez-vous Que notre cœur n'est pas plus serein et plus doux
Au sortir de leurs jeunes rondes?
Croyez-vous que j'ai peur, quand je vois, àù lùîlreu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu,
Passer toutes ces têtes blondes?
La vie est-elle donc si charmante à vos yeux^ Qu'il faille préférer à fout ce bruit jôyeul
Une maison vide et muette f N'ôtez pas, la pitié même vous le défend.
Un rayon de soleil, un sourire d'enfaiït
Au ciel sombre, au coeur de poété t
« Mais ils s'effaceront à leurs bruyants ébats, Ces mots sacrés que dit ùiie muse toi^t bas,-
Ces chants purs où l'âme se noie..-.-. »
Ehl que m'importe à moi, muse, chants, vanité. Votre gloire perdue et l'immortalitéy
Si j'y gaigne ime heare de joiel
La belle ambition et le rare destin 1
Chanter! toujours chanter pour un écho lointain I
Pour un vain bruit qui passe et tombe l Vivre abreuvé de fiel, d'amertume et d'ennuis 1 Expier dans ses jours les rêves de ses nuits i
Faire un avenir à sa tombe I
Oh! que j'aime bien mieux ma joie et mon plaîi^, et toute ma famille avec tout mon loisir,
Dût la gloire ingrate et frivole, Dussent mes vers, troublés de ces ris familiers, S'enfuir, comme devant un eyaim d'écoliers
Une troupe d'oiseaux 8*envole 1
Hais non. Au milieu d'eux rien ne s'évanouit. L'orientale d'or plus riche épanouit
Ses fleurs peintes et ciselées; La ballade est plus fraîche, et dans le ciel grondant L'ode ne pousse pas d'un souffle moins ardent
Le groupe des strophes ailées !
Je les vois reverdir dans leurs jeux éclatants,
Mes hymnes parfumés comme un champ de printemps.
vous, dont l'ftme est épuisée, mes amis 1 l'enfance aux riantes couleurs Donne la poésie à nos vers, comme aux fleurs
L'aurore donne la rosée I
Venez, enfants I •* A vous jardins, cours, escaliers I Ébranlez et planchers, et plafonds et piliers 1
Que le jour s'achève ou renaisse, Gourez et bourdonnez comme l'abeille aux champs I Ha joie et mon bonheur, et mon âme, et mes chants
Iront où vous irez, jeunesse 1
Il est pour les cœurs sourds aux vulgaires clameurs D'harmonieuses voix, des accords, des rumeurs.
Qu'on n'entend que dans les retraites, Notes d'un grand concert interrompu souvent, Vents, flots, feuilles des bois, bruits dont l'Ame en rêvant
Se fait des musiques secrètes I
Moi, quel que soit le monde et rhomme et l'avenir, Soit qu'il faille oublier ou se ressouvenir,
Que Dieu m'afflige ou me console, Je ne veux habiter la cité des vivants Que dans une maison qu'une rumeur d'enfants
Fasse toujours vivante et folle.
De même, si jamais enfin je vous revois,
Beau pays, dont la langue est faite pour ma voix,
Dont mes yeux aimaient, les campagnes, Bords où mes pas enfants suivaient Napoléon, Fortes villes du Gid I ô Valence, 6 Léon,
Gastiile, Aragon, mes Espagnol 1
Je ne veux traverser vos plaines^ vos cités,
Franchir vos ponts d*une arche entre deux monts jetés,
Voir vos palais romains ou maures, Votre Guadalquivir qui serpente et s'enfuit, Qm dans ces chars dorés qu'emplissent de leur bruit
Les grelots des mules sonores !
Mai 1830.
LB SGMMBIL.
Beau, frais, souriant d'aise à cette vie amère. Sainte-beuvb
Dans l'alcôve sombre, Près d'un humble autel.
L'enfant dort à l'ombre Du lit maternel.
Tandis qu'il repose.
Sa paupière rose, Pour la terre close, S*ouvre povr le cieL
Il fait bien des rôves.
11 voit par moments Le sable des grèves Plein de diamants.
Des soleils de flammes.
Et de belles dames Qui portent des âmes Dans leurs bras charmants.
Songe qui l'enchante 1 Il voit des ruisseaux; Une voix qui chante Sort du fond des eaux.
Ses sœurs sont plus belles; Son père est près d'elles; Sa mère a des ailes Gomme les oiseaux.
Il voit mille choses Plus belles encor; Des lis et des roses Plein le corridor; Des lacs de délice Où le poisson glisse, Où l'onde se plisse A des roseaux d'ori
Enfant, rôve encore l Dors, ô mes amours) Ta jeune Ame ignore Où s'en vont tes jours.
Comme une algue morte.
Tu vas, qu« t'importe?
Le courant f emporte^ Hais tu dors toujours I
Sans soin, sans étude.
Tu dors en chemin; Et l'inquiétude k la froide n^ain^ De son ongle arid^, Sur ton front candide Qui n*a point de ride.
I^'écrit pas : « Demain 1
Il dort, innocence t Les anges sereins Qui savent d'avance Le sort des humains, Le voyant sans armes, Sans peur, sans alarmes.
Baisent avec larmes Ses petites mains.
Leurs lèvres effleurent Ses lèvres de miel.
L'enfant voit qu'ils pleurent Et dit : « Gahriell »
Mais l'ange la touche, Et berçant sa couche, Un doigt sur sa bouche.
Lève l'autre au eiel 1 '
Cependant sa mère, Prompte à le berccF, Croit qu'une chimère Le vient oppresser ; Fière, elle l'admire.
L'entend qui soupire»
Et le fait sourire Avec un baiser.
Novembre tfSi.