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p^ri au mâieu des trembles. Si, dans la réaction des puissances européennes contre la domination française, tout s'est terminé en peu de temps, si une paix générale a promptement suivi Texplosion, c'est que les nations détachées de Tempire n*bQt fait que rentrer, pour ainsi dire, dans leurs anciens cadres et sous un régime auquel, pour la plupart, elles s'étaient habituées de longue main. Or, l'état des choses n'était pas le môme, lorsque, yers le milieu du neuvième siècle, la Gaule et l'Italie commencèrent à réagir comme puissances politiques contre l'empire des Teutskes ou Teutons. Les indigènes de ces deux pays démembrés depuis quatre siècles de l'empire romain , et depuis ce temps exploités plutôt que gouvernés par des conquérants de race étrangère , avaient perdu leurs traditions nationales. Us ne voyaient dans le passé aucune situation politique à laquelle ils pussent revenir ; ils avaient tout à créer : et voilà pourquoi la lutte fut longue, pourquoi il fallut plus de cinquante ans de guerre avant que s'accomplit le démembrement définitif du nouvel empire en neuf états séparés l'un de l'autre soit par des limites naturelles et le souvenir non encore éteint d'une antique nationalité, soit par des diffé" rences de race, de langue ou de dialecte ^
Une chose digne de remarque, c'est l'espèce d'ordre avec lequel, au milieu d'une confusion apparente , les événements marchèrent vers ce grand but, comme s'il eût été aperçu d'avance. Il semble qu'à travers toutes les fluctuations causées par les chances de la guerre, un instinct de bon sens ramenait toujours les peuples au mode de démembrement le plus conforme à leur division naturelle. Dès le commencement des guerres civiles entre l'empereur Lodewig ou Louis et ses enfants, guerre où le père et les fils étaient poussés à leur insu par des mouvements nationaux, une grande divergence d'opinion politique se laisse apercevoir entre les Franks vivant au milieu de la population gauloise, et ceux qui sont demeurés sur l'ancien territoire germanique. Les premiers, ralliés, malgré leur descendance, à l'intérêt du peuple vaincu par leurs ancêtres, prirent en général parti contre l'empereur, c'est-à-dire contre l'empire, qui était, pour les Gaulois indigènes, un gouvernement de conquête. Les autres s'unirent, dans le parti contraire, avec toutes les peuplades tudesquéis, môme anciennement ennemies des Franks. Ainsi tous les peuples teutons, ligués en apparence pour les droits d'un homme, défendaient leur cause nationale en soutenant, contre les Gallo-Franks et les Welskis \
1. La Germanie, la Lorraine, la France^ la Bretagne ^ l'Italie, la Bourgogne transjurane, la Bourgogne cisjurane, l'Aquitaine et la marche d'Espagne. (Aug. Thierry.)
2. Welthe ou Welsche était le nom que les peuples germains don* naient à tous les Occidentaux, Bretons, Gaulois ou Italiens. Ils appe* laient langue welsche la langue latine, et population toelsche^ les indigènes de Ta Gaule, au milieu desquels vivaient les Franks. On a tort d'employer aujourd'hui ce mot dûis le sens de barbare; car dans la
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/longue chaîne de eolUnet fortifiées par un rempart de pieot A de
claies d*osier. Dans la nuit du 13 octobre, Gmllaume fit annoncer ^anx Normands que le lendemain serait jour de combat. I)es prêtres et des religieux qui avaient suivi, en grand nombre^ l'armée dMnvasion, se réunirent pour prier et chanter des litanies, pendant que les gens de guerre préparaient leurs armes. Ceux-ci, après ce premier soin, employèrent le temps qui leur restait à faire la confession de leurs péchés, soit à un homme d'église s'ils en trouvaient quelqu'un, soit entre compagnons sous la tente. Dans Tàutre armée, la nuit se passa d'une manière bien différente ; tout entiers à l'exaltation patriotique et pleins 'une confiance en eux-mêmes que l'événement devait démentir, les axons se divertissaient avec grand bruit et chantaient de vieux liants nationaux, en vidant, autour de leurs feux, des cornes remplies de bière et de vin.
Au matin, dans le camp normand, Tévêque de Bayeux, fils de la mère du duc Guillaume, célébra la messe et bénit les troupes, armé d'un haubert sous son rochet ; puis il monta un grand coursier blanc, prit un bâton de conmiandement et fit ranger la cavalerie. L'armée se divisa en trois colonnes d'attaque : à la première étaient les gens d'arjnes venus des comtés de Boulogne et de Ponthieu, avec la plupart des aventuriers engagés individuellement pour une solde; à la seconde se trouvaient les auxiliaires bretons, manceaux et poitevins; Guillaume en personne commandait la troisième, formée de la chevalerie normande. Entête et sur les flancs de chaque corps de bataille, marchaient plusieurs rangs de fantassins armés à la légère, v^tus de casaques matelassées, et portant de longs arcs de bois ou des arbalètes d'acier. Le duc montait un cheval d'Espagne, qu'un riche Normand lui avait amené d'un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice. 11 tenait suspendues à son cou les plus révérées d'entre les reliques sur lesquelles Harold avait juré, et l'étendard bénit par le pape était porté à côté de lui par un jeune homme appelé Toustain le blanc. Au moment où les troupes allaient se mettre en marche, le duc élevant la voix, leur parla en ces termes :
« Mes vrais et loyaux amis, vous avez passé la mer pour l'amour de « moi et vous êtes mis en aventure de mort, ce dont je me tiens K grandement obligé envers vous. Or, sachez que c'est pour une bonne « querelle que nous allons combattre, et que ce n'est pas seulement <t pour conquérir ce royaume que je suis venu ici d'outre-mer. Les •c gens de ce pays, vous ne l'ignorez pas, sont faux et doubles, parju- « res et traîtres. Ils ont tué sans cause les Danois, hommes, femmes <t et -enfants, dans la nuit de Saint-Brice ; ils ont décimé les compa- « gnons d'Alfred, frère d'Edouard mon parent, et l'ont aveuglé et mis « à mort. Ils ont fait encore d'autres cruautés et trahisons contre les « Normands; vous vengerez aujourd'hui ces méfaits, s'il plaît à Dieu. « Pensez à bien combattre et mettez tout à mort, car si nous pou- « vons les vaincre, nous serons tous riches. Ce que je gagnerai, vous
« le gagnerez; si je conquiers, vous conquerrez; si je prends laterre, « vous l'aurez. Pensez aussi au grand honneur que vous aurez aujourc( d'hui f si la victoire est à nous, et songez bien que si vous êtes vain- « eus, vous êtes morts sans remède, car vous n'avez aucune voie de « retraite. Vous trouverez devant vous, d'un côté des armes et un pays « inconnu, de l'autre, la mer et des armes. Qui fuira sera mort, qui K se battra bien sera sauvé. Pour Dieul que chacun fasse bien sondea voir et la journée sera pour nous. »
L'armée se trouva bientôt en vue du camp saxon, au nord-ouest de Hastings. Les prêtres et les moines qui l'accompagnaient se détachèrent, et montèrent sur une hauteur voisine^ pour prier et regarder le combat. Un Normand, appelé Taillefer, poussa son cheval en avant du front de bataille, et entonna le chant, fameux dans toute la Gaule, de Gharlemagne et de Roland. En chantant, il jouait de son épée, la lançait en l'air avec force, et la recevait dans sa main droite; les Nor* mands répétaient ses refrains ou criaient : Dieu aide ! Dieu aide I
A portée de trait, les archers commencèrent à lancer leurs flèches et les arbalétriers leurs carreaux'; mais la plupart des coups furent amortis par le haut parapet des redoutes saxonnes. Les fantassins ar* mes de lances et la cavalerie s'avancèrent jusqu'aux portes desretran* chements, et tentèrent de les forcer. Les Angio-Saxons, tous à pied autour de leur étendard planté en terre, et formant derrière leurs palissades une masse compacte et solide, reçurent les assaillants à grands coups de hache, qui, d'un revers, brisaient les lances et coupaient les armures de mailles. Les Normands, ne pouvant pénétrer dans les redoutes ni en arracher les pieux, se replièrent, fatigués d'une attaque inutile, vers la division que commandait Guillaume.
Le duc alors fit avancer de nouveau tous ses archers, et leur ordonna de ne plus tirer droit devant eux, mais de lancer leurs traits en haut, pour qu'ils tombassent par-dessus le rempart du camp ennemi. Beaucoup d'Anglais furent blessés, la plupart au visage, par suite de cette manœuvre; Harold lui-même eut l'œil crevé d'une flèche, mais il n'en continua pas moins de commander et de combattre. L'attaque des gens de pied et de cheval recommença de près, aux cris de Notre-Dame I Dieux aide! Dieu aidel Mais les Normands furent repoussés, à Tune des portes du camp, jusqu'à un grand ravin recouvert de broussailles et d'herbes, où leurs chevaux trébuchèrent et où ils tombèrent péie-méle et périrent en grand nombre. Il y eut un moment de terreur dans l'armée d'outre-mer. Le bruit courut que le duc avait été tué, et, à cette nouvelle , la fuite commença. Guillaume se jeta lui-même audevant des fuyards et leur barra le passage, les menaçant et les frap« pant de sa lance, puisse découvrant la tête: « Me voilà, leur cria-t-il, * regardez-moi, je vis encore, et je vaincrai avec l'aide de Dieu. »
Les cavaliers retournèrent aux redoutes ; . mais ils ne purent davan*
1. Flèches courtes, épaisses et de forme oarrée. (Aug. Thierry.)
AUHUSTIN THIERRY.
tage en forcer les portes ni faire brèche : alors le duc s'avisa d'an gtrar tagème, pour faire quitter aux Anglais leur position et leurs langs ; il donna Tordre à mille cavaliers de s'avancer et de fuir aussitôt. La vue de cette déroute simulée fit perdre aux Saxons leur sang- froid; ils coururent tous à la poursuite, la hache suspendue au cou. Â une certaine distance, un corps posté à dessein joignit les fuyards, qui tournèrent bride; et les Anglais, surpris dans leur désordre, furent assaillis de tous côtés à coups de lance et d'épée dont ils ne pouvaient se garantir, ayant les deux mains occupées à manier leurs grandes haches. Quand ils eurent perdu leurs rangs, les clôtures des redoutes furent enfoncées; cavaliers et fantassins y pénétrèrent; mais le combat lut encore vif, pêle-mêle et corps à corps. Guillaume eut son cheval tué sous lui ; le roi Harold et ses deux frères tombèrent morts, au pied de leur étendard, qui fut arraché et remplacé par la bannière envoyée de Rome. Les débris de Tarmée anglaise, sans chef et sans drapeau^ prolongèrent la lutte jusqu'à la fin du jour, tellement gue les combattants des deux partis ne se reconnaissaient plus qu'au langage.