‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 111 sur 347 · ABNER, DEUX LÉVITES, LE CHŒUR, SUITE D'ATHAUB · texte numérisé non relu

ABNER, DEUX LÉVITES, LE CHŒUR, SUITE D'ATHAUB

JOSABETH, au» deux lévites.

0 vous! sur ces enfants si ohers, si précieux, Ministres du Seigneur, ayez toujours les yeux.

ABMER, àJosaheih, Princesse, assurez-vous, je les prends sous ma garde.

ATBAUB.

0 ciel! plus j'examine, et plus je le regarde.... C'est lui 1 D'horreur encor tous mes sens sont saisis*

(Montrant Joas), Épouse de Joad, est-ce là votre fils?

206 DIX-SËPTIÈM£ SIÈGLB.

YOSABETH*

Qui? lui; madame?

ATHAUB.

Lui.

JOflABBTH.

Je ne suis point sa mèrt.

{MorUrarU Zaeharie}.

Voilà mon fils,

AiHALiE, à Joas, Et vous, quel est donc Totre père?

Jeune enfant, répondez.

JOSABBTS.

Le ciel jusque aiijourd'hui...*

ATBAUK.

Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui T C'est à lui de parler.

JOSABBTH.

Dans un âge si tendre Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre?

ATHAUB

Cet âge est innocent : son ingénuité N*altère point encor la simple ¥érité.

Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.

JOAABBTH, tout h<lS.

Daigne m^tre» grand Dieu, ta sagesse en sa boucbat

ATHAUB.

Gomment vous nommes-Tous? *

JOAS

J'ai nomSUadn.

ATHAUB.

Votre père?

JOAS

Je suis, éi^nmy un orplitiiii Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance. Et qui de mes parents n'eus jamais connoissance*

ATHAUB.

Vous êtes laiif paiestsT

JOAS

Ib m'ont abandonné.

ATHAUB.

Gomment? et depuis quand?

JOAS

Depuis quA je suis hé.

ATHAUB.

Ne sait-on pas du moins quel pays est le fôtre ?

liAClNE. 207

JOAS

Ce temple est mon pays; je n'ea coonois poiat d'autra.

ATHAUE.

Où dit-OQ que le sort vous a fait rencontrer?

JOAS

Parmi des loups cruels prôts à me déTorer.

ATBALIS.

Qui vous mit dans ce temple?

JOAS

Une fémmeinooniiue) Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.

ATHAU8.

Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?

JOAS

Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petit/des oiseaux il donne leur pâture , Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je llnvoque ; et d'un soin paterne Il me nourrît des dons offerts sur son autel.

ATHALIE

Quel prodige nouveau me trouble et m'roibarrasse? La douceur de sa voix, son enfanœ, sa grâce. Font insensiblement à mon inimitié Succéder Je seroie sensible à la pitiéf

ABMBR.

Madame, voilà done oet ennemi terrible?

De vos songes menteurs l'in^)osture est visible, Â moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui vous laisoit trembler.

ATHAUB, à Joas et à Josabeth, Vous sortez?

J08ABBTH.

Tous avez entendu sa fortune :

Sa présence à la fin pourroit être importune.

ATBAUE.

(A Joat.} Non : revenez. Quel est tous les jours votre emploi?

JOAS

J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi, Dana son livre divin on m'apprend à la lire; Et déjà de ma main je conunence à l'écrire.

ATRAUB.

Que vous dit cette loi?

JOAS

Que Dieu veut être aimé; Qu'à venge tôt ou tard son saint nom bUuqphémé;

aOÔ DlX-SEPTIÊME SIÈCLE.

Qu'il est le défenseur de Torphelin timide ; Qu*il résiste au superbe et punit lliomicide.

ATBALIE.

J'entends. Mais tout ce peuple enferm4 dans ce lieu, A quoi s'occupe-t-il?

JÛAS.

Il loue, il bénit Dieu.

ATHALIE

Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple 1

JOAS

Tout profane exercice est banni de son temple.

ATHALUS.

Quels sont donc yos plaisirs?

JOAS

Quelquefois à l'autel Je présente au grand prêtre ou Tencens ou le sel; J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies; Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.

ATHALIE

Hé quoi 1 tous n'avez point de passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.

JOAS

Moi! des bienfaits de Dieu je perdrois la mémoire!

ATHALIE

Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.

JOAS

Vous ne le priez point.

ATHAUE.

Vous le pourrez prier.

JOAS

Je verrois cependant en- invoquer un autre.

ATHALIE

J'ai mon dieu que je sers; vous servirez le vôtre Ce sont deux puissants dieux.

JOAS

n faut craindre le mien.

Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.

ATHAUE.

Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.

JOAS

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.

RAGINB. ^09

ATBALII,

Jes méchants, qui sont-ils?

JOSABETB,

Hé, madame ! excusez Un enfant...

ATHALiB, àJosabHh, J^aime à voir comme tous Tinstruisez.

Eofin, Ëliacin, tous avez su me plaire; Vous n*ôtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier : Laissez là cet habit, quittez ce vil métier ; Je yeux vous faire part de toutes mes richesses. Essayez dès ce jour TefiTet de mes promesses : A ma table, partout , à mes côtés assis^ Je prétends tous traiter comme mon propre fil^

JOAS

Comme votre fils?

ATHAUE.

Oui.... Vous vous taisez?

JOAS

Quel père Je quitteroisl et pour....

ATHAUB.

Hé bien?

% JOAS

Pour quelle m^ret ATHALiE, à Josàbeth, Sa mémoire est fidèle; et, dans tout ce qu*il dit, De vous et de Joad je reconnois Tesprit. Voilà comme, infectant cette simple jeunesse. Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur ; Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.

JOSABBTH.

Peut-on de nos malheurs leur dérober Thistoire? Tout l'univers les sait; vous-même en faites gloire.

ATHALIB.

Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité,

A vengé mes parents sur ma postérité,

J'aurois vu massacrer et mon père et mon frère,

Du haut de son palais précipiter ma mère,

Et dans un même jour égorger à la fois

(Quel specucle d'horreur !) quatre-vingts fils de rois;

Et pourquoi? pour venger je ne sais queb prophètes

Dont elle avoit puni les fureurs indiscrètes :

Et moi, reine sans eœur, fille sans amitié ,

Esclave d'une lâche et frivole pitié,

Je n*aurois point du moins à cette aveiigle rage

Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage,

Et de votre David traité tous les neveux

Gomme on traitoit d'Âchab les restes malheureux!

Où serois-je aujourd'hui si, domptant ma foiblesse,

Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse;

Si de mon propre sang ma main versant des flots

N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots t

Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance

Entre nos deux maisons rompit toute alliance :

David m'est en horreur ; et les fils de ce roi,

Quoique nés de mon sang, sont étangers pour moi.

JOSABBTH.

Tout vous a réussi. Que Dieu voie, et nous juge.

ATHALIE

Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge, Que deviendra l'effet de ses prédictions? Qu'il vous donne ce roi promis aux nations, Cet enfant de David, votre espoir, votre attente.... Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente : J'ai voulu voir ; j'ai vu.

ABNER, à Josaheth.

Je vous l'avois promis :

Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.

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