‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 121 sur 347 · CLITANDRE · texte numérisé non relu

CLITANDRE

Pourquoi s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous ble«se, 11 faut que le reproche à madame s'adresse.

ALCESTE

Non, morUeuf c'est à vous; et vos ris complaisants

Tirent de son esprit tous ces traits médisants.

Son humeur satirique est sans cesse nourrie

Par le coupable encens de votre flatterie;

Et son cœur à railler trouveroit moins d'appas.

S'il avoit observé qu'on ne l'applaudit pas.

C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre

Des vicei où l'on voit les humains m r^aodre.

PHILINTE

Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand, Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend?

CÂLIMÈNB.

Et ne faut-il pas bien que monsieur contredise? A la commune voix veut-on qu'il se réduise. Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux

MOLIËRfi. 239

L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux?

Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaire :

11 prend toujours en main Topinion contraire ;

Il penseroit parottre un homme du commun^

Si l'on voyoit qu'il fût de l'avis de quelqu'un.

L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes,

Qu'il prend contre lui-même assez sil^îvent les armes» ^ - **»-

Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,

Aussitôt qu'il les voit dans la bouche d'autrui.

ALGESTE,

Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire; Et vous pouvez pousser contre moi la satire.

PHIUNTB.

Mais il est véritable aussi que votre esprit Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit; Et que, par un chagrin que lui-môme il avoue, Il ne sauroit souffrir qu'on blâme ni qu'on loue.

ALGESTE.

C'est que jamais, morbleu l les hommes n'ont raison^ Que le chagrin contre eux est toujours de saison, Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires. Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

CÉLIMÈI^.

Mais....

ALCESTE

Non, madame, non, quand j'en devrois mouriff Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; Et l'on a tort ici de nourrir dans votre âme Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâmt.

CUTANDRE.

Pour moi, je ne sais pas; mais j'avouerai tout haut Que j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut.

ACASTE

De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue ; Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.

ALCESTE

Ils frappent tous la mienne, et, loin de m'en cacher.

Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher.

Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le ila-lte :

A ne rien pardonner le pur amour éclate ;

Et je bannirois, moi, tous ces lâches amants

Que je verrois soumis à tous mes sentiments,

Et dont, à tout propos, les molles complaisances

Donneroient de l'encens à mes extravagances»

eÉUMÊIfS.

Enfin, s*il faut qu'à tous s'en rapportent les cœurs.

On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceur?, Et du parfait amour mettre Thoimeur suprême k bien injurier la personne qu^on aime.

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