‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 120 sur 347 · Acte I. 6cènb I. — PHILINTE, ALCESTE · texte numérisé non relu

Acte I. 6cènb I. — PHILINTE, ALCESTE

PHIUNTB.

Qu'est-ce donc ? Qu'avez-vous T

ALCBSTB, assis.

L»issez-moi, je vous prie.

PHIUIfTB.

^41*8 encor, dites-moi quelle bizarrerie...»

ALCBSTB.

Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.

PBUINTB.

Mais on entend les gens au moins sans se fâcher.

ALCBSTB.

Moi; je veux me ffteher, et ne veux point entendre.

PHIUNTB.

Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre. Et| quoique amis enfin, je suis tout des premiers....

2â2 DIX-SEPTIËMB SIÈCLE.

ALCESTB, se levant brusquement.

Moi, votre ami ? Rayez cela de yos papiers. J*ai fait jusques ici profession de l'être ; Mais, après ce qu'en vous je viens de voir parottie, Je vous déclare net que je ne le suis plus, Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

PHIUNTE.

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte?

ALCESTB.

Allez, vous devriez mourir de pure honte ;

Une telle action ne sauroit s'excuser ,

Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser.

Je vous vois accabler un homme de caresses,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses ;

De protestations, d'offres et de serments,

Vous chargez la fureur de vos embrassements ;

Et, quand je vous demande après quel est cet homme^

A. peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;

Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant,

Et vous me le traitez, à moi, d'indifférent.

Morbleu 1 c'est une chose indigne, lâche, infàmdi

De s'abaisser ainsi, jusqu'à trahir son &me;

Et si, par un malheur^ j'en avois fait autant^

Je m'irois, de regret^ pendre tout à l'instant,

PHIUNTE.

Je ne vols pas , pour moi, que le cas soit pendable ; Et je vous supplierai d'avoir pour agréable Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt. Et ne me pende pas pour cela, s'il vous plaît.

ALCE8TB.

Que la plaisanterie est de mauvaise grâce I

PHIUNTB.

Mais sérieusement, que voulez-vous qu'on fasse t

ALCESTB.

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

PHILINTB.

Lorsqu'un homme vous vient embrasser avec joie, Il faut bien le payer de la même monnoie, Répondre, comme on peut, & ses empressements, Et rendre offre pour oflf^e, et sermens pour sermenti.

ALCBSTB.

Non, je ne puis ÉOu£fHr cette lâche méthode Qu'affectent la plupart de voi gens à la mode ; Et je ne hais rien tant que les contorsions De tous ces grande ikiatturt de proteftationt ,

MOLIËRB. 223

Ces affables donneurs d'ômbrassades frivoles,

Ces obligeants diseurs d'inutiles paroles,

Qui de civilités avec tous font combat.

Et traitent du même air Tbonnête homme et le fat.

Quel avantage a-t-on qu*un homme vous caresse,

Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,

Et vous fasse de vous un éloge éclatant,

Lorsqu'au premier faquin il court en faire autant?

Non, non, il n'est point d'âme un peu bien située,

Qui veuille d'une estime ainsi prostituée.

Et la plus glorieuse a des régals peu chers,

Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout l'univers ,

Sur quelque préférence une estime se fonde,

Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.

Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,

Morbleu ! vous n'êtes pas pour être de mes gens ;

Je refuse d'un cœur la vaste complaisance

Qui ne fait de mérite aucune différence ;

Je veux qu'on me distingue, et, pour le trancher net,

L'ami du genre humain n'est point du tout mon fait.

PHIUNTE.

Hais, quand on est du monde, il faut bien que l'on rende Quelques tlehors civils que l'usage demande.

ALGBSTI.

Non, vous dis-je, on devroit châtier sans pitié

Ce commerce honteux de semblants d'amitié.

Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre,

Le fond de notra eœur dans nos discours se mofttre,

Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments

Ne se masquent jamais sous de vains compliments.

PKILINTB.

Il est bien des endroits où la pleine fhmchise

Deviendroit ridicule, et seroit peu permise;

Et parfois, n'en déplaise à votre austère honneur,

Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur.

Seroit-il à propos, et de la bienséance.

De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense ?

Et, quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplatt|

Lui doit-on déclarer la chose comme elle est T

ALCBSTB.

Oui.

PHILINTE

Quoil VOUS iriez dire à la vieille £milie, Qu'à son âge il sied mal de faire la jolie, Et que le blanc qu'elle a scandalise chacuD?

ALCES1&

Sans doute.

PBILINTE.

A Dorilas; qu'il est trop importun i £t qu'il n'est j à la cour, oreille qu'il ne lassa A conter sa bravoure et Téciat de sa race T

ALCESTE

Fort bien.

PHILINTB.

Vous vous moquez.

ALCESTE

Je ne me moque point.

Et je vais h'épargner personne sur ce point. Mes yeux sont trop blessés^ et la cour et la ville Ne m'offrent rien qu'objets à m'échauffer la bile ; J'entre en une bumeur noire, en un cbagrin profond, Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font. Je ne trouve partout que lâche flatterie, Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie; Je n'y puis plus tenir, j'enrage; et mon dessein Est de rompre en yisiëre à tout le genre humain,

PHIUNTB.

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage.

Je ris des noirs accès o& je vous envisage.

Et crois voir en nous deux, sous mêmes soins nourris,

Ces deux frères que peint VÉcole des Manéê >,

Dont....

ALCESTE

Mon Dieul laissons là ces comparaisons fades.

PHIUNTE.

Non : tout de bon, quittez toutes ces incartades.

Le monde par vos soins ne se changera pas ;

Et, puisque la franchise a pour vous tant d'appas.

Je vous dirai tout franc que cette maladie,

Partout où vous allez donne la comédie ;

Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps,

Vous tourné en ridicule auprès de bien des gens.

ALCBSTB.

Tant mieux, morbleu! tant mieux, c'est ce que je demande Ce m'est un fort bon signe, et ma joie en est grande. Tous les hommes me sont à tel point odieux. Que je serois fâché d'être sage à leurs yeux.

1. Dans VÉeole des Maris, jouée à Paris le 24 juin 1661, Molière représente deux vieillards d'humeur opposée, l'un sévère, l'autre indulgent.

MOLIÈRE. â2er

PBILINTE.

Vous voulez un grand mal à la nature humaine,

ALCESTE

Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine.

PHILINTE

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception,

Seront enveloppés dans cette aversion?

Encore en est-il bien^ dans le siècle où nous sommes...»

ALCESTE

Non, elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et les autres, pour être aux méchants complaisants, Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette complaisance on voit l'injuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès. Au travers de son masque on voit à plein le traître; Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ; Et ses roulements d'yeux, et son ton radouci, N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici. On sait que ce pied plat, digne qu'on le confonde. Par de sales emplois s'est poussé dans le monde. Et que par eux, son sort, de splendeur revêtu, Fail gronder le mérite et rougir la vertu ; Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne, Son misérable honneur ne voit pour lui personne: Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit, Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.. Cependant sa grimace est partout bien venue ; On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ; Et, s'il est, par la brigue, un rang à disputer, Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter, Têtebleu! ce me sont de mortelles blessures. De voir qu'avec le vice on garde des mesures ; Et parfois il me prend des mouvements soudains De fuir dans un désert l'approche des humains.

PHIUNTE.

Mon Dieu! des mœurs du temps mettons-nous moins en peine

Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;

Ne l'examinons point dans la grande rigueur,

Et voyons ses défauts avec quelque douceur.

Il faut, parmi le monde, une vertu traitable;

A force de sagesse on peut être blâmable ;

La parfaite raison fuit toute extrémité,

Et veut que Ton soit sage avec sobriété.

Cette grande roideur deH vertus des vieux kges

«26 ÛIX-SEPTIÈMB SIÈCLE.

Heurte trop notre siècle et les communs usa^S; Elle veut aux mortels trop de perfection : Il faut fléchir au temps sans obstination; Et c'est une folie à nulle autre seconde, De vouloir se mêler de corriger le monde. J'observe, comme vous, cent choses tous les jours, Qui pourroient mieux aller, prenant un autre cours; Mais, quoi qu'à chaque pas je puisse voir paraître, En courroux, comme vous, on ne me voit point être; Je prends tout doucement les hommes comme ils sont ; J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font. Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville, Mon flegme est philosophe autant que votre bile.

ALGESTB.

Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien, Ce flegme pourra-t-il ne s'échauffer de rien t Et s'il faut, par hasard, qu'un ami vous trahisse. Que, pour avoir vos biens, on dresse un artifice. Ou qu'on tâche à semer des méchants bruits de vous. Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux?

PHILIIfTE.

Oui, je vois ces défauts dont votre âme murmure,

Gomme vices unis à l'humaine nature ;

Et mon esprit enfin n'est pas plus offensé

De voir un homme fourbe, injuste, intéressé.

Que de voir des vautours affamés de carnage,

Des singes malfaisants, et des loups pleins de rage.

ALCESTB.

Je me verrai trahir, mettre en pièces, voler,

Sans que je sois.... Morbleu 1 je ne veux point parleri

Tant ce raisonnemait est plein d'impertinence I

PBILINTB.

Ma foi, vous ferez bien de garder le silence. Contre votre partie éclatez un peu moins, Et donnez au procès une part de vos soins.

ALGBSTB.

Je n'en donnerai point, c'est une chose dite.

PHUINTE.

Mais qui voulez- vous donc qui pour vous sollicite

ALCESTB.

Qui je veux? La radson, mon bon droit, l'équitA.

PHIUNTB.

Aucun juge par vous ne sera visité t

ALCESTB.

Non. Est^-ce que ma cause est injiMe ou donteuaet

J'en demeure d'aecoFd; inaiis U ]^r|gue esl fÉcl^eiise

AI^CESTB,

Non. J'ai résolu de n'en pas faire UD pas* J'ai tort; ou j'ai r^soOt

Ne voui y fie? pas, iLqssTp.

Je ne remuerai point.

Votre partie çst forte, Et peut, par sa cabalt, entraîner,...

▲LGESTB.

Jl n'importe.

P0ILINTB.

Vous vous tromperez.

Soit» J'en veux voir le succee.

PHIUHTI.

Mais....

AtCBSTe.

J'aurai le plaitir de perdre mon prooèi^

PHILINTB.

Mais enfin....

ÀLCESTB.

Je verrai dans cette piaiderie, Si les hommes auront assez d'efironterie, Seront assez mécliants, scélérats et pervers, Pour me faire injustice avi yeux de l'univers.'

PHILINTB.

Quel homme!

Je Youdrois, m'en eontàt^l grand*chose, Pour la beauté du &it^ avoir perdu ma caufi.

PBILXBTE.

On se riroit de vous, Alceste, tout çU bcm. Si Ton vous entendoit parler de la li^n»

▲LCBSTB.

Tant pis pour qui riroit.

«nUNTB.

Mais cette reetitude Que vous Toulez en tout avec exactitude, Cette pleine droiture où vous VjMis renfenn^B, La trouvez-vous ici dans ce <iue vous aimez T Je m'étonne, pour moi, qu'étant, comme U le semble»

Vous et le genre humain, si fort brouillés ensembloi Malgré tout ce qui peut vous le rendre odieux Vous ayez pris chez lui ce qui charme vos yeux; Et ce qui me surprend encore davantage, C'est cet étrange choix où votre cœur s'engage. La sincère Éliante a du penchant pour vous, La prude Arsinoé vous voit d'un œil fort doux: Cependant à leurs vœux votre âme se refuse, Tandis qu'en ses liens Célimène l'amuse, De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant Semblent si fort donner dans les mœurs d'à présent. D'où vient que leur portant une haine mortelle. Vous pouvez bien souffrir ce qu'en tient cette belle T Ne sont-ce plus défauts dans un objet si doux ? Ne les voyez-vous pas, ou les excusez-vous ?

ALCESTE

Non. L'amour que je sens pour cette jeune veuve

Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui trouve î

Et je suis, quelque ardeur qu'elle m'ait pu donner,

Le premier à les voir, comme à les condamner.

Mais, avecjtout cela, quoi que je puisse faire,

Je confesse mon foible; elle a l'art de me plaire :

J'ai beau voir ses défauts, et j'ai beau l'en blâmer ,

En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer;

Sa grâce est la plus forte ; et sans doute ma flamme

De ces vices du temps pourra purger son âme.

PHILINTE

Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu, Vous croyez être donc aimé d'elle ?

ALCESTE

Oui, parbleu t Je ne Taimerois pas , si je ne croyois l'être.

PBILINTB.

Mais, si son amitié pour vous se fait paraître, D'où vient que vos rivaux vous causent de l'ennui ?

ALCESTE

Cest qu^n cœur bien atteint veut qu'on soit tout à luij Et je ne viens ici qu'à dessein de lui dire Tout ce que là-dessus ma passion mMnspire.

PHILINTE

Pour moi, si je n'avois qu'à former des désirs. Sa cousine Éliante auroit tout mes soupirs; Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère, Et ce choix plus conforme étoit mieux votre affaire.

AICBSTE.

II est vrai : ma raison me le dit chaque jour ;

MOUËRE. 221

Mais la raison n'est pas ce qui règle l'acmour.

PHIUNTB.

Je crains fort pour yos feux^ et l'espoir où vous êtes Pourroit....

ScÈNB II. — ORONTE, ÀLCESTE, PHILINTE.

ORONTE, à Àleeste, J'ai su là-bas que. pour quelques emplettes, Ë.iante est sortie, et Célimène aussi; l^ais, comme Ton m'a dit que vous étiez ici, l'ai monté pour vous dire, et d'un cœur véritable, Que j'ai conçu pour vous une estime incroyable. Et que, depuis longtemps, cette estime m'a mis Bans un ardent désir d'être de vos amis. Oui, mon cœur au mérite aime à rendre justice. Et je brûle qu'un nœud d'amitié nous unisse. Je crois qu'un ami chaud, et de ma qualité, N'est pas assurément pour être rejeté.

{Pendant le discours (f Oronte, Âlcesle est réveury et semble ne pas entendre que ^est à lui qu^on parle ^ il ne sort de sa rêverie que quand Oronte lui dit : )

C'est à vous, s'il vous plair, que ce discours s'adresse.

ALCESTE

A moi, monsieur?

ORONTB.

A vous. Trouvez-vous qu'il vous blesse ?

ALGESTE.

Non pas. Mais la surprise est fort grande pour mjî. Et je n'attendois pas l'honneur que je reçoi.

ORONTE

L'estime où je vous tiens ne doit point vous surprendre. Et de tout l'univers vous la pouvez prétendre.

ALCESTE

Monsieur....

ORONTE

L'État n'a rien qui ne soit au-dessous Du mérite éclatant que l'on découvre en vous.

ALCESTE

Monsieur....

ORONTE

Oui, de ma part, je vous tiens préférable A tout ce que j*y vois de plus considérable

ALGSSTB.

Monsieur....

ORONTE

Sois-je du ciel ôcraàê si je mensi Et, pour vous confirûier ici mes seûtimens^ Souffrez qu'à cœur ouvert, monsieur, je vous embrasée Et qu'en votre amitié je vous demande place. Touchez là, s*il vous plaît. Vous me ta promettes^ Votre amitié?

ÀLCESTB.

Monsieur....

ORONTE

Quoi l vous y résistez?

ALCBSTE.

Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me voulez faire ;

Mais l'amitié demande un peu plus de mystàre,

£t c'est assurément en profaner le nom

Que de vouloir le mettre à toute occasion.

Avec lumière et choix cette union veut naître;

Avant que nous lier il faut nous mieux connaître;

Et nous pourrions avoir telles complexions,

Que tous deux du marché nous nous repentirions.

ORONTB.

Parbleu l c'est là-dessus parler en homme sage,

Et je vous en estime encore davantage.

Souffrons donc que le temps forme des nœuds si doux ,

Mais, cependant, je m'offre entièrement à vous.

S'il faut faire à la cour pour Vous auelque ouverture,

On sait qu'auprès du roi je fais quelque figure;

11 m'écoute ; et, dans tout, il en use, ma foi,

Le plus honnêtement du monde avecque moi.

Enfin, je suis à voua de toutes les manières;

Et, comme votre esprit a de grandes lumières,

Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud,

Vous montrer un sotinek que j'ai Aiit depuis peu.

Et savoir s'il est bon qu'au public je l'expose.

ÂLCESTE.

Monsieur, je suis mal propre à décider la cliose Veuillez m'en dUpenser.

OaONTBk

Pourquoi ?

ALCBSTE.

J'ai le défaut D'être un peu plus sincère es cela qu'il ne iîaut.

OROlITIi.

C'est ce que je demande, et j'aurois lieu de plainte, Si, m'exposaot à vous pour me parler sans feinte, Vdus alliez rae trahir et me déguiser rien.

ALCBSTB.

Puisqu'il Y0U8 plaît ainsi^ monsieiir, je le veux bien.

ORONTB.

Sonnet, C'est un sonnet.... Vetpoir.,.. C'est une dame, Qui de quelque espérance avoit flatté ma flamme. V espoir.... Ce ne sont point de ces grands vers pompeux. Mais de petits ver§ doux, tendres et langoureux.

▲LCESTE.

Nous verrons bien.

ORONTE

I'6«potr.... Je ne sais si le style Pourra vous en paroi tre assez net et facile, Et si du choix des mots vous vous contenterez.

ALCESTE

Nous allons voir, monsieur.

ORONTE

Au reste vous saurez Que je n*ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire.

ALCESTE

Voyons, monsieur; le temps ne fait rien à Taffaire.

ORONTE lit,

U espoir y il est vrai, nous soulage, Et nous berce un temps notre ennui; Mais, Philis, le triste avantage.

Lorsque rien ne marche après lui!

PH1L1NTE.

Je suis déjà charmé de ce petit morceau. ALCESTE, bas, à Philinte'.

Quoi? Vous avez le front de trouver cela beau?

ORONTE

Vous eûtes de la complaisance ; Mais vous en deviez moins avoir, Et ne vous pas mettre en dépense, Pour ne me donner que Vespoir.

PHILINTE

Ah I qu'en termes galants ces choses-là sont mises ,

ALCESTE, bas, à Philinte.

Morbleu 1 vil complaisant, vous louez des sottises 7

ORONTE

SHl faut qu*une attente étemelle Pousse à bout Vardeur de mon zèUf Le trépas sera mon recours.

Vos soins ne m*en peuvent distraire; Belle Philis, on désespère, Alors qu*on espère toujours.

ALCESIE.

Sans doute.

PHILINTB.

A Dorilas, qu'il est trop importun, £t qu'il n*estj à la cour, oreille qu'il ne lasso A conter sa bravoure et Téclat de sa race 7

ALCESTB.

Fort bien.

PHILINTB.

Vous vous moquez.

ALCESTB.

Je ne me moque point.

Et je vais ii'épargner personne sur ce point. Mes yeux sont trop blessés, et la cour et la ville Ne m'offrent rien qu'objets à m'échauiïer la bile ; J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond, Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font. Je ne trouve partout que lâche flatterie, Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie; Je n'y puis plus tenir, j'enrage; et mon dessein Est de rompre en visière à tout le genre humain.

PHILINTB.

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage.

Je ris des noirs accès où je vous envisage.

Et crois voir en nous deux, sous mêmes soins nourris,

Ces deux frères que peint V École des Jfai#c>,

Dont....

ALCESTB.

Mon Dieu ! laissons là ces comparaisons fades.

PBILINTE.

Non : tout de bon, quittez toutes ces incartades.

Le monde par vos soins ne se changera pas ;

Et, puisque la franchise a pour vous tant d'appas,

Je vous dirai tout franc que cette maladie,

Partout où vous allez donne la comédie ;

Et qu'un si grand courroux contre les mœurs du temps,

Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.

ALCESTB.

Tant mieux, morbleu 1 tant mieux, c'est ce que je demande Ce m'est un fort bon signe, et ma joie en est grande. Tous les hommes me sont à tel point odieux, Que je serois fâché d'être sage à leurs yeux.

1. Dans VÉeole des Maris, jouée à Paris le 24 juin 1661, Molière représente deux vieillards d'humeur opposée, l'un sévère, l'autre indulgent.

MOUÈRÊ. â2*

PHILINTE

Vous voulez un grand mal à la nature humaine.

ALGESTE.

Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine.

PHILINTE

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception,

Seront enveloppés dans cette aversion?

Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes....

ALGESTE.

Non, elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, £t les autres, pour être aux méchants complaisants, Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette complaisance on voit Pinjuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès. Au travers de son masque on voit à plein le traître; Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ; Et ses roulements d'yeux, et son ton radouci, M'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici. On sait que ce pied plat, digne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde. Et que par eux, son sort, de splendeur revêtu, Fait gronder le mérite et rougir la vertu ; Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne , Son misérable honneur ne voit pour lui personne: Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit, Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.. Cependant sa grimace est partout bien venue ; On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ; Et, s'il est, par la brigue, un rang à disputer, Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter* Têtebleu! ce me sont de mortelles blessures. De voir qu'avec le vice on garde des mesures ; Et parfois il me prend des mouvements soudains De fuir dans un désert l'approche des humains.

PHIUNTE.

Mon Dieu! des mœurs du temps mettons-nous moins en peine

£t faisons un peu grâce à la nature humaine ;

Ne l'examinons point dans la grande rigueur.

Et voyons ses défauts avec quelque douceur.

Il faut, parmi le monde, une vertu traitable;

A force de sagesse on peut être blâmable ;

La parfaite raison fuit toute extrémité,

Et veut que l'on soit sage avec sobriété.

Cette grande roideur des vertus des vieux âges

$26 ÛIX-SEPTIÊME SIÈCLE.

Heurte trop notre siècle et les communs usages^ Elle veut aux mortels trop de perfection : Il faut fléchir au temps sans obstination; Et c'est une folie à nulle autre seconde, De vouloir se mêler de corriger le monde. J'observe , comme vous, cent choses tous les jours. Qui pourroient mieux aller, prenant un autre cours ; Mais, quoi qu'à chaque pas je puisse voir paraître, En courroux, comme vous, on ne me voit point être; Je prends tout doucement les hommes comme ils sont ; J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font. Et je crois qu'à la cour , de même qu'à la ville, Mon flegme est philosophe autant que votre bile.

ALCESTE

Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien, Ce flegme pourra-t-il ne s'échauffer de rien T Et s'il faut, par hasard, qu'un ami vous trahisse. Que, pour avoir vos biens, on dresse un artifice. Ou qu'on tâche à semer des méchants bruits de vous. Yerrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux?

PHILUfTE.

Oui, je vois ces défauts dont votre ftme murmure.

Gomme vices unis à l'humaine nature;

Et mon esprit enfin n'est pas plus offensé

De voir un homme fourbe, injuste, intéressé.

Que de voir des vautours affamés de carnage.

Des singes malfaisants, et des loups pleins de rage.

ALCESTB.

Je me verrai trahir, mettre en pièces, voler,

Sans que je sois.... Morbleu I je ne veux point parieri

Tant ce raisonnement est plein d'impertinence I

PBILINTE.

Ma foi, vous ferez bien de garder le silence. Contre votre partie éclatez un peu moins, Et donnez au procès une part de vos soins.

ALCBSTE.

Je n'en donnerai point, c'est une chose dite.

PHUINTE.

Mais qui voulez- vous donc qui pour vous sollicite

ALCESTE

Qui je veux? La ndson, mon bon droit, l'équitA.

PHlUlfTB.

Aucun juge par vous ne sera visité?

ALCB8TE.

Non. Est-ce que ma cause est ii^iftte ou douteoMÎ

J'en demeure d'acconl; inaiis 1« brigue e«( fUcH^UHe Et...»

AI^CESTB,

Non. J'ai résolu de n'en pas faire U9 pas* J'ai tort, ou j'ai rmsoOi

Ne TOUS y fie^ pas,

Je ne remuerai point.

Votre partie est forte, Et peut, par sa cabalt, entrataerMf

▲LGEsra.

Il D'importé.

PBILRfTK.

Vous vous trompereip.

AUIBSTE.

8oit> J'en veux voir le succèf.

PBILINTI.

Mais....

AtClSTE*

J'aurai le plaistr de perdre mon prooiik

PHIUNTB.

Mais enfin....

AICBSTB.

Je verrai dans cette plaiderie, Si les hommes auront assez d'effronterie, Seront assez méchants, scélérate et perversi Pour me faire injustice aux yeux de l'univers.'

PHILINTE

Quel homme I

Je Youdrois, m'en eoutàt*il gntnd*chose, Pour la beauté du fait, avoir perdu ma eaui#.

PHILIUTE.

On se riroit de vous, Aloeste, tout d^ booi Si l'on vous entendoit parler de la lifon,

▲LGBSTE.

Tant pis pour qui riroit.

PSIUNTB.

Mais cette reetîtode Que vous voulez en tout avec exac^itud^f Cette pleine droiture où vous veus reaferm92« La trouvez-Yous ici dans et que vous aimez ? Je m'étonne, pour moi, qu'étant, comme \l le semb^e^

NVt-il point quelque ami qui pût^ sur ses manières^ D'un charitable avis lui prêter les lumières?

CÉLIMÈNE

Dans le monde , à Trai dire^ il se barbouille fort ; Partout il porte un air qui saute aux yeux d'abord, Et, lorsqu'on le revoit après un peu d'absence, On le retrouve encor plus plein d'extravagance.

ACASTE

Parbleu! s'il faut parler des gens extravagants, 3e viens d'en essuyer un des plus fatigants; Damon le raisonneur, qui m'a, ne vous déplaise, Une heure, au grand soleil, tenu hors de ma chaise.

CÉLIMÈNE

C'est un parleur étrange, et qui trouve toujours L'art de ne vous rien dire avec de grands discours. Dans les propos qu'il tient on ne voit jamais goutte. Et ce n'est que du bruit, que tout ce qu'on écoute.

ÉUANTE, à Philinte.

Ce début n'est pas mal ; et, contre le prochain, La conversation prend un assez bon train.

CUTANDRE.

Timante encor, madame, est un bon caractère.

CÉLIMÈNE

C'est, de la tête aux pieds, un homme tout mystère. Qui vous jette en passant un coup d'œil égaré, Et, sans aucune alTaire, est toujours affairé. Tout ce qu'il vous débite en grimaces abonde ; Â force de façons, il assomme le monde ; Sans cesse il a, tout bas, pour rompre l'entretien. Un secret à vous dire, et ce secret n'est rien; De la moindre vétille il fait une merveille, Et, jusques au bonjour, il dit tout à l'oreille.

ACASTE

Et Géralde, madame 7

CÉLIMÈNE

0 l'ennuyeux conteur!

Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur. Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse , Et ne cite jamais que duc, prince, ou princesse. La qualité l'entête; et tous ses entretiens Ne sont que de chevaux, d'équipage et de chiens : . Il tutaye, en parlant, ceux du plus haut étage. Et le nom de monsieur est chez lui hors d'usage.

CLITANDRB.

On dit qu'avec Bélise il est du dernier bien.

MOLIÈRE. à37

CÉLIMËNE.

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien!

Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre,

Il faut suer sans cesse à chercher que lui dire,

Et la stérilité de son expression

Fait mourir à tous coups la conversation.

En vain, pour attaquer son stupide silence,

De tous les lieux communs vous prenez l'assistance;

Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud,

Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt.

Cependant sa visite, assez insupportable,

Traîne en une longueur encore épouvantable;

Et Ton demande l'heure, et Ton bâille vingt fois.

Qu'elle grouille * aussi peu qu'une pièce de bois.

ÀCASTB.

Que fous semble d'Adraste?

CéLIMÉNE.

Âh 1 quel orgueil extrême !

C'est un homme gonflé de l'amour de soi-même Son mérite jamais n'est content de la cour, Contre elle il fait métier de pester chaque jour ; Et l'on ne donne emploi, charge, ni bénéfice. Qu'à tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.

CLITÀNDRE.

Mais le jeune Gléon, chez qui vont aujourd'hui Nos plus honnêtes gens^ que dites-vous de lui?

GÉUMÈNE.

Que de son cuisinier il s'est fait un mérite. Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite.

ÉLIANTB.

Il prend soin d'y servir des mets forts délicats.

CÉLIMÈNE

Oui; mais je voudrois bien qu'il ne s'y servit pas; C'est un fort méchant plat, que sa sotte personne. Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne*

PHILINTE

On fait assez de cas de son oncle Damis; Qu'en dites-vous, madame?

CÂLIMÈNE.

Il est de mes amis.

PHILINTE

Je le trouve honnête homme, et d'un air assez sage. t. Qu'elle remue.

CéUMÈNE.

Oui; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage. Il est guindé sans cesse; et, dans tous ses propos. On voit qu'il se travaille à dire de bons mots. Depuis que dans la tète il s'est mis d'être habile, Rien ne touche son goût, tant il est difficile. n veut voir des défauts à tout ce qu'on écrite Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit, Que c'est être savant que trouver à redire, Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire, Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps, Il se met au-dessus de tous les autres gens. AUX conversations même il trouve à reprendre; Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre ; Et, les deux bras croisés, du haut oe son esprit, n regarde en pitié tout ce que chacun dit

ÀCASTE.

Dieu me damne, voilà son portrait véritable.

CUTÀNDRE, à Célimine, Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.

ÂLCESTE.

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour, Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour : Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre, Qu'on ne vous voie, en hftte, aller à sa rencontre, Lui présenter la main, et, d'un beJser flatteur Appuyer les serments d'être son serviteur.

CUTANDRE.

Pourquoi s'en prendre à nous? Si cê qu'on dit vous blesse, 11 faut que le reproehe à madame s'adresse.

ALCESTE

Non, morbleu! c'est à vous; et vos ris complaisants

Tirent de son esprit tous ces traits médisants.

Son humeur satirique est sans cesse nourrie

Par le coupable encens de votre flatterie;

Et son cœur à railler trouveroit moins d'appas.

S'il avoit observé qu'on ne l'applaudit pas.

C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre

Des vices où l'on voit les humains m r^aodre.

PHILINTE

Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand, Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend?

CÂLIMÈNB.

Et ne faut-il pas bien que monsieur contredise? A la commune voix veut-on qu'il se réduise, £t qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux

MOLIËRfi, 239

L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux?

Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaira :

11 prend toujours en main Topinion contraire ^

II penseroit parottre un homme du commun,

Si l'on voyoit qu'il fût de l'avis de quelqu'un.

L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes,

Qu'il prend contre lui-môme assez sil^îvent les armes» ^ - **»-

Et ses vrais sentiments sont combattus par lui.

Aussitôt qu'il les voit dans la bouche d'autrui.

ALGESTE,

Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire; Et vous pouvez pousser contre moi la satire.

pmuNTB.

Mais il est véritable aussi que votre esprit Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit; Et que, par un chagrm que lui-môme il avoue, Il ne sauroit souffrir qu'on blâme ni qu'on loue.

ALGESTE.

C'est que jamais, morbleu 1 les hommes n'ont raison^ Que le chagrin contre eux est toujours de saison, Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

GÉUMÈI^.

Mais....

ALCESTE

Non, madame, non, quand j'en devrois mourir, Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir ; Et l'on a tort ici de nourrir dans votre âme Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâmt«

CUTANDRE.

Pour moi, je ne sais pas ; mais j'avouerai tout haut Que j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut.

ACASTE

De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue; Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.

ALCESTE

Ils frappent tous la mienne, et, loin de m'en cacher.

Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher.

Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le ila-tte :

A ne rien pardonner le pur amour éclate;

Et je bannirois, moi, tous ces lâches amants

Que je verrois soumis à tous mes sentiments,

Et dont, à tout propos, les molles complaisances

Donneroient de l'encens à mes extravagances»

CAUMÊIfB.

Enfin, sHl faut qu'à vous s'en rapportent les cœurs.

CéUMÈNE.

Oui; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage. Il est guindé sans cesse; et, dans tous ses propos, On voit qu'il se travaille à dire de bons mots. Depuis que dans la tète il s'est mis d'être habile, Rien ne touche son goût, tant il est difficile. n veut voir des défauts à tout ee qu'on écrit. Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit, Que c'est être savant que trouver à redire, Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire. Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps, Il se met au-dessus de tous les autres gens. Aux conversations même il trouve à reprendre; Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre; Et, les deux bras croisés, du haut de son esprit, Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.

ACASTE

Dieu me damne, voilà son portrait véritable.

CUTANDRE, à CéUmine.

Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.

ALCESTE

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour, Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour : Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre, Qu'on ne vous voie, en hftte, aller à sa rencontre, Lui présenter la main, et, d'un baiser flatteur Appuyer les serments d'être son serviteur.

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