‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 125 sur 347 · Acte I. Scène III. — HARPAGON, LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

Acte I. Scène III. — HARPAGON, LA FLÈCHE

HARPAGON. — Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas. Allons, que Ton détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence.

LA FLÈCHE , à part. — Je n'ai jamais rien vu de si méchant Que ce maudit vieillard ; et je pense, sauf correction, qu'il a U diable au. corps.

HARPAGON. — Tu murmurcs entre tes dents?

LA FLÈCHE. — Pourquoi me chassez-vous ?

HARPAGON. — C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisons I Sors vite que je ne t'assomme.

LA FLÈCHE. — Qu'ost-ce quc je vous ai fait ?

HARPAGON. — Tu m'as fait que je veux que tu sortes.

LA FLÈCHE. — Mou maître , votre fils , m'a donné ordre de l'attendre.

HARPAGON. — ya-t*en l'attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison, planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se passe et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître dont les yeux maudits assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, et furettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler.

LA FLÈCHE. — Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous

1. On peut comparer la scène I du 1" acte de VÀululariaée Plante. Euclion . l'avare de la comédie latine, est, comme HarpTigon^ en continuelle défiance de son entourage. Il querelle et chasse sa servante Staphyla sous le prétexte qu'elle l'espionne, qu'eWc prend garde i tout ce qu*il fait y qu'elle promène dans toute la maison ses yeux f«* retours : Circumspectatri» cùm oculis emissitiù.

MOLIÈHË. 247

Yoler ? Étes-Yous un homme volable , quand ¥oui i*enfeMâéÉ tomes choses, et faites sentinelle jour et nuit ?

HARPAGON. — Je veux renfermer ce que bon mè semble, et ftkire sentinelle comme il me plaît. Ne Toilà pas de mes mouehards, qui prennent garde à ce qU*on fait? (Bas, à pari.l Je tremble qu'il n'ait soupçonné quelc^Ue chose dé mon argent. {Haut, ) Ne serois^u point homme à faire courir le bruit que j'ai cbe2 moi de Pàrgent caché?

LA FLÈCHE. — VOus avefe de l'argent caché T

HARPAGON. — Non, coquin, je ne dis pas cela. (Bas,) J'enrage. {Haut.) Je demande si, malieieusement, tu n'irois point fairO eourir le bruit que j'en al.

LA FLÈCHE. — Hé ! quo nous importe que vous en ayez ou que tous n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose ?

HARPAGON, levant la main pour donner un soufflet à La Flèche. — Tu fais le raisonneur ! Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles. Sors d'ici, encore une fois.

LA FLÈCHE. — Hô Woo ! je sors.

HARPAGON. — Attends : ne m'emportes-tu riôft ?

LA FLÈCHE. — Quo VOUS emporterois-jô ?

HARPAGON. — Tiens , viens çà que je voie. Montte-moi tes mains.

LA FLÈCHE. -^ LeS VOilk.

HARPAGON. — Les autros.

LA FLÈCHE. — Los autros?

HARPAGON. — Oui.

LA FLÈCHE. — LOS VOÎlà.

HARPAGON, montranê Us hauis-ie'eha'usssê é$ la flèche, — N*as-tu rien mis ici dedans ?

LA FLÈCHE. — Voyoz vous-môme.

HARPAGON, tâtant le bas des chausses de Là Flèche. — Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'on dérobe ; et je voudrois qu'on en eût fait pendre quel^u^uu;

LA FLÈCHE, à part, — Ahl qu'un homme comme cela mériteroit bien ce qu'il craint ! et que j'aurois de joie à le voler!

HARPAGON. — Euh?

LA FLÈCHE. — Quoi T

HARPAGON. — Qu'est-ce que tu parles de voler?

LA FLÈCHE. — Je VOUS dis que vous fouilliez bien partout, pour voir

je vous ai volé.

HARPAGON. — C'est co quo je veux faire.

{Harpagon fouille dans les poches de La Flèche, \ LA FLÈCHE , à part. — La peste soit de l'avarice et des avarioeuxt HARPAGON. — Comment? Que dis-tu?

LA FLÈCHE. — Co quo jc dis ?

HARPAGON. — Oui. Qu'ost-ce que tu dis d'avaric« et d'avaricieuxî LA FLÈCHE. — Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricleui.

248 DlX-SEFl^lÈME SIÈGLB.

HABPAGOii. — De qui Teuz-ta parier?

LA FLÈCHE. — Des avaricieux.

HABPiGOH. — Et qui sont-ils, ces a?aricieaxT

LA FLÊCHK. — Des Yilaiiis et des ladres.

EAP.PAG05. — Mais qui est-ce que tu entends par là?

LA PLÈCHB. — De quoi tous mettez-Tous en peine ?

HABPAGON. — Je me mets en peine de ce qu'il làuL

LA FLÈCHE. — Est-co quo VOUS crojez que je yeux parler de vous T

HARPAGON. — Je crois ce que je crois; mais je veux que tu me dises à qui tu paries, quand tu dis cela.

LA FLÈCHE. — Je parle.... Je parle à mon bonnet.

HARPAG05. — Et moi, je pourrois bien parler à ta barrette ■.

LA FLÈCHE. — M'ompècherez-Tous de maudire les avaricieuxT

HARPAGOSf. — Non : mais je t'empêcherai de jaser et d'être insdaDt. Tais-toi.

LA FLÈCHE. — Jo HO nommo personne.

HARPAGON. ' Je te rosserai si tu parles.

LA FLÈCHE — Qul so sont mor? oux, qu'il te moocbe.

HARPAGON. — Te tairas-tu T

LA FLÈCHE. — Oui, malgré moL

HARPAGON. — Ah I ah I

LA FLÈCHE, montrant à Harpagon une poche de «onjtislaiceorpa.— Tenez, voilà encore une poche : êtes-vous satisfait?

HARPAGON. — Allons, reuds-le-moi sans te fouiller.

LA FLÈCHE. — Quoi?

HARPAGON. •*- Ce que ta m'as pris.

LA FLÈCHE. — Je ne vous ai rien pris du toat

HARPAGON. — Assurément?

LA FLÈCHE. — Assurément.

HARPAGON. ^ Adieu. Ya-fen à tous les diables 1

LA FLÈCHE, à part» — Me voilà fort bien congédié.

HARPAGON. — Je te le mets sur ta conscience , au moins.

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