‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 126 sur 347 · SCÈNE Vn. — VALÈRE, HARPAGON, ÉUSK · texte numérisé non relu

SCÈNE Vn. — VALÈRE, HARPAGON, ÉUSK

HARPAGON. — Ici , Yalèro. Noos t'avons élu pour nous dire qai a raison de ma fille ou de moi.

VALÈRE. — Cest vous mousicur, sans contredit.

HARPAGON. — Sais-tu bien de quoi nous parlons?

VALÈRE. — Non. Mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison.

HARPAGON. ^ Je veux , ce soir , lui donner pour époux un homme

1. La barrette était un ornement du bonnet ; parler à la barrette, •e disait poverbialement pour frapper à la tête.

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aussi riche que sage; et la coquine me dit au nez qu'elle se moque de le prendre. Que dis-tu de cela?

VALÈRE. — Ce que j*en dis?

HARPAGON — Oui.

VALÊRE. — Hé! hél HARPAGON. — Quoi?

VALÈRE. — Je dis que, dans le fond, je suis de TOtre sentiment, ei vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison ^ Mais aussi n'a-t-elle pas tcrt tout à fait, et....

HARPAGON. — Comment? Le seigneur Anselme est un parti considérable; c'est un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage et fort accommodé ^, et auquel il ne reste aucun enfant de son premier mariage. Sauroit-elle mieux rencontrer?

VALÈRE. — Cela est vrai. Mais elle pourroît vous dire que c*est un peu précipiter les choses , et qu'il faudroit au moins quelque temps pour voir si son inclination pourroit s'accommoder avec...

HARPAGON. — C'est uuo occasiou qu'il faut prendre aux cheveux. Je trouve ici un avantage qu^ailleurs je ne trouverois pas ; et il s'engage à la prendre sans dot.

VALÈRE. — Sans dot?

HARPAGON. — Oui.

VALÈRE. — Ahl je ne dis plus rien. Voyez-vous? voilà une raison tout à fait convaincante ; il se faut rendre à cela.

HARPAGON. — C'est pour moi une épargne considérable.

VALÈRE. — Assurément ; cela ne reçoit point de contradiction. Il est vrai que votre fille vous peut représenter que le mariage est une plus grande affaire qu'on ne peut croire ; qu'il y va d'être heureux ou malheureux toute sa vie; et qu'im engagement qui doit durer jusqu'à la mort, ne se doit jamais faire qu'avec de grandes précautions.

HARPAGON. — Sans dotl

VALÈRE. — Vous avez raison : voilà qui décide tout ; cela s'entend. 11 y a des gens qui pourroient vous dire qu'en de telles occasionS| rinclinaiion d'une fille est une chose, sans doute, où l'on doit avoir de regard ; et que cette grande inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments, rend un mariage sujet à des accidents très-fâcheux.

HARPAGON. — Sans dot !

VALÈRE. — Ah ! il n'y a pas de réplique à cela ; on le sait bien. Oui diantre peut aller là contre? Ce n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeroient mieux ménager la satisfaction de leurs filles, que 1 argent qu'ils pourroient donner; qui ne les voudroient point sacrifier à rintérêt, et chercheroient, plus que toute autre chose, à mettre • !ans un mariage cette douce conformité qui, sans cesse, y maintient n onneur, la tranquillité et la joie; et que....

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