‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 13 sur 347 · ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Ayant la formation de la langue française, on a parlé suc^ cessivement trois langues dans le pays qui est aujourd'hui la France : 1^ le celtique ou gaulois, avant la conquête romaine : il était divisé en plusieurs dialectes; la langue des Bas>Bretons en est un reste précieux; 2® le latin, apporté par les conquérants et parlé dans toute la Gaule même après rinvasion germanique; 3^ enfin le tudesque ou allemand, la langue des vainqueurs barbares, qu'eux-mêmes ils oublièrent peu à peu pour adopter Tidiome des vaincus.

Le latin même ne resta point en Gaule dans sa pureté classique. À un peuple nouveau, il fallait une langue nouvelle. Ce savant et industrieux langage, produit et instru-

ment d'une cifilisation raffinée jusqu'à la corruption, ne pouvait survivre à la société qui l'avait créé. Elle-même avait eu peine à le préserver de toute atteinte ; c'était comme une machine immense, compliquée, pleine de détails délicats et fragiles, qui donnait de merveilleux résultats sous une impulsion habile, âiais qui ne pouvait supporter sans se rompre l'effort dWe malû iûexpéfimeiitée. Parlé dans tout l'Occident, imposé à l'Orient comme moyen de communication officielle, cette diffusion même devait nuire à sa pureté. La langue romaine, comme l'empire, était malade de sa grandeur*.

Si les provinciaux sujets de Rome avaient déjà altéré le latin par l'usage, les harbareê le brisèrent par impuissance et par caprice. Qu'avaient-ils à faire de toutes ces combinaisons Subtiles de tetnps> de modeis, dé tàâ obliques et diversement déclinés, qui fatiguaient leur mémoire sans servir leurs besoins? Le latin dut subir un rétrécissement considérable et une entrôme simplification « Les barbares accomplirent brusquement ce que le temps produit à la longue sur tous les idiomes; ikl firent pâfiMr la langue latine du caractère synthétique aux allures plus dégagées, mais aussi plus pauvres de l'analyse. Il y eut une analogie singulière entre la révolution du langage et celle du gouvernement. Là comme ici tout dd^nt fcimple> nàatéHel, pdfcitif, mais étroit, exigu, barbare. Les hommes avaient peu d'idées et des idées fort courtes; les relations sociales étaient rares et restreintes; l'horizon de la pensée et celui de là vie étaient extrêmemetit bornés. Â de telles conditions, une grande société et un riche lâiigàge étaient égaletnelit impossibles. De petiteâ {Sociétés, des gouveruemetits locaux, des langues peu abondantes, des patois populaires, en un mot des gouverne"^ ments et des idiomes taillés eîi quelque siorte à la mesure des idées et des relatioiis humaines, cela iseiil était possible, cela seul put parvenir à vivre. Quand ces petites sociétés eurent revêtu une forme un peu régulière, et déterminé tant

i. iVt jatn màgnitudim làboret sua, » Tite Livô, 1. 1, préface.

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bien que mal les relations hiérarchiques qui les unissaient^ ce résultat de la conquête et de la civilisation i>enaissante pni le nom de régime féodal. Quand les débfis dé la grande langue romaine eurent acquis, grâce à l'analogiei une certaine régularité; quand, par des procédés nouveaux, on eut trouvé le moyen de suppléer au mécanisme savant des déclinaisons et des conjugaisons antiques, Ce résultat de la barbarie des temps et des tendances analytiques naturelles à l'esprit humain forma les idiomes populaires con^ nus sous le nom de langues néolatines.

Ainsi, les deux langages parlés en Gaule sous les deux premières racés disparurent du sol français : le peuple sa fit lui-même sa langue « dérivée surtout de celle des Romainsi elle reçut le nom de langue romane i

 quelle époque en commença Tusage? C'est ce qu'il est difficile de déteminèi^ avec précision. Les langues ne viennent pas ati monde à un jour donné ; elles ne naîô&ent point, elles se transforment. Les érudits ont prétendu constater l'existence du roman dès le temps de Charles Martel ; fis en dût même signalé quelques formes k une époque bien plus reculée. Lé premier monument écrit et authentique qui nous en reste, t^ sont les fameux serments que prêtèrent Louis le Oerm&nique à son frère Charles le Chauve, et les soldats de Charles II Louis lé Germanique, au mois de mars de l'an-» née 842. Nous en transcrivons ici lé texte d'après l'historien Nithard, en y joignant une traduction française.

8EBMENT DB LOTHlB I^ âfiRMAKIQUE.

Pro Deo amur, et pfD Christian poplo, et nostto commun saîvàment, dîst di en ataiit, in quant Deus savir et potir mé dunat, si salvara jeo cist meon fratre Karlo, et in ad)udha et in cadhuna cosa, si eoiù dm par dreit son fradra salvar dist, in o quid il mi altresi faeet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit.

Traduction.

Pour i*àmour dé Dieu, 6t pour le Couple éhiréUeii et iiotté botninun salut, de ce jour en avant, autant que Dieu m*e&i donné le savoir êl lé pouvoir, je sauvefai inofi frère (îhafléâ, ici présent, et lui deffti en aidé

4 MOYEN Age.

en chaque chose (ainsi qu'un homme, selon la justice , doit sauver son frère) , en tout ce qu'il ferait de la même manière pour mt)i, et je ne ferai avec Lothaire aucun accord qui, par ma volonté, porterait préjudice à mon frère Charles ici présent.

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