Scène VII. — PHILAMINTE , CHRYSALE , BÊLISE
CHRTSALE.
Vous êtes satisfaite, et la voilà partie ; Mais je n'approuve point une telle sortie : C'est une fille propre aux choses qu'elle fait, Et vous me la chassez pour un maigi'e sujet.
PHILAMINTE
Vous voulez que toujours je l'aie à mon service,
Pour mettre incessamment mon oreille au supplice,
Pour rompre toute loi d'usage et de raison
Par un harhare amas de vices d'oraison,
De mots estropié <, cousus, par intervalles,
De proverbes traînés dans les ruisseaux des halles?
BÉLISE
Il est* vrai que l'on sue à souffrir ses discours; Elle y met Vaugelas en pièces tous les jours : Et les moindres défauts de ce grossier génie >, Sont ou le pléonasme, ou la cacophonie.
CHRTSALE.
Qu'importe qu'elle manque aux lois de Vaugelas,
Pourvu qu'à la cuisine elle ne manque pas?
l'aime bien mieux, pour moi, qu'en épluchant ses herbes,
Elle accommode mal les noms avec les verbes
Et redise cent fois un bas et méchant mot.
Que de brûler ma viande ou saler trop mon pot.
Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.
Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage;
Et Malherbe et Balzac^, si savants en beaux mots.
En cuisine, peut-être, auroient été des sots.
PHILAMINTE
Quo ce discours grossier terriblement assomme! Et quelle indignité, pour ce qui s'appelle homme. D'être baissé sans cesse aux soins matériels,
\. Génie se prenait au dix-septième siècle dans le sens général û* intelligence, Boileau a dit : dans son génie étroit, (Art poétique^ I.)
2. Balzac, né à Angoulôme en 1596, un des beaux esprits qui illustrèrent les ruelles, a II donna, dit Voltaire, du nombre et de i'harmo* nie à la prose. » Ce fut son plus grand^ presque son seul mérite. Son éloquence est généralement creuse et vide. 11 pense peu, et écrit pour le plaisir d'écrire , c'est-à-dire d'arrondir des périodes , d'équilibrer des antithèses, et de couronner par un trait brillant une phrase habilement cadencée. Il est le Malherbe de la prose.
B74 DIX-SBPTIÈMB SIÈCLE.
Au lieu de se hausser vers les spirituels I Le corpS; cette guenille, est-il d'une importance, D*un prix à mériter seulement qu'on y pense? Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin?
CHRYSÀLE.
Oui, mon corps est moi-même, et j'en veux prendre soin; Guenille, si Ton veut; ma guenille m'est chère.
RELISE
Le corps avec l'esprit fait figure, mqn frère; Mais, si vous en croyez tout le monde savant, L'esprit doit sur le corps preudre le pas devant; Et notre plus grand soin, notre première ini^tance, Doit être à le nourrir du suc de la science.
CHRYSALE
Ma foi, si vous songez ^ nourrir votre esprit, C'est de viande bien creuse, à ce que chacun dit ( Et vous n'avez nul sqIq, nulle solUcitudej Pour....
PBILÀICINTE.
Âhl sollicUud$ è inon oreille est rudes n put* étrangement son imciennetô.
BÉLISE
Il est vrai que le mot est bien collet monté'.
« CHRYSÀLB.
Voulez-vous que je dise? il faut qu'enfin j'éclate,
Que je lève le masque, et décharge ma rate.
De folles on vous traite, et j -ai fort sur le oœur«.,«
PHILAM}NTB.
GommenI donc? .
CHRTSAUt, à Bélw, C'est à vous que je parle, ma soBiif« Le moindre solécisme ei^ parls^nt vous irrite ; Mais vous en (ailes, vous, 4'étranges eQ conduite. Vos livres éternels ne me qoutentent pas : Et, hors up grû9 Plutarqi^e è meltp^ mes r^^bats. Vous devriez hrûler tout ce meuble inutile, Et laisser la science j^u^ (}pcteurs de la ville ; M'ôter, pour faire bien, du grenier de Céans, Cette longue lunette à faire peur aux gens. Et cent brimborions dont l'aspect importune^
1. C'est au milieu du dii-liuitième siècle oue la forme pti^r supplanta complétemeat l'ancienne forme putr (/• pus. tti mit, Upnf,) {WôiT Qémn, L$9ique de Molière.) ^
2. Cest-à-dire : bien antique et bien démodé ^ oomme hm haui» collets et les fraises du temns d'Henri lY.
MOLIÊRB. 2*5
Ne point aller chercher ce qu'on ^it dans là Ii^né^
£t vous mêler un peu de ce qu'on fait chez youSj
Où nous voyons aller tout sens dessuâ dessous.
Il n'est pas bien honnête, et polir })eaucoup de çai^sfss,
Qu'une femme étudie et sache tant de choses.
Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfans^
Faire aller son ménage, avoir V(B\\ sut àes |6ns,
Et régler la dépense avec économie,
Doit être son étude et si philosophie.
Nos pères, sur ce point , etoient gens bien ëeQSés,
Qui disoient qu'une femme en sait tôujoui^ kssez^
Quand la capacité de son esprit se hausse
A oonnottre ua pourpoint d'avec lin haut de chausse.
Les leurs ne lisoient point, mais elles vivoient bien :
Leurs ménages étoient tout leur ^octe entretien;
Et leurs livres, un dé, du fil et àe^ ^igulU^s,
Dont elles travaiUoient au troussQâ\i de jeur^ ilU^s.
Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs;
Elles veulent écrire et devenir auteurs.
Nulle science n'est pour elles trop profonde.
Et céans, beaucoup plus qu^'^n auc\ui lieu du monde :
Les secrets les plus haut^ s'y laisseiit concevoir^
Et l'on sait tout chez moi. hors ce qu'il faut s^yo|r.
On y sait comment vont lune, étoile polaire,
Vénus, Saturne et Mars^ dont je n'ai point afiair^
Et, dans ce vain ëàvoir^ qu'oH va chercher si loixk,
On ne sait comme va mon pot^ dont j'ai hespin.
Mes gens à la' science aspirent ppiir vous plèdré,
Et tous ne font rien moins qiie éiê qu'ils 0]it à f%ir§*
Raisonner est l'emploi de toute ma maison,
Et le raisonnement en bannit la raison.
L'un me bi-ûle mon rôt, en lisant quelque histoire;
L'autre rêve à des vers, quand je demap^de à. l)Qire :
Enfin» je vois par eux vot^e exemple suivi,
Et j'ai des serviteurs, et ne suis point servi.
Une pauvre servante au moins m'ôtoit restée,
Qui de ce mauvais air n'étoit point infectée,
Et voilà qu'on la chasse ^veç un gr&nçl fr^(i|L9,
A cause qu'elle manque à parler vaugeiaa.
Je vous le dis, ma sœur, tout ee train-là me blesBéi
Car c'est comme j'ai dit, à voua que je ^l'adresse.
Je n'aime point çéfins tous vos gens à latin,
Et princips^^çD^eQt P9 inoq^^eur Trissotin; * C'est lui q|i|^ 4^ 4es yers, vous i ^mpanisées i ;