‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 152 sur 347 · LÉPINE · texte numérisé non relu

LÉPINE

Je m'en suis aperçu, madame, étant par terre.

-nS DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

piiiLAMmTB f à Lépinê, qui sort.

Le lourdau4t

TRISSOTIN

^ien lui prend de n'être pas de Verrai

ABMANDE.

Ah! de l'esprit partout t

Bmsfi.

Cela ne tarit pas.

{îls s^ûsseyent),

PHItÀMinTE.

Servez-nous promptement votre aimable repaâ.

TRISSOTIN

Pour dette graiide faiM qu'à mes yeui on dtpose,

Un plat seul de huit vers me semble peu de chose ;

Et je pense qu'ici je ne ferai pas mal

De joirldre h répigraihme, ou bien au madrigal,

Le ragoût d*utl sonnet qlii, chez une princesse

 passé pour avoir quelque délicatesse.

Il est de sel attique asàaisonhé partout,

Et vous le trouverez, je crois, d'assez bon goût.

ARMANDB.

Ah I je n^en doute point.

pniLAHINTE.

Donnons vite audience.

BÉLisE, interrompaifU Tristotin chaque fois quHl te dispose à Ure, Je sens d'aise mon cœur tresrailUr par avance. J'aime la poésie avec entêtement.

Et surtout quand les vers sont tournés galamment.

PHILAMINTB.

Si nous parlons toujours, il ne pourra rien dire.

TRISSOTIN

So,.„

BÉLiSË , à Nennette, Silehcë, iââ nièce.

ARUANDE.

Ah I laissez-le donc lift.

TRISBOTin.

Sonnet à la pfincesse Vrunie, sur fa IUvr$\

Votre prudence est endormie^ De traiter magnihquementj Et de loger superoevMnt Votre plus cruelle ennemie.

1. Le sonnet que lYissotin va lire se trouve dans les Ouvres galantes en prose et en vers de Jf. Cottn, où il porte ce titre ! Sonnet à mademoiselle de LonguevilUf à présent duchesse de Nemours, sur sa fièvre quarte.

MOLlÈtUS; ilt

Ah : le joli début !

iRHAll&lfi.

Qu'il a le tour galant 1

I^HlLAflfiNte.

Lui seul des vers aisés possède le talent.

ABMANDE.

A prudence endormie, il faut rendre les armes.

BÉLISB.

Loger son. ennemie, est pour liioi plein de charmes.

J'aime superbement et ihopm/lgttcmenf; Ces deux adverbes joints font admirablement!

BËLISB»

Prêtons Toreille au teste.

TRlSSOTIlTi

Votre prudence est endormie^ De traiter magnifiquementf Et de loger superbement Votre plus cruelle ennemie.

ARMANOB.

Prudence endormie I

BÉLISB.

Loger son ennemie!

PHHJkMUfTB.

Superbement et magnifiquement!

TRISSOTIN

Faites-la sortir, quoi qu*on die^ De votre riche appartement, Où cette ingrate insolemment Attaque votre belle vie.

BâLISB.

Ah 1 tout doux I laissez-moi, de grftcei respireft

ÀRMANDB.

Donnez-nous, s'il vous plaît, le loisir d'admirer.

PHILAIUNTB.

On se sent, à ces vers, jusques au fond de FÀme, Couler je ne sais quoi qui fait que Tpn se pâme.

AaMAHIIBi

Faites-la sortir, quoi qWon die,

De votre riche appartement.

Que riche appartement est là joliment dit I Et que la métaphore est mise avec esprit I

PHILAMINTE

Faitee-lg, sortir, quoi qa^on die.

Ah l que ce q^oi qn^on ii$ est d'un goût admirablet

VÂDins.

Vos odes ont un air noble, galant et doux, Qui laisse de bien loin votre Horace après vous.

TRISSOTIN

Est-il rien d'amoureux comme vos chansonnettes?

VADins.

Peut-on rien voir d'égal aux sonnets que vous faites?

TRISSOTIN

Rien qui soit plus charmant que vos petits rondeaux?

VADIUS

Rien de si plein d'esprit que tous vos madrigaux?

TRISSOTIN

Aux ballades surtout vous êtes admirable.

VADIUS

Et dans les bouts-rimés je vous trouve adorable.

TRISSOTIN

Si la France pouvoit connoltre votre prix^

VADIUS

Si le siècle rendoit justice aux beaux esprits,

TRISSOTIN

En carrosse doré vous iriez par les rues.

VADIUS

On verroit le public vous dresser des statues.

(A Trissotin.) Hom! C'est une ballade, et je veux que tout net Vous m'en....

TRISSOTIN, à Vadius Avez-vous vu certain petit sonnet Sur la fièvre qui tient la princesse Uranie?

VADIUS

Oui ; hier il me fut lu dans une compagnie.

TRISSOTIN

Vous en savez l'auteur?

VADIUS

Non; mais je sais fort bien Qu'à ne le point flatter^ son sonnet ne vaut rien.

TRISSOTIN

Beaucoup de gens pourtant le trouvent admirable.

VADIUS

Cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable; Et, si vous l'avez vu, vous serez de mon goût.

TRISSOTIN

Je sais que là-dessus je n'en suis point du tout, Et que d'un tel sonnet peu de gens sont capables.

YADIDS.

lie préserve le ciel d'en faire de semblables I

MOUÈtlE. 289

TBISSOTIN.

Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur; Et ma grande raison , c'est que j'en suis l'auteur.

VADIUS

Vous?

TRISSOTDf.

Moi.

VADIUS

Je ne sais donc comment se fît TafTaire.

TRISSOTIN

Cest qu'on fut malheureux de ne pouvoir vous plaire.

VADIUS

11 faut qu'en écoutant j'aie eu l'esprit distrait, Ou bien que le lecteur m'ait gâté le sonnet. Mais laissons ce discours, et voyons ma ballade.

TRISSOTIN

La ballade^ à mon goût, est une chose fade :

Ce n'en est plus la mode ; elle sent son vieux temps.

VADIUS

La ballade pourtant charme beaucoup de gens.

TRISSOTIN

Gela n'empêche pas qu'elle ne me déplaise.

VADIUS

Elle n'en reste pas pour cela plus mauvaise.

TRISSOTIN

Elle a pour les pédants de merveilleux appas.

VADIUS

Cependant nous voyons qu'elle ne vous plaît pas.

TRISSOTIN

Vous donnez sottement vos qualités aux autres.

(Ils se lèvent tous, )

VADIUS

Fort impertinemment vous me jetez les vôtres.

TUISSOTIN.

Allez, petit grimaud, barbouilleur de papier.

VADIUS

Allez, rimeur de balle*, opprobre du métier.

TRISSOTIN

Allez, fripier d'écrits, impudent plagiaire.

VADIUS

Allez, cuistre.

1. Le dictionnaire de Trévoux explique rimeur de halle, par allusion ï la halle des marchands forains. « On appelle rimeur de halle un poète dont les vers sont si mauvais, qu'ils ne servent qu'à envelopper des marchandises. » (P. Génin.)

296 DIX-SKPTIÈME SIÈCLE.

PBILAMIIITB.

Eh! messieurs ; que prétenddi-vou» iftirçt TRissoTiN, d Vadius, Va j va restituer tous les honteux larcins Que réclament &ur toi les Grecs et les Latins,

YAmus.

Va^ va-t*en faire amende honorable au Parnasse ^ D'avoir fait à tes vers estropier Horace.

TRISSOTIK.

Souviens-toi de ton livre, et de son peu de bruit.

VADIUS

Et toi f de ton libraire à l'hôpital réduit.

TRISSOTIK.

Ma gloire est établie; en vain tu >a déchiieiu

VADIUS

Oui, oui, je te renvoie à Fauteur des Satires *•

TRISSOTIN

Je f y renvoie aussi.

VADIUS

J'ai le contentement Qu'on voit qu'il m'a traité plus honorablement. Il me donne en passant une atteinte légère ^

Parmi plusieurs auteurs qu'au Palais on révère; ^ Mais jamais dans ses vers il ne te laisse en paix, Et l'on t'y voit partout être en butte à ses traits ^

trissoun.

C'est par là que j'y tiens un rang plus honorable. Il te met dans la foule ainsi qu'un misérable; Il croit que c'est assez d'un coup pour t'accabler. Et ne t'a jamais fait l'honneur de redoubler. Mais il m'attaque à part comme un noble advers&iro Sur qui tout son effort lui semble nécessaire ; Et ses coups, contre moi redoublés en tous Uauz, Montrent qu'il ne se croit jamais victorieux.

2. Trissotin n'est autre que cet abbé Gotin dont le nom nvieiit si souvent dans les satires de Boileau. Aux premières représentations, le pédant de Molière s'appelait Tricotin. Pour Vadius, c'est MénaJse. nomme de science et d'esprit, qui fut l'un des hôtes assidus de VhmA de Hambouillet', et le précepteur de Mme de Sévigné. Boileau ne lai a, en effet, donné qu'u7ie atteinte légère :

Chapelain veut rimer, et c'est là sa folie : Mais bien que ses durs vers, d'épithètes enflés, Soient des moindres grimauds, chez Ménage, siffles. Lui-même il s'applaudit.

{SaHre IV.)

MOLIÊRB. 291

Ma plume t'apprendra quel homme je puis être.

TRISSOTIN

Et la mienne saura te faire voir ton maître.

VADIUS

le 1^ défie en verS;, prose , grec et latin.

TRISSOTIN

Eh hieni nous nous verrons seul à seul chez Barinn *•

Baibau Despréaux naqrà à Pâme» 1636^ c Fil&d'tui: père greffier, né d'aïeux avocats, » il &tl àestiné k Pék^ du droit, qu'il aba&doniia bientôt pour la enlture de» leÉtve^ En 1666, il publia ses S^tir^. La eoinpositi»»ii des ÉpUves^ occupa son ftge mûr (1669-1677, pitis^ 16d6}. lAtyArm^ poème héroï-comique, et YÀPPp&édqu», po^ae didaetiquft (1 669-1 67S^), marquent le ]M)iBi la plus élevé à& soe^ tfthok

Boileau, aimé et protégé par Laois XIY, fcËklfaimi fi# Racine, de Molière, de la SV)ntahie* li moatiit a» ITIll ^ Paris, après ayoirpassé sa vieillesse dans sa maisâiadabCaBi^-! pagne d'Auteuil.

Principales éditions des Œuvrm de BoUeofUt : édition 4ft Drossette, 1718, 2 vol. in-folio; édition de SoMU-J&Mra,. 1747 ; édiUon d» Daunou, 1809, i?éimpr>miBt amc mné- Hora$ion9 en IdS&; éditions dtAugtf^y IBl^^ 4^ Sfimtn Suriny 1821 ; d» Bm^iat Saint-Prix, 1830^ 4b«tttiU^r«?.

Tandis que Racine et Molière dolaienik. Ffaaoe dftlamfih chefs-d'œuvre, Boileau Bespréaux^ leur ami^ appeeaaiiaii^ public à les comprendre et à les admirer. k^mxLl In^i le g^jtf^ incertain admettait coafos^ent le bon et le médioere. B j avait alors des modèles ; il n'y avait pas de doetme. L'oetnim de Boileau fut de débrouUkr l'art confiA$ du £x-8eptiàxQft

1 . Barbin^ fameux libraire, dtmt ht boutique était iHuée sur te* per^^ ron du Palais de Justice.

siècle, d'assigner à chaque homme et à chaque chose son rang dans l'estime publique ; sa gloire, c*est de Tavoir fait avec un discernement presque infaillible, avec un courage intrépide, et enfin d'avoir rendu ses arrêts dans une forme si heureuse, dans un langage si parfait qu'on ne sera pas plus tenté de les refaire que de les infirmer.

Le culte du bon sens, la souveraineté de la raison en matière de goût, tel est le mérite durable de la doctrine de Boileau. C'est là le trait de ressemblance qui l'unit aux autres grands hommes du siècle. C'est l'esprit de Descartes transporté dans la poésie.

La carrière poétique de Boileau peut se diviser en trois périodes. Dans la période (de 1660 à 1668), le jeune satiric[ue attaque les mauvais poètes avec toute l'impétuosité de son âge : il combat à outrance le faux goût importé d'Espagne et d'Italie. C'est alors qu'il publie neuf SatireSj dont quatre sont exclusivement littéraires, et dont les autres contiennent, contre les mauvais écrivains, une foule de traits inattendus et par là même plus piquants. « Les Satires appartiennent, dit Voltaire, à la première manière de ce grand peintre, fort inférieure, il est vrai, à la seconde, mais très- supérieure à celle de tous les écrivains de son temps, si vous en exceptez Racine. » Ajoutons que la neuvième satire, adressée à son Esprit, est égale à ce que Boileau a jamais fait de mieux.

Dans la seconde (de 1669 à 1677), Boileau laisse reposer la satire ; il a renversé, il s* agit de reconstruire. Alors parait Y Art poétique (1674), où il formule et coordonne la doctrine^ littéraire qu'il vient de faire prévaloir. Il publie la même année les quatre premiers chants du Lutrin^ ingénieuse et élégante plaisanterie, chef-d'œuvre de versification digne d'un moins mince sujet. Déjà une humeur moins bouillante anime le critique ; sa raillerie est plus enjouée. Il écrit les neuf premières Épîtres; la septième, adressée à Racine, réunit à leur plus haut degré toutes les qualités excellentes qui assurent la gloire du grand satirique français.

Après cette pièce, Boileau, nommé historiographe du roi

fiOILEAU. 293

avec Racine, interrompt comme lui ses travaux poétiques : pendant les seize années qui suivent il se contente de publier les deux derniers chants du Lutrin (1681). Il ne rentre dans la carrière qu'en 1693; mais, moins heureux que son illustre ami, il est loin d'y retrouver un nouveau génie. C'est alors que commence la troisième période de sa vie. Il reparaît aux yeux du public avec VOdeà NamwTy faible et malheureuse tentative lyrique ; il compose trois froides satires, contre \qs Femmes, snvV Honneur ^ contre V Équivoque ;qïAvl il écrit alors ses trois dernières épîtres, dont Tune, celle qui termine le recueil et a pour sujet Y Amour de Dieu^ n'offre plus rien d'attachant ni dans l'inspiration ni dans k style. « 11 manqua k ce sage la sagesse la plus rare, celle de savoir finir à propos * . »

SATIRE nz. - LE REPAS RIDICULE.

Quel sujet inconnu vous trouble et vous altère?

D'où vous Tient aujourd'hui cet air sombre et sévère.

Et ce yisage enfin plus pâle qu'un rentier'

A l'aspect d'un arrêt qui retranche un quartier?

Qu'est devenu ce teint dont la couleur fleurie

Sembloit d'ortolans seuls et de bisques nourrie,

Où la joie en son lustre attiroit les regards.

Et le vin en rubis brilloit de toutes parts?

Qui vous a pu plonger dans cette humeur chagrine?

A-ton par quelque édit réformé la cuisine?

Ou quelque longue pluie, inondant vos vallons,

A-t-elle fait couler vos vins et vos melons?

Répondez donc enfin, ou bien je me retire.

— Ah ! de grâce, un moment, soufirez que je respire. Je sors de chez un fat, qui, pour m'empoisonner, Je pense, exprès chez lui m'a forcé de dîner. Je Pavois bien prévu. Depuis près d'une année, J'éludois tous les jours sa poursuite obstinée.

1. Désiré Nisard, Histoire de la littérature française, tome 11^ page 376.

2. En 1664, le roi avait supprimé un quartier des rentes sur l'hôtel de ville.

Mais hier il m*aborde, et, me serrant la main :

Ah 1 monsieur^ m*a-t-il dit^ je vous attends demain.

N'y manquez pas au moins. J'ai quatorze l)outeill88

D'un vin vieux.... Boucingo n'en a point de pareilles';

Et je gagerois bien que^ chez le commandeur',

Viîlandri* priscroit sa sève et sa verdeur.

Molière avec Tartufe y doit jouer son rôle* ;

Et Limbert, qui plus est, m'a donné sa parole*.

C'est tout dire, en un mot^ et vous le connoissez.

■— Quoi! Lambert? — Oui, Lambert: à demain. — C'est assez

Ce malin donc, séduit par sa vaine promesse, J'y cours midi sonnant, an sortir de U messe. ' À peine étois-je entré, que, ra?i de me voir, Mon homme, en m'embrassant, m'est venu recevoir: Et montrant à mes yeux une allégresse entière, — Nous n*avons, m'»-i-il dit, ni Lambert ni Molière ; ,

Mais, puisque je vous vois, je me liens trop oonteni. Vous êtes un brave homme : entrez ; on vous attend.

A ces mots, mais trop tard, reconnoissant ma faute, Je le AiU en ir^Ablant <3alis ttâe ehaiUbre UaUte^ Où, malgré les volets, le soleil irrité Formoit un poêle* ardent au milieu de l'été. Le couvert étoit mis dans ce lieu de plaisanœi Où j'ai trouvé d'abord, pour toute connolssance, Deux nobles campagnards, grands lecteurs de romans, Qui m'ont dit tout Cyrus dans leurs longs complimens'. J'enrageois. Cependant on apporte un pota^. Un coq y paraissoit en pompeux équipage, Qui, changeant sur ce plat et d'état et de nom^

1. Boucingo. eéièbre marchand de tins du temps. ^. Jac ues de Souvré, commandeur de BaioWeaa-de-Latran; sa '.ablc avait une grande réputation de somptuosité et de délicatesse.

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