‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 156 sur 347 · La muscade n'était plus à la mode · texte numérisé non relu

La muscade n'était plus à la mode

2. Le Festin de Pierre de Molière fut représenté le 15 février 1665.

3. Les quatre facultés étaient les arts (lettres et sciences), le droit, la médecine et la théologie;

Deux marmitons crasseux, revêtus fle setrictltBS,

Lui servoient de massiers ' et portoient des assiettes^

L'une de champignons avec des ris de veau,

Et l'autre de pois verts qui se noyoient dans Peau.

Un spectacle si beau surprenant rassemblée^

Chez tous les conviés la joie est redoublée;

Et la troupe à l'instant cessant de fredonner,

D'un ton gravement fou s'est mise à raisonner*

Le vin au plus muet fournissant des paroles,

Chacun a débité ses maximes frivoles,

Réglé les intérêts de chaque potentat,

Corrigé la police, et réformé l'État ;

Puis, de là s'embarqiiant dans là nouvelle ^erfe,

A vaincu la Hollande ou battu l'Angleterre*.

Enfin, laissant en paix tbuè ces peuples divenj De propos en propos oh a parlé de vers. Là, tous mes sots enflés d'une nouvelle audace, Ont jugé des auteurs en maîtres da Parnasse. Mais notre hôte Surtout, pour la justesse et l'art ^ Élevoit jusqu'au ciel Théophile* et Ronsard*, Quand un deS campagnards relevant sa moustache. Et son feutté à grands poils ombragé d'un panache^ Impose à tous silence, et, d'un ton de rfbcteur : — Morbleu ! dit-il, Là Serre est un charmant auteur*! Ses vers sont d'un beau Style, et sa prose est coulant«^ La Pucelle* est encore une œuvre bien galante, Et je ne sais pourquoi je bâille en la lisant.

1. « Le recteur, c[uand il va en ph)cessi(m, est toiiloiin accom« pagné de deux massiers. » {Boileau.)

2. oc L'Angleterre et la Hollande étoient alors en guerre, et le roi avoit envoyé des secours aux Hollandais. » {Boileau.)

3. Théophile Viaud, né en 1590, à Clérac dans rAgénols, tnort en 1626, poète remarquable par son imagination dans les détails du style, mais sans invention, sans goût, et surtout sans justesse et sans art.

4. Sur Ronsard, dont Boileàu à pU justemeUt associer le nom à celui de Théophile, voir page 43.

5. La Serre, né à Toulouse vers 1600. Ses tragédies en vers et en prose, Pyramet le Sac de Carthage, Thomat Morus, eurent un trèsgrand succès très-peu mérité.

6. La PuceUe, à laquelle Chapelain travailla trente aUâ, pàsisa pour jn chef-d'œuvre tant qu'elle fut enferhiée dans le pbitefèuille du poêle. Publiée en 1656, elle fut biefitôt appréciée à sa juste valeur. « Cela est parfaitement beau, mais bien ennuyeux, » disait la duchesse de Longueville. Chapelain, pensionhë par Richelieu^ fut un des premiers mémbl-es de l'Académie française. Golbett it Chargea de dresser la liste dois savants et des géhs de lettres qui avaient droit aux libéralités de Louis XIV.

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Le Pays, saLS mentir, est un bouffon plaisant':

Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voilure*.

Ma foi, le jugement sert bien dans la lecture!

A mon gré, le Corneille est joli quelquefois.

En vérité, pour moi j'aime le beau françois.

Je ne sais pas pourquoi l'on vante l'Alexandre ;

Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre*.

Les héros chez Quinault parlent bien autrement,

Et jusqu^à je vous hais, tout s*y dit tendrement*.

On dit qu'on l'a drapé dans certaine satire;

Qu'un jeune homme *.... — Ah! je sais ce que vous voulez dire,

A répondu notre hôte : « Un auteur sans défaut,

La raison dit Virgile, et la rime Quinault. »

— Justement. A mon gré, la pièce est assez plate.

Et puis, blâmer Quinault! Avez-vous vu l'Astrate^t

C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé.

Surtout l'Anneau royal me semble bien trouvé;

Son sujet est conduit d'une belle* manière;

Et chaque acte, en sa pièce, est une pièce entière.

Je ne puis plus souârir ce que les autres font.

— il est vrai que Quinault est un esprit profond, A repris certain fat qu'à sa mine discrète Et son maintien jaloux j'ai reconnu poète : Mais il en est pourtant qui le pourroient valoir. Ma foi, ce n'est pas vous qui nous les ferez voir,

1. Le Pays, né en Bretagne en 1636, mort en 1690, « écrivain estimé chez les provinciaux à cause d^un livre qu'il a fait, intitulé Amitiés j Amours et Amourettes. » [Boileau.)

2. Voiture , hé à Amiens, en 1598, mort lôn 1648, Tbomme le plus aimable et le plus recherché de Son temps, fut l'idole de l'hôtel de Rambouillet; on se disputait ses lettres, oA ne manqué pas l'esprit, mais un esprit, entortillé, bizarre, moins goûté de la postérité que des illustres correspondants de Voiture, les Condé, les Grammont, les la Valette, etc.

3. L'Alexandre de Racine, joué en 1665. Racine alors fort jeune avait a donné dans les vices du temps. » Son héros, beaucoup plus tendre que ne le dit Boileau , parle trop souvent en héros de roman.

4. Quinault, né en 1635, à Pans, après avoir fait de mauvaises tragédies , et des comédies e:»timables (m mèreCoquette, 166&), se plaça au premier rang dans un genre seconda ire, l'opéra. Quelques-uns des poèmes qu'il composa pour Lulli sont des chefs-d'œuvre {Alceslef Âtis^ Armi" de^ etc.). Ce n'est pas des opéras de Quinault que Boileau veut ici se moquer, mais de ses tragédies romatiéisqufesÊtiaoucèreuses. Le premier opcrade Quinaultfut représenté en 1672, etla troisième satire fut écrite en 1665.

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