‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 176 sur 347 · Rue de Sèvres · texte numérisé non relu

Rue de Sèvres

5. Sorte de chapeaux de laine qui se font à Caudebec en Normandie. {Boileau).

6. Un pasquin rignifiait alors un écrit satirique. Pasquin est une statue de Rome, sur le piédestal de laquelle le peuple affiche des placards moqueurs.

— Moi? — Vous : on nous l'a dit dans le Palais-Royal <• Douze ans sont écoulés depuis le jour fatal

Qu'un libraire^ imprimant les essais de ma plume, Donna, pour mon malheur, un trop heureux volume*. Toujours depuis ce temps, en proie aux sots discours, Contre eux la vérité m*est un folble secours. Vient-il de la province une satire fade. D'un plaisant du pays insipide boutade ? Pour la faire courir on dit qu'elle est de moi ; Et le sot campagnard le croit de bonne foi. J'ai beau prendre à témoin et la cour et la ville :

— Non; à d'autres, dit-il; on connoît votre style. Combien de temps ces vers vous ont-ils bien coûté T

— Ils ne sont point de moi, monsieur, en i^érité : Peut-on m'altribuer ces sottises étranges?

— Ah ( monsieur, vos mépris vous servent de louanges. Ainsi, de cent chagrins dans Paris accablé.

Juge si , toujours triste, interrompu, troublé, Lamoignon, j'ai le temps de courtiser les muses! Le monde cependant se rit de mes excuses ; Croit que, pour m'inspirer sur chaque événementi Apollon doit venir au premier mandement.

Un bruit court que le roi va tout réduire en poudre. Et dans Valencienne est entré comme un foudre'; Que Cambrai, des François l'épouvantable écueil^i t

A vu tomber enfin ses murs et son orgueil ; Que, devant Saint-Omer, Nassau, par sa défaite, De Philippe vainqueur rend la gloire complète^,

— Dieu sait comme les vers chez vous s'en vont couler Dit d'abord un ami qui veut me cajoler,

Et, dans ce temps guerrier et fécond en Achilles, Croit que Ton fait les vers comme Ton prend les villes. Mais moi, dont le génie est mort en ce moment,

1. Allusion aux nouvellistes qui s'assemblent dans le jardin de ce palais. {Boileau.)

2. La première édition des Satires parut au mois dé mars 1666.

3. Valencienne emportée d'assaut après quelques jours de siégOi au commencement de mars lb77.

4. Le roi entra à Cambrai, après un siège de vingt Jours, le 17 avril

5. La bataille de Gassel, gagnée par Monsieur, Philippe dt France,^ frère unique du roi, en 1687. (Boiteau,) « Le monarque et le prince revmrent ensemble.... Dans tous les lieux où ils passaient, le peupla criait : Vive le roi et Monsieur qui a gagné la bataiUe. Le roi s en souvint, et Monsieur n'en gagna plus. • (D'Alembert, note Ih» wax VÉloge de Detpréau»,)

Je ne sais que répondre à ce vain compliment ; Et; justement confus de mon peu d'abondance, Je me fais un chagrin du bonheur de la France.

Qu'heureux est le mortel qui, du monde ignoré. Vit content de soi-même en un coin retiré ; Que Tamour de ce rien qu'on nomme renommée N'a jamais enivré d'une vaine fumée ; Qui de sa liberté forme tout son plaisir, Et ne rend qu'à lui seul compte de son loisir ! Il n'a point à souffrir d'affronts ni d'injustices, Et du peuple inconstant il brave les caprices. Mais nous autres faiseurs de livres et d'écrits, Sur les bords du Permesse' aux louanges nourris, Nous ne saurions briser nos fers et nos entraves, Du lecteur dédaigneux honorables esclaves. Du rang où notre esprit une fois s'est fait voir. Sans un fâcheux éclat nous ne saurions déchoir. Le public, enrichi du tribut de nos veilles/ Croit qu'on doit ajouter merveilles sur merveilles. Au comble parvenus il veut que nous croissions '. Il veut en vieillissant que. nous rajeunissions. Cependant tout décroît ; et moi-même à qui l'âge D'aucune ride encor n'a flétri le visage 2, Déjà moins plein de feu, pour animer ma voix J'ai besoin du silence et de l'ombre des bois : Ma muse, qui se plaît dans les routes perdues. Ne sauroit plus marcher sur le pavé des rues. Ce n est que dans ces bois, propres à m'exciter, Qu'Apollon quelquefois daigne encor m'écouter.

Ne demande donc plus par quelle humeur sauvage Tout l'été, loin de toi, demeurant au village, J'y passe obstinément les ardeurs du Lion*, Et montre pour Paris si peu de passion. C'est à toi, Lamoignon, que le rang, la naissance, Le mérite éclatant, et la haute éloquence. Appellent dans Paris aux sublimes emplois, Qu'il sied bien d'y veiller pour le maintien des lois. Tu dois là tous tes soins au bien de ta patrie : Tune t'en peux bannir que l'orphelin ne crie; Que l'oppresseur ne montre un front audacieux : Et Thémis pour voir clair a besoin de tes yeux. Mais pour moi, de Paris citoyen inhabile,

1. Petite rivière de Béotie, qui sort de l'Hélicon, et se perd dans la lac Copaïs. Elle était consacrée aux Muses.

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