‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 177 sur 347 · Il était dans sa quarante et unième année · texte numérisé non relu

Il était dans sa quarante et unième année

3. Le mois de j uillet, pendant lequel le soleil est dans le signe du Lion.

Qui ne lui puis fouroir qu'un rêveur inutile,

Il me faut du repos, des prés et des forêts.

Laisse-moi donc ici, sous leurs ombrages frais

Attendre que septembre ait ramené l'automne^

Et que Cérès contente ait fait place à Pomone.

Quand Bacchus comblera de ses nouveaux bienfaits

Le vendangeur ravi de ployer sous le faix,

Aussitôt ton ami, redoutant moins la ville,

T'ira joindre à Paris, pour s'enfuir à Bàville*.

Là, dans le seul loisir que Thémis t^a laissé,

Tu me verras souvent à te suivre empressé,

Pour monter à cheval rappelant mon audace,

Apprenti cavalier galoper sur ta trace.

Tantôt sur l'herbe assis, au pied de ces coteaux

Où Polycrène épand ses libérales eaux *,

Lamoignon, nous irons, libres d'inquiétude.

Discourir des vertus dont tu fais ton étude ;

Chercher quels sont les biens véritables ou faux;

Si l'honnête homme en soi doit souffrir des défauts ;

Quel chemin le plus droit à la gloire nous guide,

Ou la vaste science, ou la vertu solide.

C'est ainsi que chez toi tu sauras m'attachér.

Heureux si les fâcheux, prompts à nous y chercher, *

N'y viennent point semer Tennuyeuse tristesse I

Car, dans ce grand concours d'hommes de toute espccci

Que sans cesse à Bàville attire le devoir,

Au lieu de quatre amis qu'on attendoit le soir,

Quelquefois de fâcheux arrivent trois volées, ■

Qui du parc à l'instant assiègent les allées.

Alors sauve qui peut : et quatre fois heureux

Qui sait pour s'échapper quelque antre ignoré d'eux (

ËPITRE VU. — A RACINE *.

l'utilité des ENNEIUS.

Que tu sais bien. Racine, à l'aide d'un acteur^ Émouvoir, étonner, ravir un spectateur 1

1. Maison de campagne de Lamoignon, à neuf lieues de Paris, da côté d'Ëtampes.

2. Fontaine, à une demi-lieue de Bàville. ainsi nommée par feu II. le premier président de Lamoignon. {Boileau.)

3. Uue cabale, à la tête de laquelle étaient le duc de Nevers et la duchesse de Bouillon, faisait une guerre déloyale à la Phèdre de Racine, et lui opposait le ridicule Hippolyte de Pradon.

Jamais Ipliigénie, en Aulide immolée, N'a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée , Que dans l'heureux spectacle à nos yeux étalé En a fait, sous son nom, verser la Champmeslé*. Ne crois pas toutefois, par tes savants ouvrages, Entraînant tous les cœurs, gagner tous les suffrages. Sitôt que d'Apollon un génie inspiré Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré, En cent lieux contre lui les cabales s'amassent ; Ses rivaux obscurcis autour de lui croassent; Et son trop de lumière^ importunant les yeux, De ses propres amis lui fait des envieux. La mort seule ici-bas, en terminant sa vie. Peut calmer sur son nom Pinjustice et Tenvie; Faire au poids du bon sens peser tous ses écrits Et donner à ses vers leur légitime prix.

Avant qu'un peu de terre, obtenu par prière ', Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière, Mille de ces beaux traits, aujourd'hui si vantés, Furent des sots esprits à nos yeux rebutés. L'Ignorance et l'Erreur à ses naissantes pièces, En habits de marquis, en robes de comtesses, Yenoient pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau, £t secouoient la tête à l'endroit le plus beau. Le commandeur vouloit la scène plus exacte', Le vicomte indigné sortoit au second acte * : L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu. Pour prix de ses bons mots le condamnoit au feu; L'autre, fougueux marquis, lui déclarant la guerre, Vouloit venger la cour immolée au parterre K Mais, sitôt que d'un trait de ses fatales mains, La Parque l'eut rayé du nombre des humains, On reconnut le prix de sa muse éclipsée : L'aimable comédie, avec lui terrassée, En vain d'un coup si rude espéra revenir,

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