Voir la Critique de l'École des Femmes, scène vi
Et sur ses brodequins ne put plus se tenir *. Tel fut chez nous le sort du théâtre comique.
Toi donc qui, t'élevant sur la scène tragique, Suis les pas de Sophocle, et, seul de tant d'esprits, De Corneille vieilli sais consoler Paris, Cesse de t'étonner si Tenvie animée, Attachant à ton nom sa rouille envenimée , La calomnie en main^ quelquefois te poursuit. En cela, comme en tout, le ciel qui nous conduit, Racine, fait briller sa profonde sagesse. Le mérite en repos s'endort dans la paresse; Mais par les envieux un génie excité Âu comble de son art est mille fois monté : Plus on veut l'affoiblir, plus il croît et s'élance. Au Cid persécuté Cinna doit sa naissance': Et peut-être ta plume aux censeurs de Pyrrhus Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.
Moi-même, dont la gloire ici moins répandue Des pâles envieux ne blesse point la vue, Mais qu'une humeur trop libre, un esprit peu soumis, De bonne heure a pourvu d'utiles ennemis, Je dois plus à leur haine, il faut que je l'avoue, Qu'au foible et vain talent dont la France me loue. Leur venin, qui sur moi brûle de s'épancher, Tous les jours en marchant m'empêche de broncher. Je songe, à chaque trait que ma plume hasarde. Que d'un œil dangereux leur troupe me regarde. Je sais sur leurs avis corriger mes erreurs, Et je mets à profit leurs malignes fureurs. Sitôt que sur un vice ils pensent me confondre, C'est en me guérissant que je sais leur répondra; Et plus en criminel ils pensent m'ériger. Plus croissant en vertu je songe à me venger.
Imite mon exemple ; et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale, Profite de leur haine et de leur mauvais sens, Ris du bruit passager de leurs cris impuissans. Que peut contre tes vers une ignorance vaineT Le Parnasse françois, ennobli par ta veine, Contre tous ces complots saura te maintenir. Et soulever pour toi l'équitable avenir.
1. Chaussure des acteurs comiques sur les théâtres de la Grèce et de Rome. Les héros de tragédie portaient le cothurne plus haut et plus majestueux que le brodequin.
^. Plutôt Horace, qui suivit \q Cid de plus près que Cinwt.
£hf qui, voyant un jour la douleur vertueusQ De Phèdre malgré soi perfide, incestueuse, D'un si noble travail justement étonné, Ne bénira d'abord le siècle fortuné Qui, rendu plus fameux par tes illustres veilles, Vit naître sous ta main ces pompeuses merveilles? Cependant laisse ici gronder quelques censeurs Qu'aigrissent de tes vers les cbarmantes douceurs* Et qu'importe à nos vers que Perrin les admire; Que l'auteur du Jonas' s'empresse pour les lire; Qu'ils charpoent de Senlis le poëte idiot ^ Ou le sec traducteur du françois d'Amyot' . Pourvu qu'avec éclat leurs rimes débitées Soient du peuple, des grands, des provinces goûtées; Pourvu qu'ils puissent plaire ^u plus puissant des rois; Qu'à Chantilly Condé les souffre quelquefois; Qu'Enghien en soit touché; que Colbert et Vivone, Que La Rochefoucault, Marsillac * et Pompone, Et mille autres qu'ici j- ?. puis faire entrer, A leurs traits délicats se iao:.ent pénétrer? Et plût au ciel encor, pour couronner l'ouvrage Que Montausier voulût leur donner son suffrage *} C'est à de tels lecteurs que j'offre mes écrits ; Mais pour un tas grossier de frivoles esprits, Admirateurs zélés de toute œuvre insipide, Que, non loin de la place où Brioché préside % Sans chercher dans les vers ni cadence ni son, Il s'en aille admirer le savoir de Pradon'l
ABT POÉTiaUS.