‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 181 sur 347 · Lille et Gourtrai furent prises en 1667 et Dôle en · texte numérisé non relu

Lille et Gourtrai furent prises en 1667 et Dôle en

8. Eudes de Mézeray, né en 1610, mort en 1683, auteur d'une His-

Et^ sans mêler à Tor Féclat des diamants^ Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements : Telle, aimable en son air, mais humble dans son style^ Doit éclater sans pompe une élégante idylle. Son tour simple et naïf n'a rien de fastueux, ' Et n'aime point Porgueil d'un vers présomptueux. Il faut que sa douceur flatte, chatouille, éveille, Et jamais de grands mots n'épouvante l'oreille. Mais souvent dans ce style un rimeur aux abois Jette là, de dépit, la flûte et le hautbois ; Et, follement pompeux dans sa verve indiscrète^ Au milieu d'une églogue entonne la trompette. De peur de l'écouter, Pan fuit dans les roseaux ; Et les nymphes, d'effroi, se cachent sous les eaux.

Au contraire, cet autre, abject en son langage, Fait parler ses bergers comme on parle au village. Ses vers plats et grossiers, dépouillés d'agrément, Toujours baisent la terre et rarn^ont tristement : On diroit que Ronsard, sur sz^ [■ peaux rustiques, Vient encor fredonner ses idylles gothiques, Et changer, sans respect de l'oreille et du son, Lycidas en Pierrot, et Philis en Toinon.

Entre ces deux excès la route est difficile. Suivez, pour la trouver, Théocrite et Virgile • : Que leurs tendres écrits, par les grâces dictés, Ne quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés. Seuls dans leurs doctes vers ils pourront vous apprendre Par quel art sans bassesse un auteur peut descendre ; Chanter Flore, les champs, Pomone, les vergers; Au combat de la flûte animer deux bergers; Des plaisirs de l'amour vanter la douce amorce; Changer Narcisse en fleur, couvrir Daphné d'écorce : Et par quel art encor l'églogue quelquefois Rend dignes d'un consul la campagne et les bois '. Telle est de ce poëme et la force et la grâce.

D'un ton un peu plus haut, mais pourtant sans audace, La plaintive Élégie, en longs habits de deuil, Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil. Elle peint des amants la joie et la tristesse. Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse. Mais pour bien exprimer ces caprices heureux, C'est peu d'être poète, il faut être amoureux.

i. Théocrite, né à Syracuse, mort dans une vieillesse avancéf^ e: ^t i avant Jésus-Christ.

î. Virfiile. Églogue TV.

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Je hais ces vains auteurs dont la muse forcée M'entretient ^e ses feux, toujours froide et glacée; Oui s'affligent par art ; et, fous de seus rassis, S'érigent, pour rimer, en amoureux transis. Leurs transports les plus doux ne sont que phrases vaines ; Ils ne savent jamais que se charger de chaînes, Que bénir leur martyre, adorer leur prison, Et faire quereller les sens et la raison. Ce n'étoit pas jadis sur ce ton ridicule Qu'Amour dictoit les vers que soupiroit TibuUe S Ou que du tendre Ovide' animant les doux sons. Il donnoit de son art les charmantes leçons ^. Il faut que le cœur seul parle dans Télégie.

L'ode, avec plus d'éclat, et non moins d'énergie <, Elevant jusqu'au ciel son vol ambitieux. Entretient dans ses vers commerce avec les dieux. Aux athlètes dans Pise elle ouvre la barrière, Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière, Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs, Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis*. Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage, Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage : Elle peint les festins, les danses et les ris; Vante un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris, Qui mollement résiste, et par un doux caprice, Quelquefois le refuse, afin qu'on le ravisse *. Son style impétueux souvent marche au hasard : Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.

Loin ces rimeurs craintifs dont l'esprit flegmatique Garde dans ses fureurs un ordre didactique ; Qui, chantant d'un héros les progrès éclatants, Maigres historiens suivront l'ordre des temps. Ils n'osent un moment perdre un sujet de vue : Pour prendre Dôle, il faut que Lille soit rendue *: Et que leurs vers, exact ainsi que Mêzerai *,

i. TibuUe, poète élégiaque du siècle d'Auguste.

2. Ovide, ne à Sulmone l'an 43 avant Jésus-Christ , mort en exil à Tomes, sur les bords du Pont-Euxin, l'an 17 après Jésus-Christ. Ses poésies aimables parlent beaucoup plus à l'esprit qu'au cœur.

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