Le Palais de justice
4. Le 23 août 1658, les Augustins, révoltés contre un arrôt du Parlement, soutinrent un véritable siège contre les archers envoyés pour
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Nourrira dans son sein unt paix éternelle! Suis-je donc la Discorde T et parmi les mortels. Qui voudra désormais encenser mes autels ^ »
A ces mots, d'un bonnet couvrant sa tête énorme, Elle prend d'un vieux chantre et la taille et la forme ; Elle peint de bourgeons son visage guerrier, Et s'en va de ce pas trouver le trésorier.
Dans le réduit obsciir d'une alcôve enfoncée S'élève un lit de plume à grand frais amassée : Quatre rideaux pompeux, par un double contour, En défendent l'entrée à la clarté du jour. Là, parmi les douceurs d'un tranquille silence, Règne sur le duvet une heureuse indolence : C'est là que le prélat, muni d'un déjeuner. Dormant d'un léger somme attendoit le dtner. La jeunesse en sa fleur brille sur son visage : Son menton sur son sein descend à double étage ; Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur , Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur. La déesse en entrant qui voit la nappe mise, Admire un si bel ordre, et reconnoît l'Ëglise; Et marchant à grands pas vers le lieu du repos, Au prélat sommeillant elle adresse ces mots :
« Tu dors, prélat, tu dors! et là-haut à ta place Le chantre aux yeux du chœur étale son audace, Chante les oremus , fait des processions. Et répand à grands flots les bénédfclicns 1 Tu dors! Attends-tu donc que, sans bulle et sans titre. Il te ravisse encor le rochet et la mitre? Sors de ce lit oiseux qui te lient attaché. Et renonce au repos ou bien à l'évôché. »
Elle dit : et, du vent de sa bouche profane. Lui souffle avec ces mots l'ardeur de la chicane. Le prélat se réveille, et plein d'émotion, Lui donne toutefois sa bénédiction.
Tel qu'on voit un taureau qu'une gaépe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie; Le superbe animal, agité de tourments, Exhale sa douleur en longs mugissements : Tel le fougueux prélat, que ce songe épouvante. Querelle en se levant et laquais et servante ; Et, d'un juste courroux rallumant sa vigueur,
les réduire; il y eut dans le combat plusieurs tués et blessés; il fallut que l'on entrât dans le couvent par la bièche. l. Enéide , I, vers 62,
Même avant le dîner parle d'aller au chœur Le prudent Gilotin, son aumônier fidèle, En vain par ses conseils sagement le rappelle; Lui montre le péril, que midi va sonner, Qu'il va faire, s'il sort, refroidir le dîner.
« Quelle fureur, dit-il, quel aveugle caprice, Quand le dîner est prêt, vous appelle à l'office ? De votre dignité soutenez mieux l'éclat : Est-ce pour travailler que vous êtes prélat? A quoi bon ce dégoût et ce zèle inutile 7 Est-il donc pour jeûner quatre-temps ou vigile? Reprenez vos esprits : et souvenez-vous bien Qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien. »
Ainsi dit Gilotin ; et ce ministre sage Sur table, au même instant, fait servir le potage. Le prélat voit la soupe, et, plein d'un saint respect. Demeure quelque temps muet à cet aspect. Il cède, il dîne enfin : mais toujours plus farouche, Les morceaux trop hâtés se pressent dans sa bouche. Gilotin en gémit, et, sortant de fureur, Chez tous ses partisans va semer la terreur. On voit courir chez lui leurs troupes éperdues, Gomme Ton voit marcher les bataillons de grues, Quand le Pygmée altier, redoublant ses efforts, De l'Hèbre ou du Strymon vient d'occuper les bords ». A l'aspect imprévu de leur foule agréable. Le prélat radouci veut se lever de table : La couleur lui renaît, sa voix change de ton ; Il fait par Gilotin rapporter un jambon. Lui-même le premier, pour honorer la troupe, D'un vin pur et vermeil il fait remplir sa coupe; Il l'avale d'un trait; et, chacun l'imitant, La cruche au large ventre est vide en un instant. Sitôt que du nectar la troupe est abreuvée. On dessert; et soudain, la nappe étant levée, Le prélat, d'une voix conforme à son malheur, Leur confie en ces mots sa trop juste douleur :
« Illustres compagnons de mes longues fatigues. Qui m'avez soutenu par vos pieuses ligues, Et par qui, maître enfin d'un chapitre insensé, Seul à Magnificat je me vois encensé ; Souffrirez-vous toujours qu'un orgueilleux m'outrage,
1. Cette comparaison est empruntée à Homère. Les Pygmées, habitants imaginaires de la Thrace, n'avaient qu'une coudée de haut. Ll Fable les représente en état de guerre perpétuelle avec les grues.
Que le chantre à vos yeux détruise votre ouvrage,
Usurpe tous mes droits, et, s'égalant à moi;
Donne à votre lutrin et le ton et la loi ?
Ce matin même encor, ce n'est point un mensonge,
Une divinité me Ta fait voir en songe ;
L'insolent, s'emparant du fruit de mes travaux,
A prononcé pour moi le benedicat vos !
Oui; pour mieux m'égorger^ il prend mes propres armes. »
Le prélat à ces mots verse un' torrent de larmes. Il veut; mais vainement, poursuivre son discours; Les sanglots redoublés en arrêtent le cours. Le zélé Gilotin, qui prend part à sa gloire^ Pour lui rendre la voix fait rapporter à boire; Quand Sidrac, à qui Tâge allonge le chemin. Arrive dans la chambre, un bâton à la main. Ce vieillard dans le chœur a déjà vu quatre âges * : Il sait de tous les temps les différents usages : Et son rare savoir de simple marguillier \ L'éleva par degrés au rang de chevecier '. A l'aspect du prélat qui tombe en défaillance, Il devine son mal, il se ride, il s'avance ; Et d'un ton paternel réprimant ses douleurs :
« Laisse au chantre, dit-il, la tristesse et les pleurs, Prélat ; et, pour sauver tes droits et ton empire, Écoute seulement ce que le ciel m'inspire. Vers cet endroit du chœur où le chantre orgueilleux Montre, assis à ta gauche, un front si sourcilleux : Sur ce rang d'ais serrés qui forment sa clôture. Fut jadis un lutrin d'inégale structure. Dont les flancs élargis, de leur vaste contour, Ombrageoient pleinement tous les lieux d'alentour. Derrière ce lutrin, ainsi qu'au fond d'un antre, A peine sur son banc on discemoit le chantre : Tandis qu'à l'autre banc le prélat radieux. Découvert au grand jour, attiroit tous les yeux. Mais un démon , fatal à cette ample machine , Soit qu'une main la nuit eût hâté sa ruine. Soit qu'ainsi de tout temps l'ordonnât le destin, Fit tomber à nos yeux le pupitre un matin. J'eus beau prendre le ciel et le chantre à partie : n fallut l'emporter dans notre sacristie, Oii depuis trente hivers, sans gloire enseveli.
1. Le sage Nestor ne Técut que trois âges d'hommes (voyez lliadt^ >V