‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 196 sur 347 · On quitte alors le temple, et l'innombrable fouie · texte numérisé non relu

On quitte alors le temple, et l'innombrable fouie

Par tous les trois portaux avec peine s écoule.

(Chapelain La Pucclce, livre VU .)

356 DIX-SEPTIÈME SIÈGIiE.

auquel il resta fidèle dans sa disgrâce, de madame de la Sablière, de madame d'Hervart, des priDcés de Gonti et de Vendôme, il sut du moins honorer sa dépendance par un tendre attachement pour ses bienfaiteurs. La Fontaine fut peu goûté de Louis XI Y; Fénelon seul, k la cour du roi, rendait justice au plus aimable de nos poètes *.

La Fontaine mourut pauvre, à l'âge de soixante-quatorze ans. La religion, qu'il avait plutôt oubliée que méconnue, revint consoler ses derniers moments.

Les Fables de la Fontaine parurent en trois recueils : les six premiers livres en 1668, les cinq suivants en 1678 et 1679; le douzième et dernier en 1694.

On a plii;sieurs éditions des Œuvres complètes de la Fan" taine ; la plm estimée est celle de Walckenaêrj avec commentaires, 6 vol. m-8, 1822 et 1827,

Du mêm^ aulev/r, Histoire de la Vie et des Ouvrages de la Fontaine, 1820 et 1824.

Champfort a donné un Éloge de la Fontaine.

La Fontaine est dans ses Fables le poète de tous les temps, de tous les états, de tous les âges. L'enfant s'y amuse, l'honmie s'y instruit, le lettré les admire. Elles égalent les plus belles œuvres du grand siècle, tant par la pureté irréprochable de leur morale que par l'inimitable perfection de leur style. Le poète reprend à sa source le vieil apologue de l'Orient grossi dans son cours par les inventions successives des Grecs, des Romains, des modernes; il se fait l'héritier universel du bon sens populaire ; il recueille avec 3oin toutes ces fables, les transcrit, les met en versy comme il le dit modestement dans son titre; et ce ne sont plus les fables de Yishnou-Sarmah, d'Ésope, de Phèdre, de Babrius, encore moins de Planude ; le public leur a donné leur vrai nom, et a contraint les éditeurs de le leur restituer, ce sont les fables de la Fontaine.

En effet, l'originalité poétique ne consiste pas a inventer

1. Le génie de la Fontaine a été fort bien senti et apprécié par la Harpe, Cours de LUtéraiure, 2* partie , ch. xi.

le sujet, mais à découyrir la poésie du sujet. Les poètes les plus créateurs n'ont presque jamais inventé autre chose. L'invention de la Fontaine, c'est sa manière de conter, c'est ce style admirable, c'est cette imagination heureuse, qui jette partout l'intérêt et la vie. « Il ne compose pas, dit la Harpe, il converse. S'il raconte, il est persuadé, il a vu. C'est toujours son âme qui vous parle, qui s'épanche, qui se trahit ; il a toujours l'air de vous dire son secret, et d'avoir besoin de vous le dire; ses idées, ses réflexions, ses sentiments, tout lui échappe, tout naît du moment. » C'est dans cette bonne foi, dans cette apparente crédulité du conteur, dans ce sérieux avec lequel il mêle les plus grandes choses aux plus petites que consiste la qualité propre et distinctive de la Fontaine, son inimitable naiveté. On s'imagine entendre un homme assez simple pour ajouter foi aux contes dont on a bercé son enfance. Non-seulement il y croit, mais il espère bien vous y faire csoire aussi. Son érudition, son éloquence, sa philosophie, tout ce qu'il a d'imagination, de mémoire, de sensibilité est mis en œuvre pour vous intéresser au débat de Darrie Belette avec Jeannot Lapin, De là ce phénomène qu'on n'avait pas vu depuis rOdyssée, cette singulière mais incontestable alliance de la plus haute poésie avec les récits les plus naïfs ; de là vient encore que, selon l'expression de Molière, nos beaux esprits n* effaceront pas le bonhomme.

Il a ce qui manque à ceux de son temps, l'amour et l'intelligence de la campagne. La Fontaine n'eut jamais de cabinet particulier ni de bibliothèque; il se plaisait à composer dans la solitude des champs : là, il étudiait du cœur cette nature qu'il devait peindre.

Je puis dire que tout me rioit sous les cieuz.... Pour moi le monde entier étoit plein de délices. J'étois touché des fleurs, des doux sodb, des beaux jours : Mes amis me cherchoient, et parfois mes ainours.

Cette nature qu'il aime n'est pas un objet banal et indécis, telle que les poètes de cabinet la retracent d'après de

vagues ouï-dire : ses tableaux ont des couleurs fidèles, qui sentent, pour ainsi dire, le pays et le terroir. Ces plaine^:; immenses de blé où se promène de grand matin le maître, et où l'alouette cache son nid, ces bruyères et ces buissons où fourmille tout un petit monde, ces jolies garennes, dont les hôtes étourdis font la cour à l'aurore parmi le thym et la rosée^ c'est la Beauce, la Sologne, la Champagne, la Picardie ' ; la Fontaine est le poète de la vieille France, comme le gardien fidèle de son vieux et charmant langage.

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