‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 205 sur 347 · Les alchimistes · texte numérisé non relu

Les alchimistes

2. Spéculateur, dans le sens du verbe latin speculari, contemplateur. On appelait ainsi, au dix-septième siècle, ceux oui s'occupaient d'études abstraites.

3. BdilleTy ou mieux bayer, rester en extase, bouche béante, inhiare.

Allons , vous I vous rêvez ; et bayez aux corneilles.

(MoLiiRE. Tartufe,) 1 . La (letton, la fable.

366 DIX-SEPTIÊME SIÈCLE.

Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie,

Vous qui devez savoir les choses de la vie,

Qui par tous ses degrés avez déjà passé,

Et que rien ne doit fuir * en cet âge avancé ,

A quoi me résoudrai-je ? Il est temps que j'y pense.

Vous connoissez mon bien, mon talent, ma naissance :

Dois-je dans la province établir mon séjour,

Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour?

Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes t

La guerre a ses douceurs, Thymen a ses alarmes.

Si je suivois mon goût, je saurois où buter*;

Mais j'ai les miens, la cour^ le peuple à contenter.

Malherbe là-dessus : Contenter tout le monde f

Écoutez ce récit avant que je réponde.

J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier et son fils,

L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits.

Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire,

Âlloient vendre leur âne, un certain jour de foire.

Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,

On lui lia les pieds, on vous le suspendit;

Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre^

Pauvres gens! idiots I couple ignorant et rustre!

Le premier qui les vit de rire s'éclata :

c Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là?

Le plus àne des trois n'est pas celui qu'on pense, m

Le meunier, à ces mots, connoît son ignorance;

Il met sur pied sa bête, et la fait détaler.

L'âne, qui goûtoit fort l'autre façon d'aller ,

Se plaint en son patois. Le meunier n'en a cure \

Il fait monter son fîls, il suit : et, d'aventure.

Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut.

Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put :

« Oh là! oh! descendez, que l'on ne vous le dise^

Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise,

C'étoit à vous de suivre, au vieillard de monter.

— Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter. » L'enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte; Quand trois filles passant, l'une dit : « C'est grand honte Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,

Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis. Fait le veau sur son âne, et pense être bien sage.

— II n'est, dit le meunier, plus de veaux à mon âgt : Passez votre chemin^ la fille, et m'en croyez. »

1. Latinisme : Qui ne devez rien ignorer* •— %, Quel ïmA ^olalr* 3. Cure, souci, du latin cura.

Après maints quolibets coup sur coup renvoyés, L'iiomme crut avoir tort, et mit son fijs en croupe. Au bout de trente pas, une troisième troupe' Trouve encore à gloser. L'un dit : « Ces gens sont fous! Le baudet n'en peut plus ; il mourra sous leurs coups. Eh quoi! charger ainsi cette pauvre bourrique! N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique? Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau. — Parbleu! dit le meunier, est bien Fou du cerveau Qui prétend contenter tout le monde et son père. Essayons toutefois si par quelque manière Nous en viendrons à bout. » Ils descendent tous deux. L'âne se prélassant, marche seul devant eux. Un quidam ' les rencontre, et dit : « Est-te la mode Que baudet aille à l'aise, et meimîer s'incommode? Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser? Je conseille à ces gens de le faire enchâsser. Ils usent leurs souliers, et conservent leur âne F Nicolas, au rebours : car, quand il va voir Jeanne, Il monte sur sa bâte ; et la chanson le dit K Beau trio de baudets I » Le meunier repartit : « Je suis âne, il est vrai^ j'en conviens, je l'avoue; Mais que dorénavant on me blâme, on me loue, Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien, J'en veux faire à ma tête. » II le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou TAmour^ ou le Prioce, Allez, venez, courez; demeurez en province; Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement : Les gens en parleront, n'en doutez nullement.

n. LES MEMBRES ET L'ESTOMACL

Je devois par la royauté

Avoir commencé mon ouvrage :

A la voir d'un certain côté,

Messer Gaster' en est l'image; S'il a quelque besoin, tout te corps s'en ressent. De travailler pour lui les membres se lassant,

1 . Un quidaniy un passant, le premier venu. C'est le pronom latin quidanij (quelqu'un.

Page 1