neuve des mers. — 2. Par conséquent
590 DIX-SEPTIËMB SIÈCLE.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avoient-ils faits? nulle offense; Mémo il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi ; Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
— Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse. Eh bienl manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il étoit digne de tous maux, Ëtant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire. »
Ainsi dit le renard ; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir Du tigre, ni de Tours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses :
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun, étoîent de petits saints. L'âne vint à son tour, et dit : « J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant, La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue : Je n'en avois nul droit, puisqu'il faut parler net. » A ces mots, on cria haro * sur le baudet. Un loup, quelque peu clerc ', prouva par sa harangue Qu'il falloit dévouer ce maudjt animal, Ce pelé, ce galeux, d'où venoit tout le mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable I
Rien que la mort n'étoit capable D'expier son forfait. On le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour ' voui rendront blanc ou noir.
1. Haro, terme de l'ancienne jurisprudence : crier haro sur une personne, c'était réclamer contre elle l'appui de la justice.
2. Clerc, c'est-à-dire savant. La science fut longtemps, le privilège
de l'Église.