Des roulades
402 DIX-SEPTIÈMË SIÈCLE.
Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,
Gomme le manger et le boire.
En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : « Or çà, sîre Grégoire, Que gagnez-vous par an T — Par an I ma foi, monsieur,
Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte ; et je n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin
J'attrape le bout de l'année •
Chaque jour amène son pain.
— Eh bieni que gagnez- vous, dites-moi, par journée? •^ Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seroient assez honnêtes), Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes : L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône. » Le financier, riant de sa naïveté,
Lui dit : « Je veux Vous mettre aujourd'hui sur le trône'. Prenez ces cent écus; gardez-les avec soin,
Pour vous en servir au besoin. »
Le savetier crut voir tout l'argent que la terre
Âvoit depuis plus de cent ans
Produit pour l'usage des gens.
Il retourne chez lui : dans sa cave il enserra
L'argent, et sa joie à la fois.
Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
Le sommeil quitta son logis :
Il eut pour hôtes les soucis,
Les soupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avoit l'œil au guet ; et la nuit.
Si quelque chat faisoitdu bruit, Le chat prenoit l'argent. Â la fin le pauvre homme S'en courut ches celui qu'il ne réveilloit plus : - « Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon sommeu
Et reprenez vos cent écus. »