‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 25 sur 347 · ENTRETIEN DE SAINT LOUIS ET DE JOINVIIXE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE SAINT LOUIS ET DE JOINVIIXE

n m*apela une foiz et me dist : « Je n'ose parler à vous pour le soutil sens dont vous estes, de chose qui touche à Dieu ; et pour ce ai-je apelé ces frères qui ci sont, que je vous veil faire une demande. » La demande fu tele : « Seneschai, fist-il, quel chose est Dieu? » et je 11 diz : « Sire, ce est si bonne chose que meilleur ne peut estre. — Vrai* ment, fistil, c'est bien respondu; que ceste response que vous avez faite, est escripte en cest livre que je tieng en ma main. Or, vous demande je, fist il, lequel vous ameries miex, ou que vous fussiés mesiaus* ou que vous eussiés fait un.pechié mortel ? > Et je qui onque ne 11 menti, li respondi que je en ameraie miex avoir fait trente, que estre mesiaus. Et quant les frères s'en furent partis, il m'apela tout seul et me fist seoir à ses piez, et me dit: « Comment me déistes vous hier ce?» Et je li diz que encore li disoie je, et il me dit : « Vous déistes comme hastis musarz^; car*nulle si laide mezelerie' n'est comme d'estreen pechié mortel, pour ce que l'âme qui est en pechié mortel est semblable au dyable;parquoy nulle si laide mezelerie ne peut estre. Et bien est voir ^ que quant l'omme meurt, il est guéri de la mezelerie du cors; mais quant Tomme qui a fait le pechié mortel meurt, il ne sceit pas, ne n'est certains que il ait eu tele repentance que Dieu liait pardonné; parquoy grant poour doit avoir que celle mezelerie li dure tant comme Diez yert^ en paradis. Ci vous pri, fistil, tant comme je puis, que vous metés votre cuer à ce pour l'amour de Dieu et de moi , que vous amissiez miex que tout meschief'^ avenit au cors, de mezelerie et de toute maladie, que ce que le pechié venist à l'âme de vous. » {Histoire de saint Louis, 16.)

DÉPART DES CSiOISÊS.

(Août 12%8.)

Au mois d'août entrâmes en nos nez^ à la Roche de Marseille; à celle journée que nous entrâmes en nos nez, fist l'en ouvrir la porte de la nef, et mist l'en tous nos chevaus ens, que nous devions mener outremer; et puis reclostl'en la porte et la boucha l'en bien, aussi comme l'en naye un tonnel*, pource que quant la nef est en la mer, toute la porte est en l'yaue. Quant les chevaus furent ens, notre mestre notonnier escria à ses notonniers qui estoient au bec de la nef et leur dit : « Est arée9 votre besoigne ? — Sire, vieingnent avant les clers et les

l. Lépreux. — 2. Vous parlâtes en étourdi et en fou. — 3. Lèpre. 4. Vrai. — 5. Sera, erit. — 6. Dommage, malheur. 7. Nefs, vaisseaux. — 8. Comme on bouche la bonde d'un tonneau qu'on met à l'eau. (Ducange.) — 9. Prête.

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