‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 24 sur 347 · JOINVILLE · texte numérisé non relu

JOINVILLE

Jean, sire de Joinville S né vers Tan iS23, monrut vei« 1317. U fut sénéchal de Champagne, et attaché en cette qualité à la personne du comte Thibaut; puis il devint le serviteur et Tami de saint Louis, qu'il accompagna dans sa première croisade, et dont il a écrit la vie.

1. Joinville est aujourd'hui un chef-lieu de canton du département de la Haute-Marne. On voit encore, sur la colline qui domine la ville^ les ruines de ce bel eastel de JoinviUe, que le sénéchal avait H fort au cœur.

Voir, pour l'appréciation des Mémoires du iire de Joinville, VHistaire de la Littérature française, page 199.

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Édition de Ducange^ in- folio ^ 1668. Édition pliLS complète de Melloty 1761; reproduite dans la Golloction des mémoires sur rhistoire de France par Petitot^ et dans la Collection des Chroniques nationales françaises de Buchon; réimprimée dans le Panthéon littéraire.

Quand on passe de Yillehardouin à Joinville, on s'aperçoit qu'on a franchi près d'un siècle. Le moyen âge a déposé sa roideur et son austérité. Plus libre et plus épanoui danp son style, Joinville l'est également davantage dans sa pensée. Il réfléchit, il commente, il compare, il moralise. Souvent même, il ne recule pas devant une digression, quand elle lui parait opportune; il.introduit dans SQn récit ce que nous appellerions un peu ambitieusement des recherches. Il exa«> mine Tétat de l'Orient à l'époquo^de la croisade d'Egypte, les princes qui y régnaient ; il nous entretient de l'origine des Assassins, de l'origine des Tartares ; il nous parle des sources du Nil et des phénomènes de l'inondation. Ce qu'il n^a pu voir de ses yeux, il le recueille volontiers de la bouche de ses compagnons d'armes; il va ramassant avec curiosité sur sa route Jes récits, les anecdotes, les merveilles des voyageurs : en cela la manière de Joinville s'achemine déjà vers celle de Froissart.

Mais ce qui n'appartient qu'à lui et ce qui fait de son livre une œuvre inimitable, c'est le caractère aimable de l'auteur qui s'y révèle à chaque instant, c'est un mélange gracieux d'enjouement et de sensibilité, assaisonné par un grain de la fine na!veté champenoise.

Saint Louis est l'àme de cette composition, comme de cette époque historique : il forme l'unité de cette œuvre comme celle de la France» L'ouvrage de Joinville reproduit dans sa marche, dans son intérêt, l'image de ce qui se passait alors dans la nation. Tout se groupe autour d'un seul homme, les détails se subordonnent et s'organisent relativement à un centre. Yillehardouin avait merveilleusement peint l'indépendance féodale ; Joinville, même par la forme biographiquequ'il a choisie^ exprime déjàl'importance croissante de la royauté.

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