‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 264 sur 347 · Z. LES LAPINS · texte numérisé non relu

Z. LES LAPINS

Discours à M. le doc de la Rochefoucauld. î

Je me suis souvent dit, Toyant de quelle sorte

L'homme agit, et qu'il se comporte En mille occasions comme les animaux :

Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts

Que ses sujets; et la Nature

A mis dans chaque créature Quelque grain d'une masse où puisent les esprits : J'entends les esprits-corps * et pétris de matière.

Je vais prouver ce que je dis.

A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière Précipite ses traita dans l'humide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière, Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour. Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe, £t, nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe,

Je foudroie à discrétion

Un lapin qui n'y pensoit guère.

Je vois fuir aussitôt toute la nation

Des lapins, qui, sur la bruyère,

L'œil éveillé, l'oreille au guet, S'égayoient, et de thym parfumoient leur banquet.

Le bruit du coup fait que la bande

S'en va chercher sa sûreté

Dans la souterraine cité :

Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande S'évanouit bientôt; je revois les lapins. Plus gais qu'auparavant, revenir sous mes mains.

Ne rcconnoU-on pas en cela les humains? Dispersés par quelque orage, A peine ils touchent le port Qu'ils vont hasarder encor Même vent, môme naufrage:

Vrais lapins, on les revoit j

Sous les mains de la Fortune.

\, Jj&s esjprits vitaux, le principe de la vie et les facultés instinctives communes a tous les êtres animés.

4la DIX-SËPTIÊMË SIÈCLE.

Joignons à cet exemple une chose commune.

Quand des chiens étrangers passent par quelque endrok Qui n*est pas de leur détroit *,

Je laisse à penser quelle fête !

Les chiens du lieu, n'ayant en tête Qu^un intérêt de gueule, à cris, à coups de dents,

Vous accompagnent ces passants

Jusqu'aux confins du territoire.

Un intérêt de biens, de grandeur, et de çloire^ Aux gouverneurs d'états*, à certains courtisans, Â gens de tous métiers, en fait tout autant faire.

On nous voit tous, pour Tordinaire, Piller le survenant, nous jeter sur sa peau. La coquette et l'auteur sont de ce caractère :

Malheur à l'écrivain nouveau I Le moins de gens qu'on peut à l'entour du gâteau,

C'est le droit du jeu, c'est l'aflfaire K Cent exemples pourroient appuyer mon discours;

Mais les ouvrages les plus courts Sont toujours les meilleurs. En cela j'ai pour guides^ Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser :

Ainsi ce discours doit cesser.

Vous, qui m'avez donné ce qu'il a de solide, Et dont la modestie égale la grandeur, Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur

Ùl louange la plus permise,

La plus juste et la mieux acquise; Vous enfin, dont à peine ai-je encore obtenu Que votre nom reçût ici quelques hommages. Bu temps et des censeurs défendant mes ouvrages. Gomme un nom qui, des ans et des peuples connu. Fait honneur à la France, en grands noms plus féconde

Qu'aucun climat de l'univers, Permettez-moi du moins d'apprendre à tout le monde Que vous m'avez donné le sujet de ces vers.

1. Détroit y dans cette acception, a été remplacé par district. î. De provinces. — 3. C'est le point important. 4. La rime demanderait le singulier.

LA FÔNTAIKB. %|9

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