‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 277 sur 347 · Danger · texte numérisé non relu

Danger

Si l'on te voit so;:tir, mon honneur ço^it hasard.

(Corneille. — Le Cid,)

Je ne veux point changer d'état. »

Le prince grec au loup va proposer l'affaire, Il lui dit, au hasard d'un semblable refus :

a Camarade, je suis confus

Qu'une jeune et belle bergère Conte aux échos les appétits gloutons

Qui t'ont fait manger ses moutons.

Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie :

Tu menois une honnête vie.

Quitte ces bois, et redevien,

Au lieu de loup, homme de bien.

— En est- il T dit le loup : pour moi, je n'en vois guère. Tu t'en viens me traiter de bête carnassière; Toi qui parles, qu'es-tu? N'auriez-vous pas, sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village ?

Si j'étois homme, par ta foi,

Aimerois-je moins le carnage ?

Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous : Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups î Tout bien considéré» je te soutiens en somme

Que, scélérat pour scélérat,

Il vaut mieux être un loup qu'un homme :

Je ne veux point changer d'état. »

Ulysse fît à tous une même semonce * ;

Chacun d'eux fit même réponse,

Autant le grand que le petit.

La liberté, les bois, suivre leur appétit ,

G'étoit leurs délices suprêmes :

Tous renonçoient au lôs ^ des belles actions. Ils croyoient s'affranchir suivant leurs passions*

Ils étoient esclaves d'eux-mêmes.

Prince, j'aurois voulu vous choisir un sujet Où je pusse mêler le plaisant à l'utile :

C'étoit sans doute un beau projet,

Si ce choix eût été facile.

Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts ; Ils ont force pareils en ce bas univers.

Gens à qui j'impose pour peine

Votre censure et votre haine.

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