Danger
Si l'on te voit so;:tir, mon honneur ço^it hasard.
(Corneille. — Le Cid,)
Je ne veux point changer d'état. »
Le prince grec au loup va proposer l'affaire, Il lui dit, au hasard d'un semblable refus :
a Camarade, je suis confus
Qu'une jeune et belle bergère Conte aux échos les appétits gloutons
Qui t'ont fait manger ses moutons.
Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie :
Tu menois une honnête vie.
Quitte ces bois, et redevien,
Au lieu de loup, homme de bien.
— En est- il T dit le loup : pour moi, je n'en vois guère. Tu t'en viens me traiter de bête carnassière; Toi qui parles, qu'es-tu? N'auriez-vous pas, sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village ?
Si j'étois homme, par ta foi,
Aimerois-je moins le carnage ?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous : Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups î Tout bien considéré» je te soutiens en somme
Que, scélérat pour scélérat,
Il vaut mieux être un loup qu'un homme :
Je ne veux point changer d'état. »
Ulysse fît à tous une même semonce * ;
Chacun d'eux fit même réponse,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit ,
G'étoit leurs délices suprêmes :
Tous renonçoient au lôs ^ des belles actions. Ils croyoient s'affranchir suivant leurs passions*
Ils étoient esclaves d'eux-mêmes.
Prince, j'aurois voulu vous choisir un sujet Où je pusse mêler le plaisant à l'utile :
C'étoit sans doute un beau projet,
Si ce choix eût été facile.
Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts ; Ils ont force pareils en ce bas univers.
Gens à qui j'impose pour peine
Votre censure et votre haine.