‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 294 sur 347 · Psaumes f II · texte numérisé non relu

Psaumes f II

Chrétiens, que la mémoire d'une grande reine, fille, femme, mère de rois si puissants, et souveraine de trois royaumes, appelle de tous côtés à cette triste cérémonie; ce discours vous fera paroître un de ces exemples redoutables, qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes leg extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que les misères; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers ; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulées sur une tête qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune; la bonne cause d^abord suivie de bons succès, et depuis, des retours soudains, des changements inouïs; la rébellion longtemps retenue, à la fin tout à fait maîtresse; nul frein à la licence ; les lois abolies ; la mesjesté violée par des attentats jusques alors inconnus; Tusurpation et la tyrannie sous le nom de liberté; ime reine fugitive, qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes ; l'Océan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers, et pour des causes si différentes; un trône indignement renversé , et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements que Dieu donne au;^ rois; ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses par* leront assez d'elles-mêmes. ' Le cœur d'une grande reine, autrefois élevé par une si longue suite de prospérités, et puis plongé tout à coup dans un abtme d'amertumes, parlera assez haut; et s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges, un roi me prête seà paroles pour leur dire : Et nuHCf regeSj intelligite; erudimini , qui jiidieatis ierram : « Entendez, 6 grands de la terre ; instruisez-vous, arbitres du monde. »

PORTR^T DE GROMWELIi.

Un homme s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher, également actif et infatigable dan% la paix et dans la guerre , qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'U pouvoit lui ôter par conseil et par prévoyance ; mais au reste si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées ; enfin, un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde. Que le sort de tels esprits est hasardeux, et qu'il en paroU dans l'histoire à qui leur audace a été funeste ! Mais aussi que ne font-ils pas quand il platt à Dieu de s'en servir? Il fut donné à celui-ci de tromper les peuples, et de prévaloir contre les rois. Car comme il eut aperçu que, dans ce mélange infini des sectes qui n'avoient plus de règles certaines , le plaisir de dogmatiser sans dtre

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repris ni contraint par une autorité eQclésiastiqne fti séculière étoit le charme qui possédoit les esprits, il sut si bien les concilier par là, qu'il, fit un corps redoutable de cet assemblage monstrueux. Quand une . fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par Tappât de la liberté, elle suit en aveuglô^ pourvu qu'elle en entende seulement le nom. Ceux-ci, occupés du premier objet qui les avoit transportés, alloient toujours, sans regarder qu'ils alloient à la servitude; et leur subtil conducteur, qui, en combattant , en dogmatisant, en mêlant mille personnages divers, en faisant le docteur et -le prophète, aussi bien qtie le soldat et le capitaine, vit qu'il avoit tellement enchanté le monde, qu'il étoit regardé de toute l'armée comme un chef envoyé de Dieu pour la protection de l'indépendance , commença à s'apercevoir qu'il pouvoit encore les pousser plus loin. Je ne vous raconterai pas la suite trop fortunée de ses entreprises, ni ses' fameuses victoire» dont la vertu étoit indignée, ni cette longue tranquillité qui a étonné l'univers. G'étoit le conseil de Dieu d'instruire les rois à ne point quitr ter son Église. Il vouloit découvrir, par un grand, exemple , tout ce que peut l'hérésie, combien elle est naturellement indocile et indépendante, combien fatale à la royauté et à toute autorité légitime. Au reste, quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument de ses desseins, rien n'en arrête le cours; ou il enchaîne, ou il aveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance, «c Je suis le Seigneur, dit-il par la bouche de Jérémie ; c'est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux, et je la mets entre les mains de qui il me plaît. Et maintenant j'ai voulu soumettre ces terres h Nabuchodonosor, roi de Babylonei mon serviteur, » |1 l'appelle son serviteur, quoique infidèle, à cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses décrets. « Et j'ordonne, poursuit-il, que tout lui soit soumis, jusqu'aux animaux K » Tant il est vrai que tout ploie et que tout est souple qnand Dieu le commande. Mais écoutez la suite de la prophétie : « Je veux que ces peuples lui obéissent, et qu'ils obéissent encore à son fils, jusqu'à ce que le temps des uns et des autres vienne. » Voyez, chrétiens, comme les temps sont marqués, comme les générations sont comptées : Dieu détermine jusques à quand doit durer l'assoupissement, et quand aussi se doit réveiller le monde.

ORAISON ryNÉBRS D£ HENBUSTTE D'ANGLETERBE.

Henriette d'Angleterre, fille de Charles I** et de Henriette de France, née en 1644, mariée en 1661 à Philippe, duo d'Orléans, frère de Louis XIV, mourut moins d'un an après sa mère, le 30 juin 1670. Elle avait à peine vingt-six ans; les grâces de son esprit et de sa personne, la confiance

l. Jérémie, XYII, 5, 6, 7.

et l'affection que lui témoignait le roi, avaient fait d'elle ridole de la cour. Chargée d'une négociation délicate auprès du roi Charles II, son frère, elle s'était très-habilement acquittée de sa mission, et revenait triomphante; son crédit semblait sans bornes, et sa fortune inébranlable, quand elle fut emportée par un mal soudain et mystérieux. Le 20 juin, à cinq heures, elle se sentit malade, et mourut dans la nuit. On crut qu'elle avait été empoisonnée.

Bossuet , en qui elle avait toute confiance , reçut ses derniers soupirs. Deux mois après, le 21 août 1670, il prononça à Saint-Denis son Oraison funèbre.

Il prend pour texte le début de VEcclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité. » Tout est vain en l'homme, k ne ' regarder que sa vie mortelle; tout est précieux, tout est important, si nous considérons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut rendre. » Telle est la division du discours. .

l'*' partie : La naissance, le mérite, la grâce, l'esprit, le succès, tous ces avantages sont vains et périssables. Récit de la mort de Madame. 2* partie : Ce qu'il y a de grand et de solide en nous, c'est la foi, la crainte de Dieu, la soumission à ses commandements. Piété de Madame. Péroraison: Un avertissement si sensible, un spectacle si propre k nousT démontrer la vanité des choses humaines, doivent nous engager à nous convertir^ et à mériter comme Madame la miséricorde divine.

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