‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 302 sur 347 · Saint Matthieu, z, 42. — 2. Saint Jean, Épitrêif II · texte numérisé non relu

Saint Matthieu, z, 42. — 2. Saint Jean, Épitrêif II

devient le Discours sur P Histoire universelle. C'est la véritable épopée des temps modernes, celle dont Dieu est le poète et l'humanité le héros. A ce magnifique récit, rien ne manque des splendeurs de l'antique épopée ; l'unité d'action, la grandeur d'intérêt, rintervention merveilleuse d'une main divine, un langage rapide, étincelant, sublime, tout s'y trouve. Les siècles se pressent, se coordonnent dans ce vaste ensemble; les trônes et les empires tombent avec un fracas effroyable les uns sur les autres, et au milieu de cette mobilité des institutions humaines se dresse Vémpire du Fils de V homme, auquel seul V éternité est promise.

Bossuet avait conçu dès sa jeunesse le dessein de ce grand travail, il en avait recueilli patiemment tous les matériaux. Il les mit en œuvre lorsqu'il fut chargé de l'éducation du dauphin : le Discours sur l'Histoire universelle fut terminé en 1679, à la fin de cette éducation si laborieuse et si stérile. L'auteur ne s'y proposait d'abord que de donner un abrégé de l'histoire ancienne, pour résumer sous les yeux de son élève les faits qu'il lui avait appris. Les réflexions, qui ne devaient servir que de préface, passèrent au premier plan, d'après les conseils de ses amis, et la partie historique ne fut plus que l'introduction ^. Mais jamais résumé ne fut plus lumineux et plus entraînant : c'est l'esquisse d'un grand maître; on attend avec une curiosité inquiète que sa main y jette la vie et la pensée.

Après cette représentation en raccourci de la suite des Temps j Bossuet s'attache, dans la suite de la Religion^ à montrer l'action souveraine de Dieu sur le monde, conduit pas à pas vers l'unité de foi, et l'établissement de la religion

1. La première partie du Discours sur V Histoire univeneîle est un abrégé de Thistoire du monde depuis la création jusqu'à rétablissement de l'empire de Gharlemagne , « où l'on voit comme d'un coup d'œil^ tout l'ordre des temps. > Ce résumé est divisé en douze Époques marquées par quelque grand événement auquel Bossuet rapporte tout le reste. « On s'arrête là, dit-il, pour considérer comme d un lieu de K repos tout ce qui est arrivé devant ou après, et éviter par ce moyen « les anachronismes, c'est-à-dire cette sorte d'erreur qui fait confondre « les temps. » (Dise, sur VHisU universelle. Ava/tU-propos.)

chrétienne préparé et assuré de longue main par la Providence. Dans la troisième partie^ il passe en revue les Empires j et prenant à partie tour à tour chacun des grands peuples qui ont joué le principal rôle dans l'histoire de l'humanité , il démêle les causes particulières de la grandeur et de la décadence des nations, et fait voir conmient elles ont toutes concouru par leurs vices comme par leurs vertus à Tavénement et au triomphe du christianisme.

On peut contester la vérité du point de vue de Bossuet : on n'en peut méconnaître la magnificence. S'il ne réussit pas, malgré tout son génie, à faire rentrer les empires dans le dessein de celui dont le royaume n'est pas de ce monde, du moins en a-t-il étudié profondément, au point de vue humain, les constitutions et les vices. Rien de plus vrai ni de plus beau que ses considérations sur la Grèce, sur Rome, sur Garthage. Entraîné par la sympathie puissante des grandes choses, le prélat du dix-septième siècle, l'auteur de la Politique sacrée j est républicain avec le sénat de Rome : il pénètre les conseils vigoureux de cette compagnie^ comme s'il avait vécu dans son sein, et la voyant si prudente, . si ferme, si héroïque, il lui pardonne presque d'avoir été païenne. Montesquieu n'aura guère qu'à développer les rapides indications de V Histoire v/niv&rselle.

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